Par cette fin de matinée maussade, une poignée d’élèves sort du collège Albert-Camus dans un calme inhabituel. Malek et Raynald, deux parents d’élèves, les attendent pour leur distribuer des tracts. Ils veulent leur expliquer l’opération « collège désert » à laquelle ils appellent pour protester contre les conditions d’enseignement dans l’établissement. Dans leur viseur, un problème en particulier : onze classes de 6e et 5e n’ont pas de cours de technologie, soit 290 élèves, et six classes de 5e et 4e n’ont pas de cours d’anglais, soit 157 élèves. Un des parents nous glisse une information en plus : une classe de 4e n’a toujours pas eu de cours de français depuis la rentrée.

Les problématiques à Albert-Camus s’accumulent, comme trop souvent dans le département : manque de professeurs, sureffectif, salles trop petites… Plusieurs parents ont répondu à l’appel “collège désert”, en gardant leurs enfants chez eux, pour exprimer leur colère. Le taux d’absentéisme a ainsi été estimé à 40 % entre 8h30 et 9h30 par des parents qui ont compté les collégiens dès l’ouverture du collège. Raynald nous confie son inquiétude : « Les enfants prennent la double peine. Au lycée, personne ne leur pardonnera certaines lacunes. On oubliera qu’ils n’ont pas eu de profs. » Il poursuit en évoquant la principale revendication des parents : « On demande que les postes vacants soient occupés de façon pérenne avec des gens qui soient compétents et efficients. »

Il nous explique que le mouvement de contestation des parents d’élèves se met progressivement en place : « Les parents commencent à se mobiliser. Hier, nous étions plus d’une trentaine à nous renseigner sur la situation actuelle. On est en train de s’organiser pour être entendus. » Malek Beklani poursuit : « J’espère qu’il y aura un maximum de parents qui vont se mobiliser et qu’ensemble, on pourra décréter des actions à mener pour informer et obtenir gain de cause. »

Moins d’attention pour nos élèves

Le papa donne sa vision de la dégradation des conditions de travail des professeurs et des élèves : « Je pense que c’est un manque de moyens. Aujourd’hui, des enseignants titulaires sont remplacés par des contractuels qui n’ont pas réellement obtenu le diplôme, forcément, le niveau se dégrade à ce niveau-là. Les classes sont surchargées, donc du coup, les conditions de travail sont beaucoup plus difficiles, elles font qu’il y a moins d’attention pour nos élèves. »

Jérémy Daugreilh, professeur au collège, va dans le même sens : « On est dans une logique d’économie. Il y a eu une hausse de la démographie qui a été mal anticipée. On essaie d’accueillir plus d’élèves avec des moyens financiers qui n’augmentent pas. » Il fait aussi allusion au contexte du 93 : « On n’est pas le seul collège à avoir des difficultés. Quand on parle avec nos collègues, ils ont globalement les mêmes problèmes. »

Les rares élèves que nous apercevons nous confirment que le taux d’absentéisme est élevé à l’occasion de cette opération « Collège désert », mais que les cours ont tout de même lieu. Un autre parent d’élève qui a gardé son enfant chez elle est venue s’informer sur la situation au collège. Raynald lui explique qu’elle devra évidemment justifier l’absence de son enfant. Une collégienne nous donne son avis sur la situation : « La grève des profs permet aux gens de se rendre compte de ce qui se passe. Je trouve que c’est bien. »

Hervé HINOPAY

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