Le 20 janvier dernier, c’est plus de 25 000 enseignants venant de toute la France qui ont défilé dans les rues de Paris. Je suis donc allé y faire un tour pour essayer de comprendre ce qui se passait. « Mais que demandent-ils encore ? Chaque année c’est la même chose ! » Diront les mauvaises langues. Mais en fait, chaque année les enseignants se battent pour les mêmes causes. J’ai fait mon enquête.

Les projets de décrets sur les obligations de services du ministère qui passeront d’ici la fin janvier ne conviennent bien évidement pas aux enseignants.

– 5 000 suppressions de postes pour la rentrée prochaine dans le 2nd degré, ce qui a pour conséquence l’augmentation du temps de travail pour le même salaire ou alors d’une diminution de salaire pour le temps de travail actuel, ce qui représenterait une perte annuel de 1500 euros. Une étude a d’ailleurs calculé que le pouvoir d’achat des enseignants a baissé de 20 % ses 25 dernières années.  

– La bivalence disciplinaire est également un projet étrange. Un prof de math sera peut être obligé d’aller donner un cours d’Anglais, ou alors un prof d’Histoire devra aller donner un cours de biologie. Qu’un enseignant enseigne autre chose que sa matière dans un établissement scolaire, ça relève de l’absurdité.

– L’affectation sur 2 voir 3 établissements pour un enseignant qui y est contraint n’est vraiment pas l’idéal pour la qualité de l’enseignement. Les enseignants demandent donc unanimement le retrait de ces décrets.

Félix, enseignant en Seine Saint Denis m’adonne quelques éléments supplémentaires : « L’appel à la grève était sûr, il n’y a pas que les dernière réformes, c’est aussi pour un ras le bol qui traîne depuis un bon moment. Ici, en Seine Saint Denis, il y a un mal être très profond chez les professeurs. Beaucoup se sentent humiliés à cause de la période pré-électoral, comme par exemple lorsqu’il y a eu une vidéo sur une candidate qui parlait des 35 heures, mais pas seulement, lorsque les politiques nous qualifient d’incompétents, d’inaptes, de fainéants ou encore d’amateurs d’arrêt de travail, ça fait très mal. Enseignant dans le 93, on est complètement débordés, il y a un nombre hallucinant de choses à traiter en même temps entre les violences, les rackets, les insultes. Il y a des cas de jeunes extrêmement difficiles à gérer, comme ceux qui n’ont aucun bagage scolaire, les virer ne résoudrait en rien le problème et il n’y a pas grand-chose à faire. Il y a un véritable malaise, aucun discours sur les jeunes, sauf pour dire qu’ils sont dangereux, que leur avenir est grisâtre, il y a un gros problème de reconnaissance de la jeunesse. Depuis les émeutes, strictement rien n’a été fait. Pire encore, les jeunes ont perdu leurs sens des limites. En Seine Saint Denis, on ne se rend pas compte que ça bouillonne plus qu’ailleurs, on devrait mettre le paquet ici, et au lieu de ça, on nous annonce des suppressions de postes comme si il n’y avait pas eu d’émeutes. Je sens qu’il ne manque pas grand-chose pour que ça pète. Il y a une insuffisance et une ignorance total  sur qu’est-ce que c’est d’être enseignant ici. Nous, enseignants, on nous a jamais demandé de faire autant de choses comme de la prévention sur le SIDA, sur les drogues, au volant, on nous demande aussi de faire leur éducation civique et beaucoup d’autre chose et en même temps, on nous a jamais autant dénigré. Nous avons besoin de reconnaissance dans notre travail. Certains profs n’osent pas le dire mais le déclassement social les affecte. On a aujourd’hui une mauvaise image, on banalise complètement notre rôle, et ceci encourage la violence des jeunes. »

Si les enseignants reçoivent des reformes contraires à leurs attentes, l’avenir serein, il n’est pas gagné. D’autant qu’une étude vient de montrer que le pouvoir d’achat des profs a baissé de 20 % en 25 ans. La prochaine manifestation est prévue jeudi 25 janvier, je vais tenter d’aller voir comment les choses évoluent.

Par Chou Sin

Chou Sin

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