Ce jeudi soir, devant la mairie de Saint-Ouen, il y avait tous les éléments pour empêcher la tenue du rassemblement : la pluie, le froid, le vent et la vigilance orange de météo France. Mais tout cela était bien insuffisant face à la volonté de celles et ceux qui souhaitaient répondre présents pour le sort des lycéens de Saint-Ouen. Au total, une petite centaine de personnes s’est réunie sur le parvis de l’hôtel de ville. Sur leurs banderoles, on pouvait lire des mots comme « Pas d’élève sans toit ». Une évidence en 2017, si les choses étaient normales. Parmi les personnes qui se sont déplacées, des professeurs, des lycéens, des parents d’élèves, des étudiants, des familles.

Il y a tout juste un mois, le Bondy Blog publiait le témoignage de Marie*, élève du lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen et racontait le quotidien de ces élèves sans domicile fixe et du combat mené par leurs professeurs. Cette jeune fille racontait avoir passé neuf nuits d’affilée dehors « dans des parkings, des halls, sous des abribus ». « C’était impossible de dormir. Il faisait beaucoup trop froid et surtout, je veillais sur ma mère gravement malade et sur ma sœur qui souffre de crises d’épilepsie ».

Un 7ème lycéen sans domicile

Le 12 décembre dernier, au lycée Auguste-Blanqui, ils étaient six élèves à vivre cette même situation. Ce 12 janvier, la situation ne s’est pas améliorée pour eux. Au contraire : ils sont désormais sept lycéens à être sans domicile fixe. Un de plus en un mois à peine : la sœur de Marie qui était scolarisée dans un autre lycée, dans l’Essonne, et qui a réussi à être scolarisée aux côtés de sa sœur. Marie* et sa famille sont toujours hébergées grâce à la solidarité de leurs enseignants dans un appartement jusqu’au 21 février. Après, ce sera le 115. Les autres appellent le Samu social tous les jours. C’est toi et ta chance, si on peut appeler cela une chance.

Ce jeudi soir, devant la mairie de Saint-Ouen, les manifestants appellent à la responsabilité des pouvoirs publics. « Ce qui se passe est inadmissible et je pense que la mairie pourrait agir, faire quelque chose. Il y a des logements vides à Saint-Ouen ! », s’exclame Laure Gallois, professeur de sciences médico-sociales (SMS) au lycée Marcel Cachin de cette commune de Seine-Saint-Denis.

« Aucune solution concrète n’a été apportée pour l’instant »

Marguerite Menard est elle professeure au lycée Auguste Blanqui. Pour elle, les conditions dans lesquelles vivent certains de ses élèves mettent en péril leur scolarité. « Le 115 ne peut pas toujours fournir des logements à proximité du lycée. Certains élèves passent donc des heures dans les transports pour venir à l’école ».

Alice Mauricette, enseignante d’espagnol au lycée Blanqui, fait partie du collectif de professeurs mobilisés depuis le début. « Nous avons contacté la mairie, la préfecture. Pour l’instant, aucune solution concrète n’a été apportée. La préfecture pourrait vraiment agir, elle a les dossiers des familles, elle pourrait accélérer certaines procédures ».

« Je voulais l’héberger chez moi, mais c’était impossible il n’y a pas assez d’espace »

Rayan Benabdessadar et Irène Saurrode étaient élèves au lycée Blanqui l’an dernier. Aujourd’hui, ils étudient à Sciences-Po. Tout comme ses anciens professeurs, Rayan souhaite alerter les pouvoirs publics. « Il faut vite qu’ils se rendent compte que c’est impossible d’étudier dans des conditions pareilles. Et surtout, il faut qu’ils agissent vite, on ne laisse pas les gens à la rue ! Déjà que ce n’est pas tous les jours évident d’étudier dans un lycée de banlieue, si en plus on est à la rue… « . Irène se dit « évidemment touchée par toutes ces histoires invraisemblables » mais souhaite surtout souligner la mobilisation « extraordinaire » des professeurs du lycée Auguste-Blanqui. « Je suis aussi là pour soutenir ces profs qui font un travail incroyable au quotidien ».

Kenza, quant à elle, est encore élève à Blanqui, en Terminale S précisément. L’année passée, Marie* était dans sa classe. Elles sont restées bonnes copines. « J’ai été scandalisée quand j’ai appris qu’elle était à la rue et que personne ne pouvait l’aider. Je voulais l’héberger chez moi, mais c’est impossible il n’y a pas assez d’espace ! Certains de ces élèves en situation très précaire passent leur bac cette année. Ce n’est pas normal du tout de passer sa dernière année de lycée dans des conditions pareilles. C’est inadmissible, c’est la dernière ligne droite ».

Combien d’ « alertes » encore ?

Comment réviser son bac dans des conditions pareilles ? Où et comment faire convenablement ses devoirs ? Comment préparer son avenir post-bac lorsqu’on doit se préoccuper de l’endroit où l’on va dormir chaque soir ? Comment rester concentré en cours quand on n’a pas le temps de sommeil naturel et suffisant, et ce, pendant plusieurs mois ? Marie* est une bonne élève et n’a quasiment raté aucun cours même lorsqu’elle a passé plusieurs nuits dehors. Elle souhaite devenir aiguilleur du ciel.

D’après les enseignants rencontrés ce jeudi soir à Saint-Ouen, un membre du cabinet de la ministre du Logement a pris contact avec le lycée Auguste-Blanqui ce mercredi 11 janvier. Un mois que le sort des lycéens de Blanqui est connu. En décembre, le ministère de l’Éducation disait déjà « avoir été alerté par la situation de ces élèves ». Un mois qui passe comme un éclair pour nous tous, pour celles et ceux affairés dans leur quotidien. Une éternité pour ceux qui cherchent un toit ou juste un endroit chaud pour dormir, chaque soir. Combien d’alertes faut-il encore ? Nous sommes en plein hiver. Il fait froid. Ces familles attendent toujours une réponse concrète de la part des autorités. Les bureaux des administrations, eux, sont bien chauffés.

Sarah ICHOU

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