Soulagés. C’est l’état d’esprit général des élèves de terminale après l’annonce, ce vendredi matin, de l’annulation des épreuves écrites du baccalauréat 2020. Cette annonce tant attendue par certain.e.s, si redoutée par d’autres, a immédiatement fait réagir élèves, professeur.e.s et parents : le moment est historique. Plusieurs lycéen.ne.s concerné.e.s ont accepté de partager leur ressenti avec le BB.

« Pour moi, c’est une solution juste »

Il y a deux bonnes raisons – au moins – de se satisfaire des annonces de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale : les élèves aux bonnes moyennes se savent déjà diplômé.e.s et les élèves en retard et/ou en légère difficulté ne se sentaient pas prêt.e.s à passer les épreuves.

Souhaitant intégrer la classe préparatoire hypokhâgne du lycée Joliot-Curie (Nanterre, Hauts-de-Seine), Nawal fait partie de la première catégorie : « J’ai eu de bonnes notes et je n’ai plus de stress vis-à-vis des épreuves écrites vu qu’il n’y en aura pas. Je suis contente d’avoir mon bac. »

En effet, le bac est un moment stressant dont même les élèves les plus à l’aise sont ravi.e.s de se débarrasser. « Pour moi, c’est une solution juste », assure Mathilde, élève en terminale ES au lycée Camille Pissarro de Pontoise (Val-d’Oise). « C’est avantageux pour les personnes comme moi qui ont travaillé toute l’année, on va être récompensé.e.s. Et puis, le bac, ça fait stresser donc tu peux avoir de mauvaises notes. Sachant que je suis une personne très nerveuse pendant les examens, j’aurais pu rater mes épreuves. »

Le cru 2020 aura-t-il droit à la scène mythique des résultats du bac, comme ici au lycée Blanqui de Saint-Ouen en 2019 ?

Flora, élève en ST2S au lycée Joliot-Curie, partage le même avis : « Alors moi, ça m’arrange, déclare-t-elle franchement. C’est l’option facile : si t’as une bonne moyenne, t’as déjà ton bac. Après pour celleux qui n’ont pas la moyenne, ils iront simplement au rattrapage et, du coup, ils évitent le redoublement. C’est aussi plus facile pour les révisions parce qu’on n’aura pas à réviser tous les programmes entièrement. Le côté négatif, c’est qu’on va oublier nos connaissances. »

Si Lina, élève en terminale S dans le même lycée, est un peu plus mitigée – « Je suis dégoûtée parce que j’avais fait toutes mes cartes, mes fiches… » – elle relativise car « le bac de physique est vraiment difficile, et je n’étais pas forcément prête pour les oraux. »

Nelphée, en terminale L au lycée Joliot-Curie, appartient à la deuxième catégorie. « Je suis très contente. Sans ça, je n’aurais pas eu le bac, affirme-t-elle d’une voix enjouée. Là, pour l’avoir, il suffit de travailler régulièrement, d’écouter les cours, de ne pas trop s’absenter. C’est mieux parce qu’on ne subira pas le stress du bac. En plus, dans certaines matières, on a une surcharge de travail donc je n’aurais jamais eu le temps de tout réviser. »

Seulement, tous les élèves n’ont pas une moyenne correcte ou excellente. Lorsque l’on a accumulé les lacunes, quelle que soit la raison, l’annonce du ministre ruine bien des espoirs…

Pas de bac, pas de deuxième chance

Nombeux.ses sont celleux qui avaient pour objectif de « rattraper » une mauvaise moyenne en donnant le meilleur d’elleux-mêmes lors du bac. Cet objectif n’ayant plus raison d’être, iels expriment leur déception et leurs angoisses. Hajar nous explique que, selon elle, cette mesure n’est « pas bien parce que les élèves ne font parfois rien pendant l’année mais se mettent à bosser de ouf pour le bac. »

D’une voix dépitée, l’élève de terminale ES avoue s’inquiéter : « En plus, l’avis des profs compte beaucoup alors qu’il n’est pas toujours positif. Avec le 3e trimestre ça peut aller, mais au 2e trimestre, l’avis des profs n’était pas en ma faveur parce que j’ai lâché les cours. Donc vraiment je suis dans le doute, je peux pas dire que je l’ai, je ne peux pas dire que je l’ai pas. Mais si j’avais passé les épreuves, je l’aurais eu parce que j’aurais bossé à fond. »

Ayant eu des problèmes de santé, Kajal (élève en ST2S) partage ces inquiétudes : « Moi franchement je sais pas quoi penser, ça fout grave la haine, avoue-t-elle. On pensait pouvoir se rattraper au dernier moment en travaillant dur nos révisions mais au final, on se retrouve désorienté.e.s. Perso, j’ai eu beaucoup d’absences et j’ai raté beaucoup de contrôles et de cours. Au 2e trimestre, je n’ai pas pu montrer mon réel niveau. »

David, préparant un bac ES, dénonce « un film avec une mauvaise fin ». Il avoue n’avoir « rien fait » au 1er et 2ème trimestre et donc avoir voulu « tout donner pour le bac ». Après avoir mentionné ses doutes concernant les écarts de notation d’un prof à un autre résume la situation par un « je suis seumé ».

L’inconnue et les doutes qui vont avec

Le poids des appréciations, les coefficients, la reprise des cours, les profs qui en font à leur guise… Qu’ils soient heureux ou pas, les futur.e.s bachelier.e.s sont pour la plupart incertains. Beaucoup d’ombres planent sur les modalités du déroulement du bac et certains détails ont, pour les terminales, leur importance.

Partageant l’état d’esprit de David, Nawal fait remarquer que, non seulement les attentes ne sont pas les même d’un prof à un autre, mais aussi d’un lycée à un autre : « Selon le lycée où on est, les notes n’ont pas les mêmes valeurs. Certains ont des attentes plus élevées et notent plus durement. » Qu’en est-il du cas de Chloé, en terminale L, dont la professeure d’allemand refuse de respecter les règles ? En effet, alors que Jean-Michel Blanquer a déclaré que les notes obtenues durant le confinement ne compteraient pas dans les moyennes, cette dernière a décidé de les inscrire malgré tout dans celles du 3e trimestre.

Tous.tes les élèves ne vivant pas le confinement de la même façon, la décision du ministère a été prise en connaissance de cause. Ne pas la respecter, c’est ne pas respecter les élèves les moins favorisé.e.s. Quel est le recours face à ce type de comportement ?

Mathilde, quant à elle, évoquait ses craintes concernant l’organisation du 3e trimestre : « ça m’embête que les cours soient jusqu’au 4 juillet pour la zone C, confesse-t-elle. J’ai peur que les semaines soient hyper chargées, d’autant plus qu’on aura la chaleur de l’été, qu’on sera fatigué.e.s etc. Finalement, les contrôles seront presque aussi éprouvants que les épreuves du bac. »

La question des notes obtenues pendant le confinement revient également : « concernant les notes du confinement, puisqu’elles sont pour le moment comptabilisées dans la moyenne générale, comment est-ce qu’on va les supprimer ? »

Peut-être à raison, certain.e.s déplorent l’aspect soudain et tardif de cette mesure. Révélant les failles de notre système éducatif, si elle favorise l’un, elle handicape l’autre. Espérons que le temps normalement dédié à la préparation des épreuves sera mis à profit pour écouter les élèves, leurs parents et leurs profs ; ainsi que pour réfléchir aux inégalités et aux incohérences que ce moment de crise souligne.

Sylsphée BERTILI

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