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Ce samedi 25 novembre a lieu la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Le Bondy Blog a recueilli le témoignage de l’une d’entre elles, Lola*. Elle raconte ce qu’elle a vécu. Récit.

Ce samedi, pour la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le président de la République a annoncé vouloir faire de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause du quinquennat. Un rapport du gouvernement sur ces violences révèle des chiffres toujours plus alarmants : 123 femmes sont mortes l’an dernier sous les coups de leur compagnon, soit un décès tous les trois jours, et 225 000 femmes (âgées de 18 à 75 ans) déclarent avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime.

« J’ai sombré dans l’anorexie »

Lola* est une jeune infirmière de 23 ans, originaire d’Aulnay-sous-Bois. Délicate, souriante, le regard chaleureux, difficile d’imaginer qu’elle a vécu l’enfer. Son cauchemar commence l’an dernier et a duré un an et demi. Elle n’a rien vu venir. En septembre 2015, elle rencontre celui qui deviendra son ex-conjoint sur son lieu de travail. Au début de la relation, « tout était rose », raconte-t-elle. « Quand on s’est mis ensemble, il m’a dit que son ex-copine l’avait quitté car il était parfois colérique. Ça ne m’a posé pas de problème ni mis la puce à l’oreille ». Mais au bout de trois mois, le piège se referme sur elle. « Mon ex-compagnon a commencé à me faire des remarques sur mes prétendus défauts. J’ai laissé faire », témoigne la jeune femme, petite dernière d’une famille de 5 enfants.

Les jours passent, la situation s’aggrave. Les remarques se font de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses, de plus en plus insistantes. Petit à petit, « mon ex me montait la tête contre mes parents et mes amis. Il me disait de me méfier d’eux, de verrouiller mes affaires sous cadenas ». Résultat, Lola, qui vit chez ses parents, se met sa famille et ses amis à dos. « Mon ex faisait constamment des remarques sur mon poids. Alors, je ne mangeais plus rien. J’ai rapidement sombré dans l’anorexie : je me privais, je me punissais et me faisais vomir. Lui me trouvait toujours trop grosse alors même que j’avais la peau sur les os », décrit-elle, en précisant qu’elle portait des vêtements amples pour cacher sa maigreur à ses proches.

Les remarques d’abord formulées dans le cadre intime deviennent rapidement des humiliations publiques. « Il me rabaissait devant tout le monde, je finissais en larmes. Je me disais que j’étais forcément en tort parce que j’avais plein de défauts ». L’emprise psychologique est totale. « Chaque jour, il menaçait de me quitter. J’avais droit à ‘tu as rien dans la tête’, ‘si je suis avec toi, c’est parce que personne d’autre ne veut de toi’, ‘tu as de la chance que je veuille de toi, tu ne sers à rien’… » Lola craque et pleure chaque jour.

« Il me regardait pleurer sans le moindre remords »

Survient la première violence physique. Le premier coup. « J’ai eu le malheur de faire tomber ses lunettes par terre. Il n’a pas apprécié et m’a mis un gros coup de poing dans le dos. J’étais totalement effrayée », rapporte la jeune femme, encore tremblante. Face aux pleurs de Lola, l’ex-conjoint panique et s’excuse de nombreuses fois, promettant que ça n’arrivera plus. « À ce moment-là, je me suis dis qu’il regrettait vraiment son geste. Je lui ai pardonné, on a continué la relation comme si ça n’était jamais arrivé ». 

Deux semaines plus tard, l’ancien petit-ami à la « corpulence imposante » lève à nouveau la main sur Lola. Plusieurs coups de pieds aux jambes, au dos, aux cuisses. « Jamais à des endroits visibles du corps comme le visage ou les mains, se remémore l’infirmière. J’avais des bleus aux tibias, aux mollets, partout sur les jambes. Il prenait un plaisir fou à me donner des coups de pied dans le bas du corps« .

Ça n’est pas encore le pire, selon Lola. « Un soir, il m’a plaquée contre le lit en me tenant les poignées très fort. Mes os ont craqué. Je hurlais de douleur. Ce qui m’a le plus terrifiée, c’était ses yeux : il me regardait pleurer sans le moindre remords et m’a dit ‘Tu as oublié qui était le plus fort de nous deux’, décrit-elle avant de marquer un long silence. Durant cette même soirée, il m’a forcée à avoir un rapport sexuel. J’ai compris plus tard qu’il m’avait violée ».

« Ce qui est horrible, c’est que sur le coup on ne s’en rend pas compte »

Son issue de secours ? Lola la trouvera grâce à son grand frère, le seul contact qu’elle a gardé au sein de son entourage. « À bout de nerfs, je l’ai appelé en pleurs, je lui ai dit que je voulais mettre un terme à cette relation. Il a trouvé les mots et a su me rassurer ». Elle ne lui parlera pas des humiliations ni des violences répétées, mais juste d’un « coup ». Février 2017. La jeune femme trouve le courage de le quitter « pour de bon » et décide de couper les ponts. Elle ne répond plus aux messages ni aux appels, refuse de le voir.

Elle réalise des mois plus tard qu’elle a été victime de violences physiques et sexuelles, lorsqu’elle assiste à un atelier sur les violences conjugales enseignée par une association. « Je me suis rendue que j’étais concernée, relate-t-elle, les larmes aux yeux. Ce qui est horrible, c’est que sur le coup on ne s’en rend pas compte. Je suis pourtant confrontée à des femmes battues très régulièrement à l’hôpital. Je me disais que si un mec te violente, faut le plaquer. Je me suis toujours dit que ça ne m’arriverait jamais à moi ». 

Lola n’a pas porté plainte contre son ex-compagnon. « J’avais trop peur de me retrouver confrontée à lui. Et puis je voulais tellement me libérer de cette situation, m’en débarrasser au plus vite… » La jeune femme confesse également avoir peur d’être jugée. Le poids du regard des autres semble trop fort. Sa famille ignore toujours tout de ce drame. Aujourd’hui, Lola se reconstruit mais reste encore très marquée par ce traumatisme.

Parmi les femmes victimes, 19 % déclarent avoir déposé une plainte en gendarmerie ou en commissariat de police suite à ces violences.

Sabrina ALVES

*Le prénom a été modifié.

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