Paul-Langevin, à Drancy, est depuis lundi 19 janvier le théâtre d’une opération collège mort. Mené par les parents d’élèves et soutenu par les professeurs de l’établissement, un groupe d’une dizaine de personnes a fait le planton devant l’entrée du collège afin de protester face au manque de personnel d’encadrement et à la dégradation matérielle. Coincé entre la rue Daisy et la rue des Galopins, Paul Langevin est un bahut ordinaire : architecture des folles années soixante, une cour rectangulaire qui n’en serait pas une sans ses platanes. Un peu plus de quatre cents élèves y cohabitent entourés d’une cinquantaine d’adultes. Mais voilà, depuis quelques temps, les problèmes à Paul Langevin semblent se multiplier.

En début d’année, un CPE (Conseiller principal d’éducation) s’est fait agresser par un parent d’élève ; de nombreuses intrusions extérieures avec quelques petites expéditions au gaz lacrymo ; des rackets et des jeux dangereux comme ce cercle magique (un cercle est dessiné de manière imaginaire et tout ceux qui pénètrent à l’intérieur se font tabasser). Nombre d’enfants venaient la peur au ventre ou ne venait plus du tout, surtout les plus jeunes…

Il existe des centaines de cas similaires, à Drancy, comme en Corrèze. A Drancy, on parle plus aisément de délinquance, c’est plus facile et plus intelligible. Mais en regardant le problème de plus près, une certaine logique se dessine et les revendications des parents paraissent être plus que légitimes.

Sabine Piaulenne, présidente de l’UPEI (Union des parents d’élèves indépendants de Drancy), en revenant sur cette semaine Collège désert, illustre très bien la situation : « Tout est parti d’une grande colère des parents qui durait depuis un an et demi. En tant que parents d’élèves, nous avons essayé de la calmer en prévenant les institutions du manque de sécurité, de personnel encadrant et du délabrement du collège. Mais fin décembre, il nous est devenu impossible de calmer la colère des parents, nous avons constaté que nous n’étions plus entendus, on a donc pris la décision de bloquer le collège en demandant la création d’un poste de CPE, d’une infirmière, des travaux de sécurisation et d’entretien de l’établissement. »

Le poste de CPE n’est certainement pas superflu, un unique CPE pour 400 élèves semble aberrant. Quant à l’infirmière… Cathy, élève de troisième : « Nous n’en avons plus depuis un an et demi – Comment faisiez vous en cas de soucis ? – Eh bien, ils appelaient nos parents ou on restait au collège en attendant que ça passe ou que l’on vienne nous chercher. » Pour Adélaïde, mère d’un enfant en sixième souffrant d’asthme, l’absence d’infirmière est bien plus grave et même « vraiment dangereuse puisque normalement, mon fils n’a pas le droit d’avoir sa Ventoline sur lui, il doit la confier à l’infirmière qui la lui administre en cas de soucis ». Enfin, les travaux de sécurisation afin d’éviter les éléments venus de l’extérieur ne semblent pas vains, le collège étant ouvert aux quatre vents, tentant pour des gamins plus âgés et sortis du système scolaire…

Une petite précision doit être apportée au tableau : le collège Paul Langevin est classé en ZEP (Zone d’éducation prioritaire), acronyme désormais suranné puisque depuis le ministère De Robien en 2006, l’Etat parle de Réseau ambition réussite (RAR). Les parents d’élèves s’interrogent encore sur l’utilité d’une telle classification au regard du manque de moyens patent au sein de l’établissement.

Quoiqu’il en soit, après la réunion d’information qui s’est tenu ce vendredi soir au réfectoire, les parents d’élèves sont sortis satisfaits. Les cours ont ce lundi et la situation s’est débloquée après une semaine de mobilisation et de rencontres avec la mairie, le conseil général et le rectorat. « Nos enfants vont pouvoir retourner en cours, dit Sabine Piaulenne, nous avons obtenu des réponses positives à ce que nous demandions. Le rectorat nous a octroyé un surveillant faisant fonction de CPE, puisque apparemment il n’y a plus de CPE disponible dans l’académie ; une infirmière qui arrive en février, et des travaux de sécurisation avec des grilles et un sas afin de contrôler les entrées, ces travaux seront effectués par le Conseil général d’ici avril et enfin nous avons obtenu la rénovation des toilettes qui étaient dans un état pitoyable, aucunes portes ne fermaient. »

Petit bémol tout de même, selon Martine : « Le manque d’implication du directeur de l’établissement et son laxisme, il continue de dire que tout va bien dans son établissement. » Ce dernier ayant refusé la présence des journalistes vendredi soir, impossible de savoir ce qu’il pense de tout cela.

Adrien Chauvin

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