BEST-OF. Marine Le Pen propose de retirer la double nationalité. Impossible raconte Idir, la double nationalité ça n’existe pas….

Un équipe de foot réalise un match nul à 4.000 kilomètres d’ici  et voilà toute la France qui s’émeut sur ce concept sibyllin qu’est la double nationalité.  L’effet papillon n’est donc pas qu’un film. On parle ces derniers temps de retirer ce « Graal » aux binationaux en visant plus particulièrement les Algériens, qualifiés en huitièmes de finale de la coupe du Monde et qui s’apprêtent à venger – puisque nous allons gagner – les multiples défaites tricolores contre son voisin d’outre-Rhin. Et je ne parle ici que de sport.

Malheureusement pour les 8.000 personnes qui ont répondu « Oui » à la question « Faut-il retirer aux Français d’origine algérienne leur double nationalité?« , sondage publié sur le site du journal Le Point, la double nationalité ça ne se retire pas.

Dans les faits ça n’existe pas, dans les bouquins de droit tout du moins. On peut être français et algérien mais on ne peut jamais être les deux en même temps. Ma nationalité algérienne est « annulée » en France.  Et quand je retourne au bled, je n’existe plus pour le pays des droits de l’Homme. S’il m’arrive une bricole en Algérie et que je pointe au consulat de France pour chouiner, ils vont tout simplement me lâcher les chiens au cul. Un binational quand il est dans un pays dont il a la nationalité, ne peut réclamer la protection consulaire de son autre nation. Si je me rends en Algérie avec un visa et mon passeport français, dans ce cas c’est différent, je serais traité comme un Français puisque je voyage en tant que tel.

Anecdote. Un jour je voulais aller en Turquie. Une offre très alléchante sur internet, qui à grand renfort d’effet lumineux, m’invitait à cliquer tout de suite ou jamais, là maintenant ! Il n’y avait en effet qu’une place dans ce magnifique hôtel 4 étoiles au bord du Bosphore, et tant pis s’il fallait partir à 2h15 du matin de l’aéroport de Bruxelles. J’ai cliqué, j’ai payé. Problème : après l’action, la réflexion. Mon passeport français était périmé.

J’ai dit tant pis, « Tahia Dzazaïr ! « , je suis algérien aussi. Je pointe au consulat de Turquie pour demander un visa muni de mon « passaporte verde ». On me rit au nez. Il est impossible pour moi de faire valoir ma nationalité algérienne puisque je suis français en France et rien d’autre. Si je veux voyager en tant qu’algérien en Turquie, je dois traverser la Méditerranée et faire la queue dans leur ambassade à Alger, où je suis aussi chez moi.

La double nationalité c’est donc deux nationalités dans deux pays différents. La France est jalouse, elle ne reconnaît pas mon appartenance à une autre nationalité. Si on veut retirer mon statut de « binational », comme le propose Marine Le Pen, la seule solution est de nous supprimer la nationalité française. C’est possible. Il y en a qui ont essayé. Les juifs d’Algérie, pendant l’Occupation, se sont vus signifier leur renvoi de la nation par Vichy.

Les années noires mises à part, la France a toujours accepté la double nationalité. Depuis la Révolution, c’est une tradition. Patrick Weil auteur du livre Qu’est ce qu’un Français ? raconte, « Après la Première Guerre mondiale, lors de la réintégration de l’Alsace-Moselle dans la République française, certains Allemands installés dans la région voulaient devenir français tout en gardant aussi leur nationalité d’origine. Cela n’a posé aucun problème. »

Ceci dit, en histoire c’est toujours l’imprévu qui arrive. En 1969, la Guerre du Football éclata entre le Honduras et le Salvador à cause d’un match de foot. Si la France bat le Nigeria, et si l’Algérie triomphe de l’Allemagne comme elle a battu la RFA en 1982, ces deux pays vont s’affronter en quart de final. Au vu du climat ambiant, si les Fennecs gagnent, Le Point osera-t-il cette question : « Les Français d’origine algérienne doivent-ils choisir la valise ou le cercueil ? »

Idir Hocini

Publié le 30 juin 2014

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