Jeudi. 16 heures. Bondy. Lycée Jean Renoir. CDI. Des livres, des tables, des chaises. Une dizaine de professeurs bénévoles, une vingtaine d’élèves. C’est l’heure de l’Atelier Science Po, qui pendant deux heures, toutes les semaines, permet à quelques élèves de Terminale du lycée Jean Renoir d’étudier la presse, d’échanger sur l’actualité, de s’intéresser à la politique, d’acquérir certaines méthodes, de monter un dossier de presse, de s’entraîner à le défendre à l’oral et éventuellement de rentrer à Science-Po.

Ce jeudi, l’Atelier reçoit trois membres d’Europa Nova, think tank ayant pour objectif de renforcer l’identité européenne. A l’approche des élections européennes, en mai 2014, ils vont organiser tous les mois un débat entre deux hommes politiques à l’Assemblée nationale autour d’une thématique. D’accord, mais quel est le rapport avec l’Atelier Science-Po ? En fait, les élèves de Bondy ainsi que les lycéens de Noisy-le-sec et de Clichy-sous-Bois vont participer à ces débats mensuels en intégrant le jury citoyen qui interrogera les politiques concernant le thème choisi.

Mais avant toute chose, la porte-parole d’Europa Nova interroge : « dans la salle qui se sent Européen ? » et là… Solitude. Deux malheureuses mains se lèvent. « Je me sens surtout française et sénégalaise, c’est déjà assez compliqué », chuchote Kady à sa voisine. Les membres de l’organisation expliquent que seule une dizaine d’élèves pourront participer à ce premier débat qui opposera Karima Delli et Benoist Apparu à propos de la thématique du logement. Le rendez-vous est fixé le jeudi suivant à l’Assemblée nationale.

Fabio est en Terminale L, il raconte pourquoi il a choisi de participer à ce débat : « le thème est intéressant, le logement on en parle tous les jours, surtout dans notre département. Je veux donc savoir ce qu’en pensent les deux personnalités interrogées ». Le jeudi suivant arrive rapidement, les dix élèves de l’Atelier ont rendez-vous avec deux de leurs professeurs devant leur lycée à 16 heures. Gare de Bondy, RER E puis ligne 12, station Assemblée nationale. Ils ont de l’avance, attendent devant l’entrée du Parlement, prennent des photos. Il est temps de franchir la grande grille et de passer aux détecteurs, on n’entre pas à l’Assemblée nationale comme on entre dans un moulin : « Posez votre sac sur le tapis, sans vos clés, porte-feuille et téléphone que vous mettrez dans ces boîtes, ensuite vous passez par le portique », comme à l’aéroport. Une fois que tout le monde est passé par l’espace sécurité et que notre identité est vérifiée, on peut se rendre dans la salle où va se dérouler le débat.

La salle est assez ordinaire, ici pas de moulures, de dorures, ni de sièges en velours. Ce sera chaises basiques avec tablettes incorporées pour prendre des notes. Les lycéens sont tout de même ravis d’être là. Le débat, qui devait démarrer à 18 heures prend du retard étant donné que Benoist Apparu, ancien ministre et député de la Marne n’est toujours pas là. Cela permet aux lycéens de peaufiner leurs questions, de coacher leur porte-parole Matéo et d’interroger leur prof sur les dernières questions d’actualité.

J’en profite pour les interroger sur la façon dont ils ont préparé leurs questions : « chacun à sa manière, certains ont des questions précises, d’autres y vont au freestyle ». Benoist Apparu n’est toujours pas là, cela fait trente minutes que tout le monde s’impatiente. Finalement, il arrive avec une excuse en béton « Désolé pour le retard, il y a eu un problème à la SNCF ». Le débat peut enfin commencer. Ils évoquent donc l’Europe, le logement, les Roms et d’autres sujets d’actualité en lien avec le thème du logement.

Les Bondynois, Clichois et Noiséens écoutent attentivement et l’heure des questions arrive. Chaque ville présente ses questions par l’intermédiaire de son porte-parole, la question du problème du transport en banlieue est posée. Les politiques répondent comme toujours avec de belles phrases et des promesses. Mais pour en revenir à la réalité, les lycéens de Clichy-sous-Bois s’inquiètent de l’heure qui tourne et du retour à la maison. Il se fait tard, donc Rokhaya Diallo annonce que les jeunes de Clichy-sous-bois vont devoir quitter l’Assemblée pour retourner dans leur banlieue. Bienvenue dans la réalité.

Après s’être lancés des pics pendant près d’une heure trente, les politiques se quittent avec un grand sourire. La députée européenne Karima Delli reste quelques minutes supplémentaires et serre les mains des jeunes qui sont encore là. Les lycéens apprécient ce geste ils confient même ensuite dans le couloir : « Madame Delli était beaucoup plus sympa, la preuve elle nous a serré la main ». En se dirigeant vers le bureau qui retient nos pièces d’identité en otage, Khaoula me confie « Le débat était génial, je ne me suis pas ennuyée une seconde. La thématique du logement me touche forcément, j’ai été très intéressée ».

Une fois sortis de l’enceinte du prestigieux bâtiment, les questions intellectuelles ne sont plus d’actualité, retour à la vie quotidienne, les estomacs crient famine « Mais j’ai trop faim, y’a pas un Mc Do dans le coin ? »,  « Il est où le métro ? ». « Il pleeeeeut, qui a un parapluie ? », « Eh, mais moi j’ai un devoir de philo à rendre demain, d’ailleurs qui commence à 8 heures ? ». Il est déjà 21 heures, l’heure de courir après le RER E.

Sarah Ichou

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