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« Nous ne sommes pas des profiteurs, nous sommes des travailleurs », pouvait-on entendre dans le cortège de la marche des solidarités, samedi. À quelques jours de la journée internationale des migrant.e.s qui aura lieu mercredi 18 décembre, la manifestation s’est étendue dans les rues de Paris. Les défaillances de l’État, des institutions et les abus des employeurs résonnent en boucle dans les slogans des manifestants.

Qu’ils soient concerné.e.s ou allié.e.s, les discours des manifestants convergent. Les choses doivent changer pour les migrant.e.s, peu importe leur statut : mineur.e isolé.e, étudiant.e, travailleuse et travailleur migrant.e… « On est ici aujourd’hui pour montrer que les sans-papiers existent, que nous sommes là depuis des années, nous travaillons, nous cotisons. Nous participons à la vie économique de ce pays et nous sommes là pour réclamer nos droits », martèle Sidibé, responsable du collectif des sans-papiers du 17ᵉ arrondissement de Paris.

Le calvaire des procédures de régularisation

Des droits qui nécessitent des démarches administratives de plus en plus complexes à effectuer pour les personnes concernées. Récemment, l’Administration numérique des étrangers en France (ANEF) a été pointé du doigt par le Défenseur des droits. L’ANEF, un outil censé simplifier les démarches administratives pour les demandes des titres de séjour, est en place depuis 2020. Mais cette dématérialisation des procédures complique les démarches, voire empêche d’en effectuer certaines. Ainsi, « des ruptures de droits graves et massives » ont été constatées à la suite de milliers de réclamations, principalement de salarié.e.s.

Ils remplissent les conditions pour avoir des papiers, mais ils n’obtiennent pas de papiers et sont marginalisés

Selon Abdoul Latif, membre élu du comité national de la Ligue des droits de l’Homme, les droits des étrangers qui travaillent sont bafoués plus largement. « Les gens ont des fiches de paie, ils remplissent les conditions pour avoir des papiers, mais ils n’obtiennent pas de papiers et sont marginalisés », dénonce-t-il. Un avis partagé par Hicham qui a demandé à son employeur des documents pour sa régularisation qui lui ont été refusés. Après trois ans de travail, des journées allant jusqu’à 20h30 et un seul jour de repos par semaine, il a l’impression d’avoir fait tout ça pour rien.

Une situation cauchemardesque qui résonne chez Tounkara Kande, femme de chambre de l’hôtel Campanile première classe de Suresnes. En grève depuis août avec une vingtaine d’autres femmes de chambre, toutes racisées et immigrées, elle est venue soutenir les collègues sans papiers. « Si tu travailles et que tu n’as pas de papiers, tu n’es pas considéré », explique-t-elle. Tounkara Kande raconte qu’une de ses collègues a été licenciée à son retour de vacances et n’a pas eu ses papiers. C’est pour elle et pour les autres revendications des grévistes qu’elle prend part à la marche aujourd’hui. Les femmes de chambres de l’hôtel Campanile réclament une augmentation de salaire, de meilleures conditions de travail et le respect de leurs droits tout simplement.

La menace d’une nouvelle loi Immigration

Pour les collectifs présents, la dernière loi Immigration et la menace d’un nouveau texte nourrissent des craintes et de la colère. Christophe Caulier, co-président de l’ARDHIS, association qui vient en aide aux personnes migrantes LGBTI+ tenait à être présent aujourd’hui avec l’association. « C’est très important pour nous de manifester notre inquiétude vis-à-vis des évolutions récentes du droit français, de la législation, mais également des tendances qu’on peut noter au niveau européen. »

Chaque nouvelle loi est toujours plus répressive que la précédente pour les personnes étrangères

« Chaque nouvelle loi, chaque nouveau débat est toujours plus répressif que le précédent pour les personnes étrangères, puisque le fonds de commerce, pas seulement de l’extrême droite, mais d’une bonne partie du champ politique, c’est de taper sur l’étranger, sur le migrant. Comme s’ils étaient responsables de tous les problèmes du monde », développe Julien de la MIF, les Militantes et Militants pour l’Interdiction des Frontières.

Un climat politique qui inquiète en particulier dans les quartiers populaires. Marie, membre d’un collectif antifasciste et antiraciste de Seine-Saint-Denis, rappelle l’importance de s’organiser et de résister face au fascisme et à l’extrême droite. Elle déplore la banalisation de ce type de parti. Un avis partagé par Charlotte, psychologue, originaire du nord de la France. Elle se désole de la montée du fascisme dans sa région.  « Ce n’est pas l’immigration qui est en cause, ce sont toutes les multinationales et le capitalisme », peste-t-elle.

Face à la répression des sans-papiers, une solide solidarité

Une colère qui s’est transformée en combat pour Marine, professeure au lycée Voltaire à Paris. Avec l’association Paris d’Exil, elle fait des ateliers et donne des cours à des jeunes mineurs qui ne sont pas scolarisés. Au sein de son lycée, des familles sans papiers ont également pu être « mises à l’abri » ou recevoir une aide juridique pour des démarches administratives, tout comme des relais pour des appels à la mobilisation.

Ces mobilisations font écho à l’action en cours d’environ 200 mineurs, des jeunes du collectif du parc de Belleville. Ces derniers occupent la Gaîté Lyrique depuis le 10 décembre 2024 pour obtenir de solutions d’hébergement pérennes de la part de la mairie de Paris.

D’ailleurs, le parcours de la marche de ce samedi devait se terminer sur la place de la République. Mais comme depuis plusieurs soirs, de nombreuses personnes ont ensuite souhaité se rassembler devant l’espace culturel occupé et montrer leur solidarité aux jeunes qui sont dans les locaux.

Christiane Oyewo

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