BB : Comment accueillez-vous la prise de parole du président de la République ?

Rodrigo Arenas : Depuis le début, on attendait une parole forte de l’Etat. La crise a été gérée, jusque-là, un peu au jour le jour. C’était important qu’on ait une prise de parole ferme du gouvernement. Il le fallait pour que nous puissions anticiper et nous organiser. Ce n’est pas à nous de décider s’il faut ouvrir ou fermer les classes, donc nous prenons acte de cette décision. Mais nous réfléchissons déjà à ses conséquences.

Pour les parents, par exemple, on imagine que cela demande une certaine organisation ?

Oui, et cela concerne surtout la garde de nos enfants. Depuis le 1er février,  un décret permet de garder les gamins pendant 20 jours sans délai de carence. Il faut que l’Etat garantisse que, même au-delà de ces 20 jours, il y aura possibilité de garder ses enfants sans perdre d’argent. Personne ne doit faire d’arbitrage entre garder son gamin ou aller bosser. En outre, qu’en sera-t-il de ceux qui n’ont pas la possibilité de garder les enfants ? De ceux dont les parents sont défaillants, parce qu’ils sont eux-mêmes malades par exemple ?

L’enseignement à distance qui va être utilisé vous satisfait-il ?

Il faut que la continuité pédagogique ait lieu. Aujourd’hui, il y a une rupture d’égalité entre les familles en termes d’équipement. C’est très inégal en fonction des territoires. Toutes les familles ne sont pas équipées de la même façon : avoir un ordinateur, c’est bien, mais il faut aussi de la borne passante, de la mémoire vive… Le ministère dit qu’il y a 5% de problèmes. Nous, on dit qu’il y en a beaucoup plus. Comment on va pallier tout ça pour les enfants ?

Pour les élèves, on imagine que ça va être un sacré bouleversement ?

Entre ceux qui passent des examens, ceux qui sont dans le processus de Parcoursup, ceux qui ont des choix d’orientation importants à faire ou à préparer… Tous les enfants seront bousculés dans leur apprentissage. L’Etat devra être bienveillant avec les élèves pour ne pénaliser personne.

Dans quel état d’esprit sont les parents d’élèves que vous représentez ?

Les parents sont inquiets depuis le début. Il n’y a pas eu de cohérence dans la parole gouvernementale. Nous-mêmes, nous étions mal à l’aise. Lundi, on nous dit quelque chose, mardi autre chose. Aujourd’hui, on a géré au quotidien pour endiguer mais on a bien vu que ça n’a pas marché. Ce qui a été difficile, c’est le déni de la parole officielle. Il a fallu faire face dans un premier temps au syndrome de Tchernobyl.

Comme vous, je suis de Seine-Saint-Denis, je sais que les gens viennent de partout et que ce qui se passe ailleurs a des répercussions chez nous. Le virus n’a pas de frontières. Le président l’a dit ce soir, je suis content qu’il soit sur la même position que la FCPE.

Quels conseils donneriez-vous aux parents ?

Le maître-mot, c’est la solidarité. Il faut garder le lien avec les voisins, les oncles, les tantes, les grands-parents. Le temps du bilan va venir mais nous n’y sommes pas encore. Le moment, aujourd’hui, c’est de serrer les dents et de serrer les liens.

Propos recueillis par Ilyes RAMDANI

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