Enfant du neuf-trois, Annick Crambert (photo), enseignante à l’école Rostand depuis huit ans, parle des émeutes comme d’une « colère brute » menée par des jeunes « sans revendication », sans discours construit: « Ils veulent tout et tout de suite et ne mesurent pas le sens des termes qu’ils emploient. On ne leur a pas donné les mots ». Au quotidien, elle se dit « choquée » par la violence de leur langage et n’ignore pas qu’en grandissant, la violence verbale passe à l’acte: « Les enfants emmènent la Cité en classe. Quand ils nous parlent, on a l’impression qu’il nous agresse, même si telle n’est pas leur intention. Leur code est de surcroît un obstacle pour être compris. Ils ont une grande difficulté à intégrer le français scolaire ».

 

Outre le langage, Annick Crambert explique le malaise qui saisit les jeunes par la perte des notions de Bien et de Mal (« nous rêvions de devenir infirmière ou pompier. Eux ne sont fascinés que par l’industrie des stars et du business »), le phénomène néfaste de « suridentification » à un groupe, la perte du respect dû aux enseignants et la décomposition du schéma traditionnel de la famille. Un père au chômage perd son rôle, son autorité: « Humilié, il n’existe plus, ne regarde plus ses enfants dans les yeux ». Ces derniers manquent de repères, de cadres, et n’obéissent plus à leur mère, forte et courageuse, mais débordée ».

 

Annick Crambert ne baisse pas les bras pour autant: « Si on veut arriver à quelque chose, il faut travailler avec les tout petits. Il y a tant de choses à faire. Les jeunes sont loin d’être bêtes. Il faut se remettre en cause, les écouter, leur donner une chance. Même à ceux qui ont brûlé des voitures. »

 

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann

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