Le 5 avril dernier, à Bobigny, s’achevait le parcours du combattant des vingt marcheurs de la société Arcelor Mittal. Partis le 28 mars de Florange, ils ont effectué près de 350 kilomètres  à pied.  La raison principale du mouvement est la fermeture de deux hauts fourneaux qui amènent la société à licencier une grande partie des salariés.

Le combat avait pourtant déjà commencé le 15 mars, date à laquelle les salariés s’étaient rendus à la rue de la Concorde, QG du président sortant. C’est avec des bombes à gaz lacrymogènes qu’ils ont été accueillis par la police. Traités « comme des casseurs », ils ont voulu prouver, avec cette marche, qu’ils voulaient combattre dignement et pacifiquement.

Ce jeudi, après avoir traversé Meaux, ils arriveront enfin à l’étape finale, la Bourse du Travail, « la maison des ouvriers ». Chez cette nouvelle famille, qui s’est formée tout au long du voyage, l’émotion est grande, des larmes coulent. Les marcheurs sont fiers d’avoir atteint leur but malgré les tendinites, les ampoules, la fatigue et les baisses de moral. Entouré de ses hommes, Edouard Martin, le leader du groupe, m’explique qu’en cette période électorale, ils ne veulent en aucun cas être la proie des politiques : «La récupération politique, on n’en veut pas. Le 7 mai, on sera là (spirituellement), on ne s’arrêtera pas ici ». Après avoir passé une dure journée, les marcheurs décident d’aller se reposer. Une grande journée les attend le lendemain.

Vendredi 6 avril, 14h00, Place de la République. Les vingt braves hommes sont là. Quinze cars venus tout droit de Lorraine  ont rejoint le groupe pour marcher jusqu’à la Tour Eiffel qui est un symbôle pour eux, puisqu’elle est faite d’acier de Lorraine. Tous arborent fièrement des drapeaux avec le slogan « L’acier Lorrain vivra ». Sur la route, un tas d’autres salariés de sociétés différentes se joignent au cortège. L’un d’entre eux se permet même de faire un joli jeu de mots : « Libérons l’acier et la Syrie (l’aciérie)».

Khachei Benaissa, l’un des vingt marcheurs, me raconte avec entrain le périple : « On est partis sur un coup de tête. On a préparé ça en une semaine. Aujourd’hui on est 20 mais on représente les 2800 salariés qui sont restés. Humainement parlant, c’est une expérience formidable. A chaque étape, il y avait toujours des personnes qui savaient qu’on allait passer sur leur chemin et qui s’arrêtaient pour partager un repas ou pour nous encourager. Il y a une grosse solidarité Made In France, ce n’est pas de la solidarité Low-Cost.  On est là pour défendre nos emplois pour faire vivre l’industrie française. On vit dans un pays formidable malgré ce qu’on nous fait croire ». Les vingt métallos n’auraient jamais pensé avoir un tel soutien et recevoir autant de sympathie de la part des Français : «Beaucoup de Français nous on dit se reconnaître en nous, c’est incroyable ».D’ailleurs, un invité surprise est venu les encourager. Il s’agit du candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon.

A 19h00, heure à laquelle a débuté le concert organisé en l’honneur des courageux marcheurs, réunissant notamment Zebda, Bernard Lavilliers, Guy Bedos et quelques groupes Lorrains, les marcheurs sont accueillis sur scène sous un tonnerre d’applaudissements. On aperçoit quelques perles salées couler sur les joues de certains. Unis comme jamais, ils scandent un joyeux « Tous ensemble Tous ensemble  Ouais Ouais !  ». Un par un, ils prennent la parole. L’un d’entre eux s’adresse directement aux candidats à l’élection présidentielle : « Je lance un appel à tous ces candidats, on les attend, on va les élire, ils vont toucher une paye et on va les payer gracieusement. Et leur job, c’est de maintenir nos jobs et d’en créer aussi ».

Wassila Belkadi

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