Les uniformes à l’école sont peut-être de retour. Une proposition du ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos. L’ancien professeur agrégé de lettres a des envies de femme enceinte. Des envies d’uniformes pour les élèves. Il en avait fait part une première fois à New York en septembre 2008, puis tout récemment à Londres. Si vous fantasmez sur les collégiennes telle Britney Sears (chacun ses références) dans son tout premier clip « Baby one more time », vous serez déçus. Il ne s’agit pas d’un uniforme classieux à l’anglaise ou à la japonaise. Mais d’un t-shirt. « Hein ? Un t-shirt ? Qu’il arrête de nous prendre pour des clowns », râle Babette, collégienne à Paris, avec son petit sac à main.

« Il est hors de question que je change mon look pour un truc machin moche, prévient Marion, sa copine. – Même si c’est un t-shirt signé Galliano ? dis-je. – Ha non, John G, on prend tout de suite », s’exclame-t-elle. Autre bande de collégiens et de collégiennes. Léa : « C’est une vraie fausse bonne idée, comme on dit entre nous. » Floriane : « Et en plus, si c’est pour ressembler à des agents de la RATP, c’est vraiment horrible. Je ne suis pas du tout intéressée. » Les garçons, maintenant. Pat : « Moi, ça me gênerait pas, tant que c’est un t-shirt. On ne le verra même pas. » Eric : « Si c’est à l’anglaise, non Merci. Et puis quoi encore ? Bientôt, ça sera l’armé ! Ouais, c’est sur, ça va être l’armé à l’américaine. Je suis certain qu’un jour, ça va revenir. »

Les parents d’élèves d’une école maternelle située juste à côté, sont catégoriques. Ils ne veulent pas d’uniformes pour leurs bouts de choux. « Encore une annonce idiote : pour faire genre, je propose quelque chose… Déjà qu’il rame avec les lycéens et les profs », marmonne la maman de la petite Lou. « Triste comique. Il fait ça pour nous détourner des vrais problèmes. Est-ce qu’un t-shirt va remonter le niveau de nos enfants ? Ou leur apprendre à mieux lire ou écrire ? », s’interroge le parent d’un petit garçon.

« Son but est d’effacer la différence de fortune, objecté-je. – Eh ben, il s’y prend vraiment mal. Un t-shirt siglé ne va rien effacer du tout. Il reste le jean, les baskets et même le matériel scolaire. Il faut apprendre plutôt à nos enfants à se contenter de peu, à faire avec ce qu’on leur apporte. En Afrique, c’est comme ça. Il ne faut pas céder à leurs caprices, même si c’est parfois difficile de leur refuser », explique avec le sourire une nounou noir.

Un fonctionnaire de la préfecture de Paris a un autre discours : « Moi, je trouve cela très bien, d’avoir un uniforme. J’avais une blouse dans le temps et ça nous mettait tous à égalité. Mais je ne pense pas qu’un t-shirt stoppera le racket. – Vous ne craignez pas que cela puisse empêcher l’enfant de s’affirmer et d’exprimer sa différence ?, lui demandé-je – Qu’on arrête cette masturbation intellectuelle qui veut qu’un enfant de 7 ans doive exprimer sa différence. »

La morale de l’histoire revient au petit Gaëtan : « Il faut lui dire au monsieur qu’on ne peut pas mettre un t-shirt l’hiver sur une doudoune, c’est pas possible, c’est trop petit. »

Nicolas Fassouli

Nicolas Fassouli

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