Les stages de fin de troisième sont l’occasion pour tous les élèves de découvrir le monde du travail. Loin des rêves de certains, ce monde est souvent sans pitié, pour ces jeunes qui doivent se trouver et décider d’une orientation.

Qui n’a jamais eu un rêve d’enfant ou d’adolescent du métier qu’il fera plus tard ? Certains rêvent d’être pompier, médecin, sauveur du monde ou princesse sur un rocher… Nous sommes bercés par l’idée d’exercer le métier de nos rêves, mais nous ne savons par réellement ce que nous ferons plus tard. La désillusion nous rattrape vite quand on passe du rêve à la réalité…

Quand j’étais adolescente, alors que j’étais en classe de troisième, je voulais être écrivain, plus particulièrement de roman policier pour enfant. Allez savoir pourquoi, sans doute que j’aimais l’énigme qui se cachait derrière les crimes à l’époque à laquelle je regardais Inspecteur Gadget. L’écriture c’était mon truc, mais ma prof de français a très vite cassé ce rêve en m’expliquant que je ne pourrais pas en vivre. Déçue, je me suis orientée vers un autre choix.

J’étais plutôt bonne en mathématiques, alors, pourquoi ne pas devenir expert comptable, c’est bien payé et je suis plutôt à l’aise avec les chiffres…Et puis avec tous les boutons que j’avais sur le front, j’avais des prédispositions ! Puis je me suis dit que je deviendrais médecin, ça faisait plaisir à mon père…et je me rêvais en train sauver des vies, un peu comme Docteur Maboul. Un peu perdue dans tous ces métiers et à une période où je devais choisir mon orientation pour rentrer en seconde, je n’ai pas eu l’occasion d’expérimenter ces métiers pour en avoir le cœur net. Mais à 15 ans sait-on vraiment ce qu’on veut faire plus tard ?

À mon époque, moi qui suis née à la fin des années soixante-dix, j’ai dû attendre la licence pour effectuer mon premier stage. Aujourd’hui, les choses ont changé, et c’est en classe de troisième qu’on peut expérimenter le job de ses rêves. C’est en 2005 que l’éducation Nationale a mis en place la « séquence d’observation en milieu professionnel », plus communément appelée « stage en entreprise de fin de troisième ». Au programme : découverte de l’univers de l’entreprise, de son environnement économique, social, technologique, de son fonctionnement interne. Selon le site éduscol de l’éducation nationale, la séquence d’observation en milieu professionnel est obligatoire pour tous les élèves des classes de troisième. Elle se déroule dans les entreprises, les associations, les administrations, les établissements publics ou les collectivités territoriales, aux conditions prévues par le Code du travail. Cela peut-être pris au sérieux par les élèves ou non…

Nouvelle génération, nouveau temps. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir expérimenter un métier, mais pour Rizlen, 15 ans, c’est une occasion qui s’offre à elle. Pour sa dernière année au collège, elle doit effectuer un stage en milieu professionnel. « J’aime bien les vêtements alors j’avais envie de travailler dans un magasin  » raconte Rizlen. Elle ne sait pas du tout à quoi s’attendre en faisant ce choix et par l’intermédiaire de ce stage, elle en saura peut-être plus. Elle créer son CV en classe, en cours de technologie. Son CV est très peu garni étant donné son jeune âge, mais elle y met en relief la connaissance des langues étudiées.

Motivée par son choix, elle se rend dans un centre commercial qui se trouve à quinze minutes, en transport en commun, du domicile familial. Dans les deux premiers magasins où elle propose ses services, on lui coupe très vite la parole « Nous n’avons pas besoin de stagiaire ». Ne s’avouant pas vaincue, elle s’adresse à un troisième magasin, spécialisé en vêtement de grandes tailles. La réponse est immédiate, ils la prennent, mais ils trouvent inutile de prendre son CV quasi vide. Rizlen est contente, en une journée sa recherche de stage est terminée.

Une nouvelle semaine commence pour Rizlen qui va pouvoir expérimenter le monde du travail. Elle raconte son expérience : « J’étais contente quand j’ai trouvé mon stage…enfin, au début. J’aimais l’idée de travailler dans un magasin de vêtement, mais en fait vente…c’est pas trop ça. Je triais les affaires. On m’a demandé de trier les vêtements de taille en taille, il fallait conseiller les clientes, cintrer les vêtements, les biper…et puis voilà après c’est tout le temps la même chose. Dès le premier jour, je n’ai pas aimé. On était trois stagiaires le premier jour et le quatrième jour une autre stagiaire est arrivée. Je m’entendais bien avec l’une d’elles qui avait mon âge. Par contre il y en une qui s’est faite virée l’avant-dernier jour parce qu’elle rigolait trop fort. Ce qui m’a le plus déplu c’est de rester debout, il y a trop de trucs à faire, c’est trop ennuyant en fait. Je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je ne m’attendais pas à ça en tout cas ».

En plus de l’ennui éprouvé dans ce stage, Rizlen revient sur de petites anecdotes. Elles ne sont pas toujours drôles à vivre pour une adolescente, mais lui donne une idée de ce qu’est le monde du travail : « Un jour je suis venue au stage et mon T-shirt était troué. La responsable m’a demandé de retourner chez moi me changer. C’était un petit trou…Elle m’a dit ‘Non, mais ça ne va pas le faire, tu ne vas pas pouvoir te présenter comme ça devant les clients. Tu vas rentrer chez toi et tu vas revenir!’ ». Sans broncher Rizlen s’exécute.

Mais elle n’est pas sans savoir que les règles qui s’appliquent en classe s’appliquent aussi dans le monde du travail comme Rizlen l’a vécu pour son portable « A un moment j’avais mon téléphone dans la poche et elle l’a vu. Elle me dit ‘La prochaine fois que je te vois avec ton téléphone, je te vire du stage’. Le lendemain, elle voulait carrément me fouiller pourtant je ne l’ai jamais utilisé. Elle m’a dit ‘Fais moi voir la poche de ton pantalon’. Et une autre fois, j’ai une copine qui est venue me voir à mon stage, parce que moi j’étais venue à son stage. La responsable n’a pas aimé et m’a dit que la prochaine fois si elle vient, je serai virée du stage !  »

Une autre fois Rizlen a pu apprécier le plaisir de conseiller…quand elle invite sa maman à venir faire quelques essayages. La maman veille au grain et demande à sa responsable si elle travaille bien. La responsable acquiesce, mais en nuançant le fait qu’elle bavarde pas mal avec ses camarades stagiaires et qu’elle a tendance à rigoler…un peu trop. Des remarques qui font penser à certaines appréciations du bulletin scolaire…Mais la maman repart avec le sourire avec sa nouvelle chemise. Le stage est terminé et Rizlen revient avec soulagement sur les bancs de l’école. Elle va continuer à tracer son chemin sans, pour autant, savoir quel métier elle exercera plus tard. Mais une chose est sûre, elle a mis la vente de côté…

Chahira Bakhtaoui

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