La sécheresse a fait débat ces dernières semaines avec les fortes vagues de chaleur. Dans certaines régions du Nord, comme en Ile-de-France, le déficit pluviométrique a atteint les 80% au début du mois de mai 2011. Les fruits mûrissent plus vite et sont en avance sur la saison. La sécheresse a fini par laisser place à la pluie depuis trois semaines au bout desquelles le soleil a refait son apparition. On se demande alors comment font les agriculteurs pour faire face à ce phénomène. Accompagnée de deux amies, Sihame et Aïsha, je me suis rendue à la cueillette de la Croix-Verte, dans le Val-d’Oise, ce beau dimanche d’été.

A un peu plus de 20 km de Paris, nous nous retrouvons en pleine campagne et la route nous plonge dans un paysage de champs, donnant à notre petite virée un air de vacances. L’agriculture, dans le Val-d’Oise, s’étend sur environ 58 000 hectares, soit 50 % de la surface du département. Nous voilà prêtes à cueillir des fraises. Tout le monde serait-il passé avant nous ? Il semble qu’il faille fouiller à « quatre pattes » au sol pour espérer en trouver. Les gourmands friands de ce fruit devront attendre deux semaines avant d’en ramasser une prochaine « fournée », bien mûre. Qu’à cela ne tienne, nous espérons bien remplir notre barquette.

De bonnes odeurs de campagne nous feraient presque oublier que nous ne sommes qu’à 10 minutes, en voiture, de nos cités de béton. Notre nez est titillé par les plantes aromatiques, notamment la menthe qui dégage une odeur ensoleillée. Aïsha s’empresse de couper quelques branches, à l’aide d’un couteau suisse prêté par une des employées de l’exploitation. Un autre parfum nous appelle, on cherche d’où il vient, sans doute du persil. Nous emportons quelques bottes de cette herbe dans nos petits sacs. Cueillette faisant, nous découvrons ce que recèle cette vaste étendue : fruits, fleurs et légumes. Une dame âgée au loin cueille des fleurs, des parents accompagnés d’enfants remplissent des brouettes. D’autres se promènent simplement, s’assoient à l’ombre pour profiter de l’air paisible.

Notre poursuivons notre quête de la « fraise perdue ». Pommiers en vue, mais pour les pommes, c’est vraiment trop tôt. Voici des bettes. Non, pas la « bête », mais la bette, une plante aux longues feuilles vertes, de la même espèce que la betterave. Du rouge au loin ! Fausse alerte, ce sont des allées de groseilles. On brûle, pourtant. Nous atteignons des allées de fraises, caramba !, elles non plus ne sont pas mûres. Nous sommes enfin récompensées après plusieurs minutes de marche sous un soleil de plomb : des petites fraises cachées sous d’épais feuillages, au sol. Sihame s’y met la première, et toutes accroupies ou sur les genoux, nous essayons de débusquer les meilleures d’entre ces beaux fruits rouges gorgés de chaleur. Ces fraises-là sont minuscules mais sucrées et légèrement acidulées, la récolte a été dure, mais nous avons pu remplir nos barquettes.

Nos paniers bien chargés, nous rencontrons le maître des lieux, Antoine Thirouin. « C’est la trente-deuxième année que cette cueillette existe », raconte-t-il. Ça a commencé sur une surface de deux hectares, qui s’étend aujourd’hui sur une trentaine. Antoine s’occupe avec son frère Hervé de cette exploitation familiale créée par leur père. La cueillette a été ouverte au public la deuxième quinzaine de mai et s’arrêtera aux alentours du 11 novembre, et dans l’intervalle on trouvera ici toujours des fruits de saison.

Et la sécheresse, dans tout ça ? « Ce n’est vraiment pas un problème, alors je suis peut-être égoïste, mais j’arrose. Si vous faîtes du maraîchage et que vous n’avez pas d’eau, vous ne faîtes pas de maraîchage* », tranche-t-il. Antoine Thirouin recourt à un forage qui se trouve dans une ferme distante de 10 km, d’où il a fait tirer une canalisation qui lui permet d’arroser régulièrement ses cultures, même si, dit-il, « je préfère la pluie du ciel, c’est la meilleure ». « La situation que vivent les éleveurs de bétail est bien plus grave. Eux souffrent terriblement du manque d’eau », poursuit-il. Pas de « subventions particulières » pour les maraîchers, selon Antoine, sauf, peut-être, pour ceux qui ont essuyé des pertes en raison de la récente « crise du concombre ». Les maraîchers touchés vont demander de l’aide à l’Etat français et même, éventuellement, à l’Etat allemand, précise-t-il.

Sur le front de la sécheresse, une chaîne de solidarité a vu le jour, essentielle car l’Etat n’intervient semble-t-il que très peu. Antoine, par exemple, cultive une parcelle de céréales. Avec d’autres volontaires, il réserve la paille récoltée pour la distribuer « à un prix très peu cher » dans des régions d’élevage. Nous sommes-nous pour autant senties coupables en dégustant nos petites fraises si durement récoltées ? Joker.

Chahira Bakhtaoui

*Culture échelonnée sur toute l’année et qui propose des produits variés

http://www.cueillette-de-la-croix-verte.com/cueillette.html

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