BB : Que représente le JSD pour vous ?

Aziz Oguz : Je suis arrivé au JSD dans les années 2010, d’abord en tant que pigiste puis j’ai été titularisé. J’ai commencé là-bas après avoir été diplômé en journalisme à l’école de Tours et avoir travaillé pour des titres de la presse quotidienne régionale comme la Voix du Nord, Ouest France, Le Parisien. J’ai grandi à Saint-Denis et qu’on le veuille ou non, le JSD on l’a dans la boîte aux lettres.

On faisait notre taf, on critiquait la municipalité quand il fallait le faire. On traitait de tous les sujets.

Je le lisais quand j’étais collégien, surtout les pages culture et sport car il y avait les résultats des clubs locaux. Crée en 1986, hebdomadaire depuis 1992, ce journal est unique en France car il était financé par la mairie mais sans qu’elle se mêle de l’éditorial. On faisait notre taf, on critiquait la municipalité quand il fallait le faire. On traitait de tous les sujets.

Qui sont celles et ceux qui faisaient le JSD ?

Le JSD, c’était 9 journalistes permanents et une personne à mi-temps pour s’occuper de l’administratif auxquels s’ajoutaient des pigistes réguliers. Pour ce qui est des lecteurs, le journal qui est hebdomadaire était tiré à 51 000 exemplaires. On était le journal des habitants.

Comment le JSD en est arrivé là ? Avez-vous été surpris de la décision du maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin de ne pas reconduire la subvention ?

Oui et non, l’ancien rédacteur en chef annonce son départ suite à un désaccord sur un édito après l’assassinat de Samuel Paty. Moi et une autre personne de la rédaction n’étions pas d’accord sur le fait que cet édito soit publié en notre nom. Nous condamnions évidemment le meurtre du professeur mais nous étions en désaccord avec le point de vue républicaniste du rédacteur en chef. Les désaccords éditoriaux, ça arrive dans toutes les rédactions mais celui-ci est tombé à un moment où le journal renégociait la convention triennale qui le liait à la ville.

Le maire a profité de la crise interne pour liquider le Journal de Saint-Denis.

La ville nous a donné un délai pour trouver un remplaçant, celui que l’on a trouvé s’est désisté après avoir passé un entretien par la municipalité. Je pensais que la ville allait nous accorder un délai supplémentaire pour trouver un remplaçant alors quand le 17 décembre, le nouveau maire socialiste Mathieu Hanotin a annoncé l’arrêt de la subvention qui représente 75% du budget, on est sciés. Le maire a profité de la crise interne pour liquider le Journal de Saint-Denis. On est tous dégoûtés par la fin du JSD.

Le JSD, ça fait partie de l’histoire de Saint-Denis depuis une trentaine d’années.

On était un électron libre et c’est pas dans l’ADN du maire de laisser ce média trop libre, c’est quelqu’un qui est dans la maîtrise. Et puis il y avait un lien de confiance entre lui et l’ancien rédacteur en chef. Peut-être qu’il a eu peur que son remplaçant ne soit pas quelqu’un qui lui convienne. Les motifs avancés par la mairie, pour moi, c’est que du pipo. Et il faut savoir que de toute façon, il était prévu que la subvention qui était allouée diminue.


La dernière Une du JSD formé par toutes les Unes historiques de l’hebdomadaire. 

Quel avenir pour la presse à Saint-Denis et pour vous maintenant ?

Entre l’abandon des éditions départementales du Parisien et la disparition du JSD, qu’est-ce qu’il reste aux gens comme presse locale en Seine-Saint-Denis ? Oui le Bondy Blog existe mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a un vide qui se crée qui va sûrement être remplacé par un billet municipal au bénéfice du maire. Concernant l’avenir des journalistes, le plan social est lancé, les entretiens de licenciement sont en cours.

On ne va pas se plaindre, car la convention des journalistes nous protège et on va rebondir. Je suis surtout dégoûté pour le JSD. On a quand même fait un dernier numéro digne. Beaucoup de gens ne comprennent pas cette décision, c’est pourquoi une pétition a été lancée. Le JSD, ça fait partie de l’histoire de Saint-Denis depuis une trentaine d’années. C’est un héritage, une institution.Cette décision d’arrêter la subvention va poursuivre le maire comme une marque indélébile. Les Dionysiens ne vont pas l’oublier.

Propos recueillis par Latifa Oulkhouir

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