La ville de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et l’ARS (Agence Régionale de la Santé) de l’Ile-de-France lancent une opération de dépistage dans le quartier du Chêne Pointu à Clichy-sous-Bois. 23 personnes atteintes de la tuberculose ont été recensées jusqu’à présent. 40 personnes présentant une ITL (infection tuberculeuse latente), dont 28 enfants de moins de 15 ans, l’ont été également. Si la tuberculose était considérée, et l’est toujours dans certains pays,  comme une maladie a connotation péjorative, discriminante et parfois même honteuse  (longs traitements, maladie très contagieuse et mortelle, maladie rabaissant le niveau social et le statut professionnel des personnes malades), « elle est aujourd’hui une maladie qui se soigne très aisément » assure Monsieur Kirschen, délégué territorial de l’ARS en Seine-Saint-Denis. « Elle peut cependant être potentiellement mortelle si la maladie évolue du fait que le malade ne suit pas correctement son traitement et puis, sur 6 millions de personnes atteintes par la tuberculose dans le monde, un million en meurent. C’est pourquoi nous avons mis en place ce dépistage afin de détecter et de traiter d’autres cas s’ils existent» ajoute-t-il.

La tuberculose est une maladie infectieuse due à une mycobactérie du complexe de tuberculosis : le bacille de Koch (BK). Elle se transmet de personne  à personne par voie aérienne, par l’intermédiaire des sécrétions émises, généralement par la voie orale (postillons, toux et éternuements), d’une personne atteinte de la tuberculose contagieuse (les formes respiratoires de la maladie). La tuberculose pulmonaire est la forme la plus fréquente (73% des cas). « Les symptômes (fièvre, amaigrissement, sueurs nocturnes) de la tuberculose ne sont pas spécifiques. Dans le cas d’une tuberculose pulmonaire, il y’a généralement toux, douleurs thoraciques et parfois rejet du sang lors des toux» explique le délégué.

La politique de lutte contre la tuberculose dans le quartier du Chêne Pointu est surtout due au nombre croissant des cas répertoriés sur un petit périmètre. Au dernier trimestre de l’année 2010, on ne recensait que 5 cas de tuberculose dont 4 ITL, au premier trimestre 2011, on comptait 4 cas de tuberculose et 7 ITL. C’est à partir du deuxième trimestre 2011 que la hausse s’est faite sentir avec 7 cas de tuberculoses et 9 ITL. « Cette hausse du nombre de cas atteints par la maladie est la conséquence de  différents facteurs, forte population dans un petit périmètre, insalubrité des logements, condition sociale de faible niveau, cas d’ITL donc la maladie se manifeste des années après, favorisant ainsi la propagation de la maladie » explique  Aminata Sarr, médecin. « Avec 30.3 cas pour 100.000 habitants en 2009 (460 cas déclarés), la Seine-Saint-Denis est le département le plus touché par la tuberculose du fait de sa grande population ayant un niveau social fragile et présentant généralement un système immunitaire faible » affirme-t-elle.

Cette politique de lutte contre la tuberculose s’est d’abord faite par une campagne de prévention et un test de dépistage effectué en juin-juillet. Puis, une campagne d’information (courrier auprès des riverains, réunion d’information dans des établissements)  a été menée par des médecins et l’ARS afin d’inviter les habitants du quartier à se faire dépister.  Le dépistage se fait sur la base du volontariat. Visiblement, tous les habitants du Chêne Pointu n’étaient pas informés de ce protocole, d’autres n’ont tout simplement pas l’intention de passer le dépistage comme confie cet homme de 43 ans : « J’habite dans le quartier du Chêne Pointu et j’ai été informé qu’il y’a la tuberculose qu’après réception du courrier avant hier (lundi 27 septembre 2011, ndlr). Mes enfants sont grands et ne vivent plus à Clichy. Ma femme et mes voisins vont passer le dépistage, mais moi, je ne compte pas le faire. De toute façon, j’ai une visite médicale dans 3 semaines alors,  et puis, je vis ici avec la tuberculose depuis pas mal d’années. »

Je lui demande à quoi serait dû cela selon lui, la tuberculose à Clichy-sous-Bois.  Il me répond : « A la saleté des immeubles et au non respect des voisins qui jettent des détritus par la fenêtre. Voyez par vous-même l’état de cette rue et de cet immeuble. Parfois, je vois passer de gros rats !j’ai beau le signaler mais personne n’intervient. » Certaines personnes anxieuses à l’allé et plus détendues après le dépistage, n’hésitent pas à parler comme c’est le cas de Yasmina, 9 ans : « Au début, j’avais peur parce que ma maman et moi, on ne savait pas ce qu’était la tuberculose. Maintenant, j’ai plus peur parce qu’on m’a expliqué ce que je devais faire et que je ne suis pas malade ».

Les moyens mis en place pour le dispositif de dépistage vont de la réquisition d’un gymnase, à la présence d’une équipe médicale et du matériel adapté (camion pour réaliser les radios pulmonaires). Tout se passe simplement. L’habitant volontaire arrive, prend un ticket sur lequel un numéro est indiqué, puis il s’en va patienter dans la salle d’attente. Quand vient son tour, il répond ensuite à quelques questions sur son identité, son lieu de naissance  ainsi que son lieu de résidence, puis, il remplit un questionnaire sur son état de santé. Selon son âge, s’il a moins de 15 ans, le riverain passe une radiographie pulmonaire avant de réaliser une intradermoréaction à la tuberculine. Pour les personnes de 15 ans et plus, seul la radiographie pulmonaire est nécessaire. Les enfants de 0-3 ans passent par des stands où les attendent des pédiatres. Les modalités de prises en charge des cas dépistés varient aussi selon l’âge du porteur ou non de la bactérie d’une part, mais aussi selon les résultats des IDR et des radiographies. Le dispositif de dépistage se déroule du mercredi 28 septembre au vendredi 14 octobre 2011 et tient sur 10 séances dont une tout les deux jours et ce, de 8h-19h.

La tuberculose dans la ville de Clichy-sous-Bois n’est pas un cas isolé puisque le nombre de cas déclarés en France était de 5376 dont, 1848 en Ile-de-France, soit 36% de cas en 2009.

Geoffroy Mama

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