Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Couper une tomate, une patate ou un concombre c’est facile, pour toi, le droitier. Mais pour moi, c’est difficile. La trajectoire imprimée à ma tranche n’est jamais celle souhaitée. Pourquoi ? Parce que je suis gauchère et que les dents du couteau sont du côté gauche du couvert. Du coup ma tranche de tomate, soit elle est trop fine soit trop épaisse. Pareil pour les frites que j’essaye de couper toutes du même calibre. Jamais elles ne se ressemblent.

Certains gauchers ne rencontrent aucun de ces petits problèmes. Mais moi, grande gauchère que je suis, cela me gêne souvent. Le grand classique que j’appréhende, c’est la conduite de la voiture, avec son levier de vitesses à droite ainsi que le frein à main. Autre « montagne » : les tourniquets du métro. Le ticket se glisse à droite. Du coup, ou je tends la main gauche, ou je tends la droite, mais je rate toujours la fente. Pas facile aux heures de pointe quand une foule parisienne pressée et stressée râle dans votre dos parce que vous avez mis deux secondes et pas une demi-seconde à composter votre ticket.

Il y a également les louches (rayon cuisine). Un jour, j’ai voulu me servir de la soupe chez ma grand-mère et je me suis rendu compte que le bec verseur se trouvait à gauche. Soit je faisais abstraction de ce fait, soit je me servais de la main gauche en penchant la louche à gauche. Un sacré schmilblick. Last but not least : l’éplucheur. Vous savez celui qui se tient pleine main. Pourquoi le petit bout d’acier qui ressort, permettant d’extraire les impuretés de la pomme de terre, se trouve-t-il à gauche ? Mais j’ai pire encore : l’ouvre-boîte ! Un casse-tête pas possible. Vous imaginez ouvrir sa conserve en poussant l’ustensile vers l’avant ? Le bon plan pour se couper le doigt.

Les relations humaines, maintenant. Pourquoi se serre-t-on toujours la main avec la droite ? Pourquoi pas avec la gauche ? Les gens le font de la gauche quand la main droite est blessée ou trop occupée. A croire que la gauche ne sert qu’en cas d’invalidité de sa jumelle. Pour nous, les femmes, les palettes de maquillages ou l’applicateur de far à paupières se situe à droite des différentes teintes : quel handicap ! Et je ne parle pas des souris d’ordinateur, initialement conçues pour les seuls droitiers.

Il faut savoir qu’une personne sur dix est gauchère et contrairement à ce que raconte la légende, nous ne sommes pas plus intelligents que les droitiers. En revanche, la fibre artistique et sportive est paraît-il plus évoluée chez le gaucher. Des chercheurs français, Charlotte Faurie et Michel Raymond, de l’université de Montpellier, avancent la thèse que cette supériorité artistique et sportive chez les gauchers explique qu’ils ont survécu jusqu’à nos jours !

En effet, ceux-ci seraient de manière générale désavantagés, et la sélection naturelle aurait dû les faire disparaître depuis longtemps. Mais être gaucher leur donnant un avantage dans les combat au corps à corps, ils auraient réussi à se défendre au travers des siècles. Pour les chercheurs français, cela expliquerait pourquoi il y a plus de gauchers dans les sociétés dites les plus violentes. En résumé, plus on a d’homicides dans un pays, plus le nombre de gauchers est élevé. Qu’en est-il de l’habileté au maniement de la gachette ?

Les gauchers seraient-ils de violents humains gorgés d’esprit de revanche contre ce monde de droitiers ? Certes non, mais leur adaptation au quotidien droitier est un combat de tous les jours. Voilà pourquoi aussi, ils seraient plus souvent victimes que les droitiers d’accidents domestiques, en raison d’outils inadaptés à leur qualité, et non pas défaut, naturelle. D’autres études montrent que l’espérance de vie d’un gaucher serait plus basse que celle d’un droitier : 66 ans contre 75 ans. Bon, eh bien il faut que je vive au moins jusqu’à 67 ans ; comme ça, je les aurai contredites !

Inès El Laboudy

Inès El laboudy –

Articles liés

  • Après Trappes, le procès du racisme médiatique

    Depuis l'attentat raciste de Trappes, la colère contre les médias ne retombe pas. Accusées d'avoir promu les discours de haine, les chaînes d'information en continu cristallisent les critiques. Une étude sur la couverture télévisuelle de l'attaque révèle aussi la place dérisoire accordée aux victimes, comparée à celle réservée aux dégâts matériels des manifestations.

    Par Ramdan Bezine
    Le 03/11/2026
  • Rue d’Aubagne : huit ans après, le logement indigne tue encore à Marseille

    À la veille de l'ouverture du procès en appel des effondrements de la rue d'Aubagne, qui avaient fait huit morts en 2018, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche à Marseille pour réclamer un logement digne. Huit ans après le drame, les habitants dénoncent une situation qui perdure et entendent inscrire leur combat dans le mouvement contre la vie chère.

    Par Samy Hage
    Le 02/11/2026
  • Les antifascistes font barrage au week-end de la « remigration »

    À la veille de l'acte III des mobilisations sociales, les antifascistes s'organisent pour faire barrage à trois événements d'extrême droite annoncés en région parisienne. Deux ont été interdits jeudi 29 octobre, quelques jours après l'attentat raciste de Trappes. Une première victoire pour les militants, qui n'entendent pas baisser la garde.

    Par Valentin Wender
    Le 30/10/2026