Entre les évènements du 7 janvier dernier et les attentats du vendredi 13 novembre 2015, les réactions n’ont pas du tout été les mêmes, notamment au lycée Buffon (Paris XV). Jean et Sofiane nous décrivent l’atmosphère a sein de leur établissement…

En janvier dernier, on était déjà à Buffon (Paris XVème), lors des évènements de Charlie Hebdo. Il y avait un climat spécial, marqué par le classement des élèves par catégories : ceux qui étaient Charlie, parce qu’ils revendiquaient le droit de blasphémer, ceux qui n’étaient pas Charlie parce que même s’ils étaient horrifiés, être Charlie, c’était soutenir leurs dessins. Et puis il y avait ceux qui s’en fichaient et qui voulaient juste la paix. Nous, on faisait partie d’aucune catégorie, car être Charlie ou ne pas être Charlie, c’était une question, mais notre réponse était bien plus complexe que « je suis » ou « je ne suis pas».

Bref. En ce moment, il n’y a aucun camp, aucun parti, il y a justes des jeunes soucieux de savoir si leurs amis et leurs camarades vont bien… Tout le monde est concerné, de près ou de loin. La peur, peu de gens veulent l’avouer, mais elle est bien présente. Heureusement, notre union est encore plus forte. On continue à rire, jouer, sortir… À vivre, comme si on s’était engagés auprès des victimes pour faire ce qu’ils ne peuvent plus faire de là ou ils sont.

Nous remercions d’ailleurs les infirmières et les conseillères principales d’éducations qui ont été à l’écoute et nous ont soutenus après les évènements.

Puis, après l’émotion, vient le questionnement. Les questions que l’on entend sont : pourquoi ? Qu’ont-il fait pour mériter cela ? Dans quel but ? À cause de quoi ou de qui ?

Certains ont leurs petites réponses et sont persuadés de détenir les solutions pour changer le monde, d’autres répondent sous l’influence des nombreux experts qui défilent à la télévision comme s’ils avaient subi un lavage de cerveau et vendus leur conscience politique à BFM TV . Mais la question qui a ouvert le plus grand débat, c’est : « que faut-il faire ? » Et c’est là qu’il y a les réponses les plus drôles mais inquiétantes, sont tombées. « Il faut suivre Poutine coûte que coûte », « préparez-vous au service militaire les gars, parce que la guerre a commencé » ou encore « suivons, les États-Unis, il gagne toujours », mais la perle rare c’est peut-être : « s’ils écoutaient Eric Zemmour, on aurait moins de problèmes ». La plupart du temps, ce débat finit pourtant toujours avec un « je sais pas » collectif.

Finalement, à la fin la semaine suivant les attentats, tous les lycéens ont envie de se changer les idées, de sortir comme tous les samedi soirs, pour oublier pendant un petit moment les problèmes de la vie quotidienne et ceux du monde entier.

Jean Ben Aych et Sofiane Moumni

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