« C’était très difficile pour moi quand je suis arrivé en France. Je ne parlais pas un mot de français, je ne comprenais rien de ce qu’on me disait. » Abdoul Gassim a 29 ans et son parcours relève du registre « incroyable mais vrai ». Quitter son pays à l’âge de 10 ans en laissant sa famille derrière lui, séjourner tant bien que mal en Lybie puis en Italie. Et la France, enfin, où il arrive l’année dernière. « Un ami qui a suivi ce programme m’a orienté vers l’université Paris-8, raconte-t-il. Aujourd’hui, maîtriser la langue, pouvoir la parler et l’écrire, c’est un réel atout pour moi. »

C’est bien de cela dont il s’agit ce vendredi 27 septembre à l’université de Saint-Denis. Récompenser les frais diplômés du cursus de « français langue étrangère pour les populations réfugiées en insertion universitaire », des étudiants étrangers venus s’inscrire à Saint-Denis pour commencer leur quête de savoir par un bien précieux : la langue. Cette remise a été un point d’orgue du « Grand 8 », l’événement de rentrée de Paris-8 qui se déroulait pour la cinquième édition. Un moment d’accueil, d’informations et d’échanges avec plus de 200 exposants présents au sein du campus, dans une ambiance bon enfant ponctuée de concerts, de spectacles et de performances artistiques.

La soirée s’est ouverte par les prises de paroles des professeurs et des invités retraçant le parcours de la promotion 2018-2019, durant toute l’année scolaire jusqu’aux examens de fin d’année de la trentaine d’étudiants présents sur le podium. Les uns et les autres ont partagé leurs doutes sur leur capacité à maîtriser la langue française et leur fierté d’y parvenir finalement. Le tout sous les yeux de quelques invités d’honneur, parmi lesquels le parrain de la promotion, Edwy Plenel, président de Mediapart (partenaire du BB), et sa marraine Alice Diop, auteur et réalisatrice française, lauréate du prix du meilleur court-métrage aux Césars en 2017 avec Vers la tendresse.

Aujourd’hui, je refuse de parler une autre langue que le français

« Ça me touche beaucoup de voir remettre ces diplômes aux étudiants, déclare, ému, Nicolas Blondeau, maîtrise de conférences à Paris-8 et chargée de cette formation. Il y a un an, ils ne parlaient pas un mot de français et là, ils parviennent à s’exprimer, à se faire comprendre. L’enseignement de la langue et de la culture française qu’ils ont reçu et les ‘accompagnements’ vont leurs permettre de réintégrer. Je pense que c’est un honneur d’avoir mis en place ce diplôme. Et j’aimerais souligner l’engagement  de l’équipe pédagogique. Si les professeurs n’étaient pas engagés comme ils le sont, s’ils se contentaient de donner des cours, ça ne fonctionnerait pas. Il y a aussi cette dimension de l’accueil et de l’hospitalité pour les exilés. Je suis fière d’y  participer. Il y a encore un suivi pour ceux qui vont rester à Paris 8 pour intégrer des formations. Le département de communication FLE est là pour qu’ils continuent à améliorer le français ».

Foysal Mahmud, 28 ans, et Nimal Gope, 29 ans, venus tous les deux du Bangladesh, sont arrivés en France il y a deux ans. « Quand je suis arrivé, c’était difficile, sans un mot de français, se souvient Foysal. Aujourd’hui, je refuse de parler une autre langue que le français (rires). Et tout ça, c’est grâce à nos professeurs. Je les remercie tous. » Lui aspire à s’inscrire en master de sciences politiques à la rentrée 2021. Nimal lui emboîte le pas : « Je suis très heureux. Jamais je ne pensais obtenir un diplôme qui certifie que je maîtrise la langue française. C’est un honneur. Et cette maîtrise facilite notre intégration. J’aimerais bien continuer avec des études d’informatique. »

Alice Diop paraît aussi touchée que les nouveaux diplômés : « Je trouve cette initiative assez formidable. Elle permet à des gens  de reprendre leurs études et d’occuper une place dans la société française, une place qui leur revient de droit. C’est quelque chose de politiquement parlant, c’est magnifique. Je me sens très proche de ses valeurs d’hospitalité de permettre à des gens qui ont traversé des épreuves terribles de se réinventer en leurs donnant des outils pour le faire ».

Elle poursuit : « La question de l’accueil et, de l’hospitalité devrait dépasser les clivages politique, c’est une question morale, universelle, éloignée de la bassesse politique de l’Europe actuelle. Les femmes et les hommes ont le droit de s’inventer et de se réinventer. La France, c’est un pays où le diplôme est très important. Vos diplômes vous donnent une légitimité et une assise. Ceci est conforme à l’esprit de l’université de Saint-Denis qui s’inspire de cette tradition d’accueil. Et cela ne m’étonne pas de cette faculté qui est un havre de rencontres intellectuels depuis sa création. Cela me rassure qu’il existe encore des lieux de résistance ».

Kab NIANG

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