COPIE REVUE ET CORRIGÉE. Ce vendredi 4 juillet signera la fin de l’angoisse pour de nombreux lycéens. Plus qu’une date, l’affichage des résultats est un rite de passage.

La vie d’un prof commence en général avant même son entrée en fonction. Paradoxalement elle commence en fait officiellement par l’obtention du dernier diplôme de son cursus. Si on ne naît pas prof, on le devient, et par l’école forcément.

Le Capes (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, pour les profanes) en poche (ou l’agrégation du secondaire, pour les meilleurs d’entre nous), nous voilà donc fraîchement reçus à un concours dont les résultats ont lieu en général fin juin-début juillet, avant d’entrer en poste début septembre. Vous imaginez déjà les vacances de fête qui attendent le nouveau stagiaire à ce propos…

Convaincus de s’en être sortis pour de bon, de ce stress qui accompagne chaque étudiant à l’approche des examens. Ce sentiment désagréable voire oppressant qui nous est apparu à la fin du lycée, avec le bac surtout (laissons le Brevet des collèges de côté, sans faire injure à nos collègues de classe de Troisième…), dont on a cru se débarrasser à l’issue de notre préparation diplômante et professionnalisante.

Eh bien, et on n’en parle trop peu à mon goût dans les reportages du JT chaque année, ce stress comme un virus dangereux, touche également la plupart de ces enseignants consciencieux qui ont travaillé toute l’année avec leurs élèves pour en arriver là. Tout au long du mois de juin, quand c’est au tour des élèves de passer par ce qu’il convient de considérer comme un rituel d’initiation, précédent l’entrée progressive à l’âge adulte, on passe ainsi par une succession d’étapes rythmées par des névroses que seul un enseignant digne de ce nom ne peut connaître (et aussi peut être les parents d’élèves, ne les oublions pas tout de même).

Du sentiment d’inachevé (tous les points du programme ont-t-ils été bien expliqués, vus et revus?), à l’inquiétude du sujet qui va tomber (les élèves peuvent bien essayer de nous soutirer des infos : on ne connaît pas les sujets qui vont tomber!), en passant et en pensant aux élèves qui ont fait des efforts pour progresser (vont ils garder leur sang froid le jour J et avoir la mention qu’ils méritent depuis le mois de septembre? ), on passe donc par tous les états. Parfois cela se traduit chez les collègues par des cernes creusées, causées par des nuits blanches. Des mals de dos. Ou une anxiété soudaine…

Et contrairement au moment où c’était nous qui étions derrière les pupitres, cette fois là (et c’est peut être le plus insupportable), domine ce sentiment d’impuissance au moment des examens. Après tout notre mission s’est achevée quelques semaines auparavant, et nous ne pouvons plus rien faire à ce stade de l’année. Les élèves nous le font parfois comprendre d’ailleurs. A l’approche de l’échéance, la dernière personne qu’ils veulent voir est bien leur enseignant qui va leur mettre (sûrement involontairement) la dernière pression qui leur sera plus inutile qu’autre chose.

Et puis comme chaque histoire, il y a une fin qui s’avère dans la plupart des cas un formidable happy ending. Alors j’en profite comme chaque année pour le dire solennellement à tous les élèves de lycée général, technique et professionnel, qui par cette première étape vont se préparer progressivement à entrer dans l’âge adulte : Bonne chance !

Ahmed Kherraz

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