Les partiels du premier semestre à peine terminés, et les résultats encore fraîchement obtenus, les étudiants de l’enseignement supérieur en fin de parcours (généralement en Master I) se voient désormais confrontés à une grande difficulté, qui s’apparente un peu à la recherche d’emploi : les candidatures pour les Masters 2.

Les étudiants désireux de poursuivre leur cursus seront amenés à choisir une formation de troisième cycle en cohérence avec leur parcours actuel. Pour cela, ils doivent constituer un dossier en béton armé : CV, lettre de motivation, relevés de notes, diplômes, lettres de recommandation, etc. Pourquoi ? Car les «M2» ne sont pas accessibles à tous. En effet, la sélection se fait sur dossier. Seuls 20 à 30 étudiants en moyenne pourront bénéficier de la formation choisie. La concurrence est rude, la sélection aussi, surtout dans certaines filières. Tout est bon pour se démarquer de l’ensemble des étudiants de France et de l’étranger postulant pour le M2 convoité : mentions, doubles formations, langues, expériences professionnelles, séjours linguistiques, activités associatives…

Sophie, 22 ans, est en Master 1 Sciences de Management à l’Université Paris I. Elle hésite entre deux M2 : Management stratégie Internationale ou Marketing.  Selon elle, les expériences professionnelles vont permettre aux étudiants de se démarquer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Sophie «hésite à faire une année de césure pour continuer à avoir des expériences professionnelles qui me permettront d’être crédible lors de ma candidature ». Sarah, 23 ans, étudiante en M1 Droit Privé à L’Ecole de droit de la Sorbonne doute que la lettre de motivation ait réellement un impact sur les dossiers. « C’est bien gentil, mais à moins d’avoir un entretien avec les étudiants pour voir s’ils sont réellement motivés et sérieux, ça sert pas à grand chose, tu peux mettre tout ce que tu veux dedans, même des mensonges ».

Si pour certains, le dossier est un moyen d’exposer son brillant parcours, pour d’autres, il a des allures de casier judiciaire. Réorientation, rattrapages, redoublements, voire défaut d’expériences, autant de critères conduisent certains étudiants à s’autocensurer et à renoncer à postuler. Pour Sarah, « ça va être compliqué d’avoir une place en M2 sachant que c’est sélectif et que quand tu as des notes moyennes, il y a trop de risques de se retrouver sans fac. Je suis d’ores-et-déjà sûre que je postulerai aux M2 qui précisent qu’il faut une mention. Pourquoi se prendre une tôle ? »

Quant à Jonathan, 23 ans, étudiant en M1 Droit des affaires, également à la Sorbonne, il a tout simplement renoncé à postuler à certains M2 car « je n’ai pas le niveau requis. Mes notes, l’absence de mentions, mes redoublements, et l’absence de stage dans mon domaine sont autant d’inconvénients pour mes candidatures. » Par ailleurs, alors que certains étudiants postulent pour un M2 dans l’aboutissement d’un réel projet professionnel, d’autres postulent seulement pour « avoir un M2, voire deux… » C’est le cas d’Olga, 22 ans, étudiante en Master 1 Economie à l’Université Paris I. En vue de son projet professionnel, Olga souhaite intégrer le Master 2 Commerce International. Le but est aussi d’avoir un M2 car selon elle, « un Master 1 n’est pas un diplôme ». Olga est même prête à quitter l’Ile-de-France, « il faut absolument que j’aie un M2. Je suis prête à postuler dans le Nord, dans le Sud voire même à l’étranger ». Pour Sophie, «je sais qu’il faudrait que je postule dans d’autres facs mais j’aimerai vraiment faire ma formation de A à Z à la Sorbonne, c’est quand même une fac prestigieuse et je préférerai réaliser mon M2 à la Sorbonne plutôt qu’à Nanterre par exemple, c’est moins côté à l’étranger».

