« J’ai trouvé ma place dans ce pays, il n’y a pas d’hystérie par rapport aux religions, le gouvernement fait des vœux officiels pour les fêtes de chaque culte ». Thomas vit au Royaume-Uni, depuis le mois de juillet 2019. À 27 ans, après avoir vécu presque toute sa vie à Amiens et quelques années en région parisienne, c’est à Londres qu’il a trouvé son bonheur. Thomas est musulman depuis 10 ans et le modèle multiculturel de vivre ensemble à l’anglaise correspond à son idéal de vie.

Une fois des économies constituées à travers plusieurs années de petits boulots, Thomas a franchi le pas. Il a d’abord été en repérage en tant que touriste en 2018 pour se faire une idée. Le jeune frenchie avait toujours rêvé de quitter la France.

 J’ai arrêté de regarder les médias français. 

En cause un décalage avec la mentalité française d’après ses mots de plus en plus utilisés dans la langue de Shakespeare. L’anglais, Thomas l’a appris grâce au visionnage de films en version originale, de musique, et de média anglo-saxons et une première expérience d’expatrié en Irlande, avant de devenir préparateur de commande à Londres, en attendant d’évoluer vers la relation client.

Au-delà des perspectives d’évolution professionnelles qui lui paraissent plus ouvertes en Grande-Bretagne, Thomas perçoit une tolérance plus installée dans la société anglaise. La vie à Londres lui rappelle les chantiers de jeunes Erasmus qu’il a pu faire en France « je retrouve cette ambiance en Angleterre ».

« J’ai arrêté de regarder les médias français », confie le néo-Londonien déprimé par l’actualité politique et les obsessions religieuses de l’hexagone.

Loin de la France et du Covid-19

D’après le ministère des affaires de l’Europe et des affaires étrangères, on estime à 2,5 millions de Français vivant à l’étranger. Cela reste une estimation car l’inscription au registre des expatriés n’est pas obligatoire, 1 775 875 de français sont officiellement déclarés vivre en dehors du territoire.

Parmi eux, Kamel* (qui a souhaité garder l’anonymat), pour qui l’expatriation était loin d’être une évidence. Diplômé d’une école de commerce internationale, le jeune cadre a fait 10 ans de déplacements professionnels dans les pays du moyen orient. Les propositions d’expatriation étaient alors nombreuses mais il a toujours privilégié de rester proche de son cadre familial.

Mais le départ s’est imposé à lui, avec une offre professionnelle difficile à refuser en septembre 2020. « Je suis parti pendant un contexte difficile en France avec le Covid etc. », explique celui qui travaille aujourd’hui à Dubaï, devenu la nouvelle destination à la mode pour la jeunesse française. Kamel travaille aujourd’hui en tant que Business Développement Manager Produit pour un grand groupe industriel pneumatique.

C’est difficile de se faire des amis en dehors du boulot.

« Je vis dans un cadre que je ne pensais pas avoir un jour », ajoute-t-il en faisant allusion à son nouveau niveau de vie, mais surtout au climat apaisé et de sécurité qu’il veut offrir à sa famille. Sa femme devrait le rejoindre après l’accouchement de leur premier enfant. Kamel se voit désormais vivre plusieurs années à l’étranger, au moins les cinq prochaines années.

Mais derrière la carte postale loin des confinements face au Covid-19 en France, le jeune expatrié concède des difficultés pour socialiser. « C’est difficile de se faire des amis en dehors du boulot ». Kamel évoque aussi des cultures différentes où il faut se frotter à la culture du résultat, au capitalisme débordant de l’émirat, et la précarité de l’emploi dès que l’on sort des conditions rêvées des contrats d’expatriés.

S’expatrier pour se reconnecter à ses racines

Pour Samuel, l’expatriation est synonyme de retour aux sources. De père sénégalais et de mère espagnole, cet artisan carreleur de 35 ans, père de deux enfants, s’est rendu pour la première fois au Sénégal à l’âge de 25 ans. Un voyage initiatique qui l’a convaincu de s’y installer.

« Après le déconfinement, j’ai su que c’était le bon moment ». Samuel est arrivé à Dakar en Novembre 2020. Pour le moment, il prévoit d’enchaîner des aller-retours tous les deux mois entre le Sénégal et la France où vivent ses filles avec leur mère.

Il ne s’agit pas que de faire de l’argent. Créer de l’emploi et éviter que des jeunes risquent leur vie en quittant le pays, c’est aussi pour ça que je suis là. 

Le carreleur a décidé de changer de voie et d’entreprendre dans l’agriculture et l’immobilier. « Il y a beaucoup à faire au niveau agriculture, le Sénégal n’est pas encore autosuffisant, les tomates viennent du Maroc . La population n’a pas les moyens d’investir. » L’entrepreneur s’est même lancé, encouragé par sa famille, dans la construction de sa future maison pour s’y installer.

Bien qu’il recherche surtout une autre qualité de vie, son objectif est aussi de créer de l’emploi au Sénégal. « Il ne s’agit pas que de faire de l’argent. Créer de l’emploi et éviter que des jeunes risquent leur vie en quittant le pays, c’est aussi pour ça que je suis là.  Être utile ça n’a pas de prix comme satisfaction », explique Samuel.

Samuel est ce qu’on appelle un « repat », abréviation pour « repatriés » par opposition au terme « expatriés ».Les « repats » sont donc les ressortissants ou bi-nationaux issus de la diaspora qui reviennent travailler sur le continent après une première migration de la famille. Les repatriés représentent aussi un nouvel écho contemporain au «mythe du retour» vers le pays d’origine, subi par de nombreuses générations d’immigrés en Europe notamment.

Si les données sont limitées, notamment sur le profil des repatriés (anciens étudiants internationaux, personnes issues de famille immigrées), l’agence de française de développement détaille quelques points dans des chiffres publiés en décembre 2019. Un tiers d’entre eux sont des entrepreneurs, et concernant le continent africain : les trois raisons majeurs tournent autour “d’une volonté d’impact sur le continent, des opportunités professionnelles intéressantes et aussi la pression familiale et sociale”, vécue en France (sic).

Des structures pour mieux partir

Certaines associations ont décidé d’accompagner les projets d’expatriation. Chez “Inclusion”, on propose d’accompagner dix porteurs de projets dans tous les domaines et à tous les stades pour créer une entreprise en Afrique. « Si l’idée est bonne sur le plan économique et sociale, peu importe qui tu es, d’où tu viens, on retiendra ton projet », annonce Ismail Mosaheb , fondateur de Inclusion et formateur en “Leadership”. Une formation en plusieurs étapes entre la France et l’étranger.

Ismail a travaillé six ans dans l’humanitaire en Afrique dans l’accompagnement de bénévoles qui souhaitaient créer des associations humanitaires dans les domaines de l’éducation, la santé ou l’environnement.

Pour lui, la suite logique de ces années d’actions humanitaires était d’aider les gens à entreprendre et sortir de « l’assistanat ». La formation que propose Inclusion est ouverte aux Français (souvent dont les parents sont originaires du continent africain) mais également aux locaux du pays. Cette année, la première édition a eu lieu en avril dernier à Dakar. Ils y abordent notamment la structuration d’un projet, l’état d’esprit entrepreneurial, la viabilité d’un projet, et la possibilité des investissements en sur le continent. D’après une étude menée par ADP en 2020, 25% des salariés songeaient à quitter la France dans les deux prochaines années.

Samira Goual

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