La commune de Seine-Saint-Denis a été l’une des premières à entrer dans la réforme des rythmes scolaires. Mais la semaine de 4 jours avait provoqué de vives réactions. La nouvelle municipalité, qui avait fait de la réforme un thème de sa campagne, a opté pour la formule « sans activités périscolaires ».

« A demain, les enfants ! » Il est 15 heures 45, ce jeudi, devant l’école Joliot-Curie à Aubervilliers (93). « C’est vraiment définitif, ces horaires ? », demande une mère de famille. Un autre glisse : « Ça fait tôt, quand même… » L’application de la réforme des rythmes scolaires, ici, n’a pas été un long fleuve tranquille. Cette année, Pascal Beaudet, le maire (PCF) fraichement élu, a décidé de supprimer purement et simplement les activités périscolaires. L’école le matin, un peu plus tard (8h45) ; une pause à midi, un peu plus longue (1h45 au lieu d’1h30) ; et puis l’école l’après-midi, un peu moins longtemps, donc (15h45 au lieu de 16h30).

Aubervilliers a donc fait le choix, comme une poignée d’autres communes, du service minimum. Si elle a accepté, bon gré mal gré, la semaine à quatre jours et demi et le raccourcissement du temps scolaire quotidien que la loi rendait obligatoire, la municipalité communiste a refusé d’appliquer les temps d’activité périscolaire (TAP), quant à eux facultatifs.

Une petite révolution pour des enfants bien loin de comprendre le caractère politique de ce qui se trame à leur sujet. Éléments de contexte : début 2013, le maire (PS) d’alors, Jacques Salvator, décide d’appliquer les nouveaux rythmes scolaires dès la rentrée 2013. Seul contre tous, ou presque : à l’époque, trente-cinq villes sur les quarante que compte le département faisaient le choix de la reporter d’un an. « Décision politicienne », dénoncent les uns, qui y voient là un service rendu par l’édile au gouvernement socialiste. Lui se défend et met en avant l’intérêt général, voyant là une « chance pour les enfants d’Aubervilliers d’avoir accès, gratuitement, à du sport, à de la culture… ».

Peu importe, la révolte est en marche. Associations de parents d’élèves, instituteurs et citoyens manifestent régulièrement contre le choix du maire. Pascal Beaudet, alors leader de l’opposition (il avait été maire de 2003 à 2008), prend la tête de la contestation et en fait un des thèmes majeurs de sa campagne municipale.

Le 30 mars, il est élu maire et annonce une remise à plat de la réforme, ainsi qu’une vaste consultation des acteurs locaux. Finalement, et alors que les pouvoirs publics réclament de façon pressante une décision des municipalités, Aubervilliers tranche : finis les TAP, place à une journée d’école aux horaires aménagés. Soulagement des instituteurs, dont est issu Pascal Beaudet. Du côté des citoyens, les réactions sont mitigées.

« Je commence le travail à 8h30. L’année dernière, c’était déjà juste pour que je puisse emmener ma fille à l’école. Mais alors, cette année… » Une garderie existe bien, mais elle est réservée aux classes de CP. Autant de difficultés logistiques pour les parents, qui doivent également récupérer leurs enfants plus tôt. Il y a ceux qui s’organisent, entre voisins, pour aller les chercher à tour de rôle. Il y a ceux qui décident de les laisser à l’étude. Il y a ceux qui ont inscrit leurs enfants dans les centres de loisirs et associations sportives de la ville. Des alternatives existantes… mais payantes, là où le périscolaire brillait par sa gratuité. Quid de ces enfants dont les parents ne parlent presque pas français, où dont les moyens financiers ne permettent pas l’inscription à ces dispositifs ?

La suppression des temps d’activité périscolaire a eu un autre effet, en termes d’emploi cette fois. Les quelques dizaines d’éducateurs sportifs et d’animateurs qu’ils mobilisaient ont dû être redéployés. Prévus pour durer trois ans, leurs contrats aidés ne seront par ailleurs « probablement pas renouvelés », souffle un des protagonistes du dossier. Les vacataires, quant à eux, n’ont pas été recontactés. Une conséquence lourde de sens dans une ville où le chômage des jeunes atteint déjà des records. Contactés à de nombreuses reprises, ni le maire ni les élus en charge du dossier n’ont souhaité s’exprimer à ce sujet. Une directrice d’école, elle, hésite à nous recevoir. « Vous comprenez. Ce n’est pas un sujet très facile, ici. »

Ilyes Ramdani

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