« Nouvelle paire de baskets ? Normal, c’est l’Aïd ! », chantait Soprano. Un refrain qui revient en tête à cette période de l’année. « Mais comment je vais m’habiller ? », s’interroge nombre de pratiquants à l’heure de l’Aïd el-Fitr. Ce ramadan est passé si vite que je n’ai pas vu l’Aïd arriver. Par conséquent, je n’ai pas eu le temps de réfléchir à une tenue, mais j’y travaille.
Tenue correcte exigée !
Inès est Marocaine et, pour elle, sa tenue marque une rupture esthétique avec le ramadan. « La tenue de l’Aïd, c’est très important pour nous. On sort “nos beaux vêtements” et c’est l’occasion de “briller”. On s’apprête, on se maquille et on va chez le coiffeur aussi, donc c’est vraiment une grande mise en beauté », sourit la jeune femme de 22 ans.
Coumbis, elle, voit en sa tenue la fierté et la puissance des femmes de son pays, le Sénégal. « Pour moi, c’est vraiment la célébration de mes origines. Chez nous, même si on est une société très matriarcale, où la femme a une grande place, une grande présence et aussi une grande liberté, c’est une société dans laquelle les femmes restent très féminines », développe-t-elle.
Pour la Tabaski, l’Aïd el-Kebir, on se fait souvent des boubous, des robes…
« On développe très jeune notre “feminine energy”. On nous apprend à toujours prendre soin de nous, à prendre soin de notre maison, via l’encens, les parures… », décrit-elle. « Durant l’Aïd el-Fitr, qu’on appelle Korité, on s’habille plus simplement. Pour la Tabaski, l’Aïd el-Kebir, on se fait souvent des boubous, robes et tailles basses sur mesure », poursuit la jeune femme.
L’impact culturel de nos parents sur les préparatifs
Coumbis rend hommage à sa culture, une culture transmise par sa mère. « Quand nous étions petites, elle ne mettait jamais deux fois la même tenue. Elle faisait un milliard de boubous, un milliard de tailles basses, elle changeait tout le temps de tenue », se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, sa tenue représente inévitablement « une ode à [s]es origines » et « à tout ce que [sa] mère [lui] a appris ».
Abdallah est Comorien et sa préparation pour l’Aïd lui évoque son père. « Quand j’étais petit, c’est mon père qui me réveillait à chaque fois. C’était toujours la même chose, la douche, les grandes ablutions… Ensuite, on m’aidait à me changer. En gros, ma tenue, c’est un costume, mais sans chemise, un pantalon de costume, les chaussures et les chaussettes assorties. Après, je mets mon boubou. Chez nous, on dit kandu. Tu mets ton kandu et par-dessus, la veste de costume, puis ton kofia, ton petit chapeau comorien », se souvient-il.
Le Kofia que j’ai, c’est mon père qui me l’a passé un jour et je ne l’ai jamais lâché
« Le kofia est fait à la main aux Comores. Tu peux le trouver ici, mais en général, les gens le font de manière artisanale, là-bas. Souvent, les darons en ont plusieurs et les distribuent. Quand tu grandis, ils t’en passent un et tu le gardes. Moi, celui que j’ai, c’est mon père qui me l’a passé un jour et je ne l’ai jamais lâché », précise Abdallah.
Devenu père de famille à son tour, certaines choses ont changé, mais pas totalement. « En devenant adulte, j’ai eu le choix de m’habiller un peu comme je voulais. J’ai quand même un peu gardé la tradition. Je n’achète pas forcément de nouveaux habits pour l’occasion. Je mets un pantalon un peu classe, mais confortable, des baskets un peu stylées. Il n’y a plus de veste de costume, mais c’est vrai que parfois, j’y reviens pour me rappeler un peu mon enfance, mon adolescence », ajoute-t-il.
L’Aïd, une fête qui distingue la religion des cultures
Coumbis revient sur la portée multiculturelle de cette religion. « On a souvent tendance, même nous en tant que musulmans, à associer l’islam à la communauté et à la culture arabe. Pourtant, l’islam est universel, il est fait pour tous les peuples, et surtout, il peut s’imbriquer dans toutes nos cultures. Donc, je trouve ça important de porter une tenue traditionnelle sénégalaise pour une fête musulmane. C’est une fierté, et c’est aussi notre vision de l’islam à nous », revendique la jeune femme.
Un truc que je trouvais fou quand j’étais petit, en arrivant à la mosquée, c’était de voir la différence des styles. Chacun a ses spécificités locales
À l’instar de Coumbis, Abdallah évoque sa rencontre avec toutes les cultures à la mosquée. « Un truc que je trouvais fou quand j’étais petit, en arrivant à la mosquée, c’était de voir la différence des styles qu’il y avait. Je voyais les West-Africains, les Pakistanais… Ils n’étaient pas habillés comme nous. Il y a des Maghrébins, il y en a qui mettent des qamis, il y en a qui n’en mettent pas. Chacun a ses spécificités locales. »
L’an dernier, Inès optait pour une très jolie djellaba blanche qu’elle s’est procurée au Habous à Casablanca, l’ancienne médina. « Quand je mets ma tenue de l’Aïd, je me sens plus proche de mon origine et de ma culture. C’est vrai qu’on ne met pas ce genre de vêtement tous les jours. C’est vraiment une occasion et un moment très spécial, surtout que toute notre famille s’habille comme ça aussi. Cela renforce davantage ce sentiment d’unité et de partage », raconte l’étudiante.
Tout est politique, même l’Aïd
Nour est une jeune femme Algérienne, bien qu’elle admette ne pas toujours porter de vêtements traditionnels ce jour, elle insiste tout de même sur l’aspect politique de sa tenue. « Ça dépend des années, l’an dernier, j’ai prié avec mon keffieh en hijab, ça représentait pour moi mes convictions et l’importance de la foi dans nos luttes », relate-t-elle.
Il ne faut pas oublier que la majorité des musulmans du monde sont sud-asiatiques
« Cette année, je vais aussi le porter et j’y ajoute une autre dimension puisque j’aurai une robe achetée en Malaisie. Malgré toutes les différences culturelles qui existent, on est toustes musulman.e.s, ça me fait plaisir de porter un vêtement d’une culture qui n’est pas forcément connue, familière, en France. De plus, pour moi, c’est pour combattre cette idée reçue de islam = arabe ou inversement. Il ne faut pas oublier que la majorité des musulmans du monde sont sud-asiatiques. »
Au fil des témoignages, je trouve l’inspiration ! La veille au matin, je retourne à la baraque en faisant attention à ne pas réveiller ma mère. Mission pas du tout accomplie puisque je me mets à chercher dans des vieilles valises et des immenses sacs de rangement cachés sous un lit ou au-dessus d’une armoire. Après être tombée sur des blouzas, des tkachets et autres caftans, j’ai trouvé ! Je pensais justement à cette robe traditionnelle rose fuchsia aux broderies argentées, portée sans ceinture. C’est trop ? Normal, c’est l’Aïd !
Farah Rhimi