Lorsque nous demandons à Richard Descoings si ses étudiants issus des conventions ZEP sont plus impliqués que les autres sur les actions liées à la diversité, il nous répond que les différences ne sont pas significatives. « Je suis heureux de ne pas pouvoir vous répondre, parce que je ne fais aucune différence entre mes étudiants, quel que soit leur mode d’intégration. » De plus, la première volée est sortie en 2006, il s’agit d’une cinquantaine de personnes et ce n’est pas suffisant pour tirer des conclusions statistiques. Les ambitions de ces étudiants sont à l’image de la prestigieuse école : « Après les cinq années d’études à sciences-po, la plupart d’entre eux se destinent à des filières telles que la magistrature, la finance ou encore l’administration. »

Cela étant, il nous met en garde contre la dévalorisation des métiers liés à l’artisanat qui n’en sont pas moins honorables et qui, selon lui, sont trop souvent dénigrés dans le monde de l’éducation. Notamment dans les zones d’éducation prioritaire où une orientation en BEP est plus souvent attribuée par défaut que par choix. « Vous avez vu Entre les murs ? J’ai été très frappé par la jeune fille à la fin du film qui dit qu’elle n’a rien appris durant l’année mais qu’elle ne veut surtout pas aller en filière professionnelle. Les élites, ce ne sont pas que des diplômés des études supérieures. Si vous êtes le meilleur boulanger de France, vous gagnerez mieux votre vie que pas mal des 22 000 avocats inscrits au barreau de Paris. »

En revanche, « les diplômés de Sciences-po restent attachés à leurs racines familiales. Leur réussite est mise en valeur dans leur entourage, suscitant l’intérêt des autres et entraînant ainsi un effet multiplicateur ».

Le projet convention ZEP est un véritable succès, tant au niveau de son organisation au sein des lycées que sur les perspectives d’avenir qu’il donne aux lycéens. Depuis sa création en 2000, il y a une réelle évolution, cela concerne 450 étudiants en 2008 répartis sur les cinq années d’enseignement. « Il y a eu une avancée significative des mentalités concernant la diversité, cela étant, tout reste encore à prouver dans d’autres grandes écoles, explique ce pionnier de la diversité. Je crains que les grandes écoles françaises se portent mal ces prochaines années, parce qu’elles ne perçoivent pas toujours les enjeux de la diversification et de l’internationalisation. »

Il va sans dire qu’aujourd’hui, en termes de diversité, Sciences-po conserve sa position de leader sur les autres grandes écoles. Même Valérie Pécresse, ministre des études supérieures et de la recherche, a été prise de vitesse par les avancées de Sciences-po. Elle déclare à la tribune qu’il y a seulement 8% de boursiers à Sciences-po, chiffre aussitôt corrigé par Richard Descoings, fier de lui annoncer que désormais, ce taux est passé à 20%.

Zineb Mirad et Widad Ketfi (Forum Diversité 08)

Widad Ketfi

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