Lundi 27 novembre, je suis arrivée à l’arrêt de bus de mon village, Konacker (en Moselle) vers 7 h, suffisamment à l’avance puisque le bus passe normalement entre 7h05 et 7h10. A 7h15 certains ont commencé à espérer qu’il ne passe pas, à 7H20 tout le monde avait l’oreille scotchée à son portable pour savoir si les autres bus étaient venus et à 7H25, le verdict est tombé : grève générale à la Trans Fensch !

J’ai alors abandonné la dizaine d’élèves de seconde et de première qui attendaient que leurs parents soient partis au travail pour rentrer chez eux (afin qu’il n’y ait plus personne pour les ramener) et me suis mise en quête de quelqu’un qui puisse me déposer à l’école. Après un bref moment de panique, parce que mon père était parti au travail avec la voiture, j’ai finalement trouvé une amie prête à me prendre avec elle. Heureusement, car je me voyais mal faire la quinzaine de kilomètres qui nous séparent de l’école à pied, et encore, les quinze kilomètres c’est en bus ou en voiture, en passant par l’autoroute. A pied, il m’aurait fallu la matinée pour aller au lycée et l’après-midi pour en revenir.

Nous arrivons donc au lycée pile à l’heure. Et une (très) longue journée de cours commence. Première heure : cours d’espagnol LV3, et première surprise, qui n’en est plus vraiment une, il n’y a pas de chauffage. Tout le monde a une petite pensée nostalgique pour l’année dernière où, à la même époque environ, nous n’avions pas eu cours pendant une journée – et pas sport pendant plus d’un mois – parce que la chaudière était cassée et la température tombée en dessous de la limite autorisée pour faire cours (qui est de 16°C si mes souvenirs sont bons). Heureusement cette fois-ci, il ne fait pas suffisamment froid pour qu’on nous renvoie chez nous (c’est l’année du bac quand même, difficile de rattraper neuf heures de cours), juste assez pour qu’on ait les doigts de pieds congelés et les mains engourdies. Mis à part cela, et à part la lumière qui nous a lâchés plusieurs fois en émettant de drôles de grésillements, le cours s’est déroulé normalement. Nous avons d’ailleurs pu apprendre la raison de la grève des bus : un chauffeur s’était fait agressé le week-end à Florange.

Le reste de la journée s’est déroulé à peu près comme elle avait commencé : en allemand, nous avons regardé un extrait de Faust, mais en noir et blanc car la télévision ne fonctionne plus vraiment ; en philosophie nous avons fait cours au doux son des perceuses dans la salle d’à côté. En latin, juste après le repas, nous sommes arrivées avec une dizaine de minutes de retard parce que personne ne veille à ce que les élèves prioritaires (ceux qui ont cours à 12H30, comme nous, qui avons tous les jours latin à cette heure-ci) passent effectivement en priorité… Résultat, nous n’avons jamais le temps de manger et devons sacrifier une partie du repas.

Voilà une journée banale au Lycée Saint-Exupéry de Fameck. Sans parler des locaux, de ces salles où toutes les tables sont gravées (tenez, je vous offre une photo de la mienne), les murs tagués et où peinture et plafonds s’effritent et tombent en morceaux… Si certains hommes ou femmes politiques sont à l’écoute des citoyens, voici notre problème: un lycée décrépit, faute de moyens, où il est difficile d’avoir envie de travailler.

Marie Carmen Sanchez (Lycée Saint-Exupéry)

Marie Carmen Sanchez

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