Selon les informations du Bondy Blog, la préfecture de Seine-Saint-Denis a décidé de mettre en demeure la mairie de Saint-Ouen pour refus de scolarisation de plusieurs enfants Roms. La municipalité dispose d’un délai de huit jours pour procéder à leur inscription.

Selon nos informations, la préfecture de Seine-Saint-Denis s’apprête à mettre en demeure la mairie de Saint-Ouen pour refus de scolarisation des enfants Roms du département. « Le maire de Saint-Ouen devra sous huitaine se soumettre à l’obligation de scolariser les enfants », indique un porte-parole de la préfecture. Passés ces huit jours, la scolarisation de ces enfants se fera d’office. Un courrier va être adressé au maire dans le courant du week-end.

Depuis plusieurs mois, le maire UDI de Saint-Ouen, William Delannoy, refuse de scolariser les enfants vivant dans le bidonville de la rue Ardoin de sa commune. En mai 2016, l’association pour la scolarisation des enfants tsiganes, ASET 93, tente d’inscrire Darius, 8 ans, auprès des services de la commune. En vain. « Nous avons engagé un vrai travail de suivi avec Darius. Cependant, malgré tous nos efforts, vaccins à jour, domiciliation au Centre Communal d’Action sociale, la mairie a toujours refusé de prendre son inscription à l’école primaire », indique Clélia une des enseignantes d’ASET 93« Nous avons contacté la municipalité à six reprises pour rencontrer le maire. Pas de réponses. Pour l’anecdote, ils n’ont même pas daigné répondre à nos demandes d’autorisation de stationnement pour le camion école que nous proposons aux enfants dans le camp de Saint-Ouen afin de leur donner une instruction. Un policier peut à tout moment nous mettre une amende ». Le président de l’Aset 93, Andréa Caizzi, ne comprend pas non plus cette décision municipale : « On ne scolarise que les enfants qu’on estime prêts à suivre une bonne scolarité. Cet enfant l’était, comme une vingtaine d’autres ». Ce que confirme un autre membre de l’association : « Certains sont prêts, pour d’autres il faut encore encore du temps pour intégrer une école. On sélectionne les enfants pour qui ce sera le plus facile”.  “On n’a jamais eu de dialogue avec le maire. On ne souhaite pas entrer en confrontation avec lui, ça n’est pas dans l’intérêt de la famille”, assure Baptiste Pascal D’Audaux d’Aset 93.

Devant le refus de scolarisation et l’absence de réponse de la part de l’édile de Saint-Ouen, l’association avait alors saisi le Défenseur des Droits qui a, durant l’été, envoyé deux courriers au maire de Saint-Ouen, toujours sans réponse depuis. Selon l’entourage du Défenseur des droits, plusieurs enfants Roms de Saint-Ouen sont concernés.

Contacté à plusieurs reprises par le Bondy Blog, le maire de Saint-Ouen a toujours refusé de répondre à nos sollicitations. Le 16 septembre, il répondait aux questions du Figaro à ce sujet. « Si je refuse de scolariser ces enfants, c’est parce que l’État ne fait rien pour remédier aux installations illégales de campements. Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. (…) Et puis la ville de Saint-Ouen a suffisamment de problèmes, vous croyez qu’on peut se permettre d’en gérer d’autres? »(…) Les associations « veulent me faire passer pour le vilain petit canard mais en définitive, c’est elles qui instrumentalisent les enfants et qui politisent cette question. L’expulsion du campement est prévue le 14 octobre prochain. Elles savent très bien qu’en scolarisant les enfants, ce sera un argument de plus pour s’opposer à cette évacuation. À un moment, je dis stop ». Une décision de justice du TGI de Bobigny fixe au 14 octobre le début de l’expulsion des habitants du camp dont le terrain est propriété de la SNCF.

Selon une étude publiée en juillet 2014 par l’association European Roma Rights Centre, « plus de la moitié des enfants roms » vivant dans les bidonvilles ne seraient pas scolarisés, dont 60 % à cause de « refus de scolarisation » opposés aux familles. Selon le code de l’Education, Art. L131-1, « l’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans ».

Nassira EL MOADDEM, Leïla KHOUIEL et Giuseppe AVIGES

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