« Ce repas de solidarité, c’est une manière de faire connaître l’histoire de Yacine, de réunir des personnes autour d’un moment convivial ». C’est par ces mots que Yousr Ben Kalhal, sœur de Yacine, accueille les premiers soutiens arrivés, ce dimanche 5 novembre, à la Cantine des Pyrénées, dans le XXe arrondissement de Paris, lieu d’entraide et de solidarité.

Ces derniers sont venus en masse ce dimanche après-midi : près de 300 si l’on se base sur le nombre de repas servis. En coulisses, un groupe de dix femmes s’affairent en cuisine. Elles accueillent chaleureusement une à une les personnes venues partager le repas de soutien. Parmi ces femmes, on retrouve la maman du jeune Yacine. Le visage marqué par la tristesse, les traits tirés, sa parole se fera rare. Elle porte une tee-shirt noir sur lequel apparaît le portrait de son fils, et en dessous la mention « Justice pour Yacine » inscrite en lettres capitales. « Je veux que justice soit faite. Celui qui a fait ça à mon fils est une personne violente et sans scrupule ». Ce seront ses seuls mots. Les cuisinières d’un jour poursuivent la distribution. Au menu de ce repas gratuit : couscous poulet ou merguez, accompagné d’un thé ou d’un café.

La mère de Yacine, endeuillée, lors du repas en hommage à son fils dimanche 5 novembre à Paris

Ce repas, c’est une manière de rendre hommage au jeune homme de 24 ans. Son corps sans vie avait été découvert le 14 septembre dernier dans une cave d’Aulnay-sous-Bois. Des échauffourées avaient alors éclaté dans le quartier de Savigny d’Aulnay pour protester contre la mort du jeune habitant.

Depuis, la famille est toujours dans l’attente d’explications et ne croit pas en la version officielle, une mort par overdose. Après l’ouverture d’une information judiciaire, exigée par la famille depuis fin septembre, et les marches de soutien organisées à Aulnay-sous-Bois, la mobilisation se poursuit et prend une nouvelle forme. Pour s’organiser, « récolter des fonds pour financer le combat », et « maintenir la pression » sur les institutions judiciaires et policières, proches et amis ont eu l’idée de ce repas.

« Je les soutiens de tout mon cœur mais le peuple doit se réveiller »

« On ne va pas lâcher l’affaire. On n’est pas seul dans ce combat. Nous le portons aussi bien sur le plan national qu’international pour que justice soit faite. C’est le seul moyen pour rendre honneur à mon frère, assure Billel, l’aîné de Yacine. Nous avons des soutiens qui viennent de partout ».

Anne-Sophie, 32 ans qui réside dans le quartier de Ménilmontant à Paris, déguste son plat. « Je viens d’un milieu modeste et l’histoire de Yacine m’a touchée. Je trouve déplorable ce qui lui est arrivé et la manière dont on traite sa famille. Malheureusement, leur cas n’est pas isolé. Je les soutiens de tout mon cœur mais le peuple doit se réveiller. Les violences policières ne se limitent pas à Paris et sa banlieue, dénonce la couturière, le regard concentré derrière ses lunettes rondes. Il y en a dans toute la France et il faut condamner ceux qui sont responsables de la mort de Yacine« .

Anne-Sophie, 32 ans, habitante de Ménilmontant à Paris, est venue soutenir la famille de Yacine

« Il faut que la justice soit à la hauteur et que la vérité puisse être connue si on veut que la famille puisse faire son deuil« 

Jawed se tient debout devant la porte de la Cantine. Malgré un accident qui lui vaut un plâtre au pied et des béquilles pour se déplacer, le directeur adjoint du centre de loisirs d’Aulnay-sous-Bois, a tenu à répondre présent. « J’ai peur qu’on laisse cette affaire dans les tiroirs. Yacine est mort et sa famille ne mérite pas de subir cette souffrance. Il faut que la justice soit à la hauteur et que la vérité puisse être connue si on veut que la famille puisse faire son deuil« , souligne le jeune homme, casquette sur la tête et lunettes visées sur le nez. « Il ne faut pas faire d’amalgames. Parmi les policiers, certains font leur travail dignement. Et d’autres, ne respectent pas l’uniforme qu’ils portent. Dans nos quartiers, les habitants sont stigmatisés, discriminés. Tout cela doit cesser. Nous sommes des citoyens ordinaires ».

À quelques pas de là, Grégory, écharpe au cou, emmitouflé dans sa veste en cuir pour se protéger du froid, ne comptait pas manquer ce rassemblement. Le photographe est un habitué des manifestations. « Je trouve que c’est important que ce genre de rassemblement soit organisé par des associations ou dans des endroits structurés pour que les combats ne soient passés sous silence », argue l’habitant de Montreuil qui suit l’affaire Yacine depuis le début. « On a l’impression que dans ce genre d’histoire, la police a visiblement toujours raison même quand les preuves sont accablantes. La justice essaye de nous prouver l’inverse et c’est assez désolant. Alors que pour les jeunes, un jet de pierre sur une voiture et c’est la condamnation lourde assurée. C’est une justice à deux vitesses », lâche-t-il.

Billel, frère de Yacine, qui porte la mobilisation

Quelques heures plus tard, Billel à coté de sa mère, fait un flash-back sur l’histoire de Yacine. Il n’a pas manqué de montrer son amertume face à cette situation. « Un grand merci, d’abord pour toute l’équipe de la cantine qui l’ont mise à notre disposition », dit-il. « Avec ce repas de solidarité, on fait revivre la mémoire de Yacine. Nous déplorons toujours que cette enquête soit selon nous bâclée. Nous sommes déterminés plus que jamais à rendre l’honneur à Yacine. Comment peut-on se permettre de mentir sur un mort ? Comment peut-on se permettre de cacher des choses à la famille d’un défunt? Ma famille et moi et tous ceux qui nous soutiennent, nous réclamons de savoir qui a tué mon frère. La mobilisation doit continuer ». Billel annonce aux participants une nouvelle mobilisation dimanche le 12 novembre, Place de Vendôme, devant le ministère de la Justice. « Pour réclamer nos droits », conclut-il.

Kab NIANG

Crédit photo : Mohammed BENSABER

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