Apogée, c’est un peu comme l’euro. Au début, on fantasme sur les nouvelles possibilités qu’il nous offre, jusqu’à ce que l’on constate l’âpre vérité : les énormes dégâts qu’il laisse derrière lui. Il faut dire qu’on nous l’a vendu comme le Messie, venant combler les carences liées aux administrations universitaires. Par le moyen de la numérisation des données relatives aux étudiants, les dossiers devaient être gérés avec plus de rapidité et d’efficacité. De plus, l’installation du logiciel devait permettre aux étudiants d’accéder à une meilleure lisibilité de leur situation académique et à une participation active à leur scolarité. Par exemple l’inscription aux cours de C2i et à l’Institut d’enseignement à distance.

Oui mais voilà il y a un hic, qui n’a pas tellement rapport au logiciel ou à son coût exubérant. Plutôt à son installation et aux problèmes qu’il engendre. Le tuteur du département de philosophie à Paris 8 témoigne : “ Ici le problème, c’est qu’on a mis un peu moins de trois mois pour mettre le logiciel en place. Ça a demandé des efforts considérables pour nos administrations. Le problème ne tient pas tant à la structure même du logiciel , on peut tout faire avec Apogée. Ça tient plutôt au fait qu’Apogée est en réalité un outil de flicage. Cela permet d’évaluer le coût de chaque formation dans la perspective d’une meilleure rentabilité et/ou performance des formations. Le problème est que lorsque l’on a des structures de diplômes assez libres, je pense au département Art par exemple, Apogée se retrouve confronté à des soucis d’uniformisation des données. Aussi, ça met les recommandations du ministère en face de ses contradictions car on nous demande d’installer des logiciels qui permettent de clarifier les choses au niveau des statistiques et des coûts de formation. À coté de ça, on nous exhorte à faire des transdisciplinarités pour étoffer les diplômes, tout en sachant que ça ne nous est pas possible.”

Les étudiants en lettres à l’université de Paris 8 ont eux aussi trinqué à cause de l’installation du logiciel. Étant moi-même étudiant en licence de lettres, je peux témoigner du grand capharnaüm qu’a occasionné Apogée. Je me souviens des allers et retours que j’ai dû effectuer entre mon département d’origine et le centre d’inscription administratif, parce que le logiciel n’attestait pas de mon propre niveau d’études. J’ai dû me rendre dans les différents départements de Paris 8 où j’ai pu suivre des cours en mineure. Récolter les différents codes Apogée sur une feuille de notation, et faire attester et signer le tout par ma secrétaire de direction. Bien évidemment, tout cela ne s’est pas fait en un jour. J’ai du dépasser le jour fixé pour mon inscription, et malheureusement, je n’étais pas le seul dans cette situation catastrophique.

Le scénario du projet Apogée commence en dents de scie et laisse les étudiants des différents départements sur le carreau. Les critiques fusent de toute part quant à son installation et à la raison de son existence. Jusqu’à maintenant, les professeurs ne peuvent pas entrer eux-mêmes les notes de leur élèves. Espérons les moindre dégâts pour les universitaires.

Jimmy Saint-Louis

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