De mars à octobre 2011, le concours du Trophée national de l’entreprise citoyenne, organisé par l’association CiDAN (Civisme Défense Armée Nation) et placé sous le haut patronage de Gérard Larcher, président du Sénat, est ouverte aux candidats. Il s’agit d’un concours qui récompense les « actions exemplaires » initiées et mises en pratique par « les entreprises en faveur de l’intérêt général ». Son ambition est d’être au cœur de la « cohésion nationale, en replaçant l’homme et le bien commun au centre de son développement ».

Triselec, entreprise de tri des déchets, fait partie des lauréats 2010 dans la catégorie PME. Elle a été récompensée pour sa politique d’embauche et de lutte contre l’illettrisme. Et pour cause, elle s’occupe d’un programme de réinsertion des détenus par l’emploi. C’est l’histoire de Rachid, ex-détenu bénéficiaire de ce programme, que je m’en vais vous conter.

Incarcéré en 2003, cet homme âgé alors de 28 ans, marié, un enfant, avait passé une bonne partie de sa vie dans la peau d’un toxicomane, vivant de ses « magouilles », comme il dit. Arrêté pour vol avec violence, cambriolage et outrage et rébellion contre agents, il est condamné à vingt-quatre mois de prison dont un an ferme. Par « chance », il se retrouve à la maison d’arrêt de Loos (Nord) où il reçoit un traitement de désintoxication mais aussi une formation de trois mois avec Triselec. Cette formation pour lui n’était qu’une voie de sortie rapide vers la liberté, confie-t-il. Il sort au bout de onze mois. Il commence à faire un peu de tri dans l’entreprise, suit des formations, et de fil en aiguille change de poste en passant par la conduite d’engin.

Cette période de travail finit par lui donner confiance : « Tout est devenu normal dans ma tête et j’ai pris conscience que je devais arrêter », dit-il. Il se sent bien intégré dans l’entreprise, il est « une personne comme les autres », sans mise à l’écart par ses collègues salariés. Au bout de huit mois, il se voit proposer un CDI alors qu’un poste se libère. Son problème de toxicomanie est désormais derrière lui, assure-t-il, et les regrets de ses actes ont fait place à une nouvelle vie.

Triselec lui a donné « une deuxième chance de se racheter, de reprendre goût à la vie ». Sans cette deuxième chance qu’on lui a donnée, Rachid pense qu’il en serait encore au même point aujourd’hui : toxicomane à la dérive et sans emploi. Il était tellement motivé à l’idée de travailler, raconte-t-il, qu’il avalait une douzaine de kilomètres à vélo tous les jours pour venir à son boulot. La société lui a alors loué un scooter qu’il payait 10 € par semaine. Aujourd’hui il a pu passer son permis de conduire par l’intermédiaire de son employeur et se sent fier des responsabilités qu’il occupe. « Je suis surveillant de process, il n’y a que trois personnes qui occupent ce poste. » Toujours marié et père de deux enfants aujourd’hui, il dit vivre une vie normale qu’il apprécie, son passé n’est plus qu’un « lointain souvenir ».

On peut se demander pourquoi une entreprise comme Triselec a placé sa confiance en une personne qui a un passé carcéral. Patrick Vandamme (photo du haut, au micro), co-fondateur de l’entreprise, directeur de la production aujourd’hui, et responsable des ressources humaines à l’époque, donne ses explications. Tout d’abord il a été contacté par le ministère de la justice fin 2002, alors qu’il travaillait depuis 1994 déjà avec l’association Intermed (association qui vient en aide aux chômeurs et aux personnes sortant de prison pour leur trouver un emploi), pour qu’il mette en place un programme de travail en prison. Mais Patrick Vandamme n’a pas jugé cette idée opportune, ne jugeant pas correct que les détenus ne puisse percevoir aucun salaire.

Il propose une autre idée : mettre en place un atelier de formation avec la perspective d’une embauche pour six mois. Ceci a pour but selon lui d’éviter la récidive. Il ajoute que la maison d’arrêt de Loos serait « la pire en France ». C’est « une prison surpeuplée et envahie par les déchets des détenus jetés par les fenêtres des cellules, dit-il, où en 2003, en pleine canicule, les détenus n’avaient droit qu’à trois douches par semaines ».

Il pense « qu’il ne faut pas porter des casseroles toute sa vie », c’est pourquoi il s’est investi dans ce projet. Donner la possibilité à une personne de se réinsérer professionnellement permettrait aussi, selon lui, de « ne pas avoir à construire de nouvelles », le taux de récidive n’étant « que de 10 % pour ceux qui ont retrouvé une situation », continue-t-il. Sa politique de recrutement ?  Une embauche sans sélection. Dans son entreprise, entre 15 et 20 nationalités différentes se côtoient, ce qui apporte « une richesse ». « Ça nous donne des atouts, la diversité. On va prendre des chômeurs partout. J’embauche, on a de la productivité, on donne des perspectives, on ne ferme pas les portes, et en donnant confiance on nous le rend bien. Ainsi on concilie un projet économique et industriel avec un projet social. »

« Il n’y a pas de sot métier », s’empresse-t-il de dire, car bien que le métier de tri sélectif ne soit pas des plus valorisants, « certains font ça toute leur vie et ils le font bien ». « Le développement des hommes devrait être une priorité de toutes les entreprises. » Tout est question de volonté de s’en sortir mais aussi de moyens.

Chahira Bakhtaoui

Pour vos candidatures : www.trophee-citoyen.fr

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