Stress, pression, rumeurs, incertitudes, concurrence, auto-censure, désorientation, préjugés. Direction le Service Commun Universitaire d’Information et d’Orientation (SCIUO) de l’Université Paris 1 pour mettre le tout au clair. On m’indique qu’à certaines périodes de l’année, ils reçoivent « un certain nombre d’étudiants en L3 qui sont entrain de construire leur projet, et d’autres périodes, des étudiants de M1 voire même de M2 qui cherche à finaliser leurs choix ». Pour ce qui est du dossier, on me précise que « les notes ne sont qu’un élément et sont de moins en moins importantes dans l’admission d’un Master 2. Le projet professionnel construit et surtout des expériences professionnelles des étudiants prennent une part beaucoup plus importante que les notes, car beaucoup de bons étudiants postulent à des M2, et rien d’autre ne permet aux professeurs de faire des choix ».

Les critères de choix sont surtout la construction du projet : « pourquoi faire un Master 2 et pourquoi celui-là. Et ensuite c’est toutes les expériences menées par les étudiants. Tout ce qu’il faut pour un enseignant, c’est de comprendre le chemin, comprendre pourquoi l’étudiant est passé par ce chemin là pour arriver à ce qu’il veut. Tout se défend, mais il faut pouvoir expliquer comment ». Pour les étudiants postulant dans le seul but d’obtenir un M2, « Pourquoi pas ?» me répond-on. « Après tout, l’université est faite pour former des étudiants à Bac+5. Ce qui est dommage c’est que l’étudiant ne s’approprie pas son diplôme et aura d’autant plus de mal de le faire valoir». Pour ce qui est de l’autocensure, « c’est un gros problème. Les étudiants n’osent pas et sont trop dépendants de ce que leur disent leurs camarades. Nous ne sommes pas en école de commerce, ici les étudiants créent la concurrence. En France, il y aurait suffisamment de place pour tous les étudiants en M1 qui souhaitent faire un M2. Le problème est que tout le monde se focalise sur le même ».

Postuler à des M2 n’est pas aisé. A cette période de l’année, les inscriptions ont déjà commencé pour certaines universités parisiennes comme Dauphine ou encore Assas. La date limite de dépôt des dossiers varie selon les universités (entre mai et juin). Après ça, les étudiants devront patienter durant tout le mois de juillet en vue d’obtenir une réponse. Certains pourront être convoqués à un entretien. D’ici là, les étudiants devront se focaliser sur le second semestre qu’il reste désormais à valider pour confirmer leur accès à un éventuel Master 2.

Emira BK

Articles liés

  • Étudiants sans master : des refus sans fin d’études

    L’année universitaire touche à sa fin et pourtant la détresse estudiantine persiste en raison cette fois-ci des refus en master pour les étudiant.e.s fraichement diplômé.e.s d’une licence. Le hashtag #EtudiantsSansMaster est devenu viral sur Twitter, certain·e·s y racontent leurs déboires, d’autres y dénoncent l’injustice qu’ils estiment subir en raison de la qualité de leur dossier. Témoignages.

    Par Félix Mubenga
    Le 28/06/2021
  • Profs et parents unis pour 100% de réussite au bac au lycée Delacroix à Drancy

    Au lycée Eugène Delacroix à Drancy, Jérémie Fontanieu a déclaré la guerre à l'échec scolaire. Le professeur de science économique et sociale a décidé d'appliquer une méthode qui implique professeurs, parents et élèves pour un résultat net : 100% de réussite au bac. Rémy Barbet l'a rencontré pour en savoir plus.

    Par Rémi Barbet
    Le 24/06/2021
  • Entre frustration et découragement, à Créteil les étudiants présents pour les examens

    Tandis que de les lycéens et élèves en BTS font entendre leur colère depuis des semaines concernant le maintien des épreuves finales en présentiel, les étudiants de plusieurs campus militent pour passer leur partiel en distanciel. Alors même que plusieurs universités entrent dans leur période d’examen, certaines facs ont vu des blocus et manifestations étudiantes se produire au sein de leur établissement. Rappel des faits à Créteil.

    Par Félix Mubenga
    Le 11/05/2021