« On reviendra la prochaine fois. Et à l’intérieur. On sera minimum 200 », clame Assa Traoré au micro, à l’issue d’un rassemblement de protestation organisé devant le Tribunal de grande instance de Pontoise mardi. Une trentaine de personnes venues braver le froid ont fait le déplacement pour apporter leur soutien à la famille Traoré, exposée à la justice et aux forces de l’ordre depuis la mort d’Adama Traoré, le 19 juillet 2016, lors de son interpellation par les gendarmes.

Assa Traoré devant le tribunal de Pontoise.

Ce qui a déclenché ce rendez-vous est la mise en examen de Bagui et Youssouf Traoré, frères du défunt, pour une affaire de trafic de stupéfiants dans le quartier de Boyenval, à Beaumont-sur-Oise, la ville où habite la famille Traoré. Bagui est incarcéré depuis plus d’un an à Fleury-Mérogis, condamné pour violences, outrages et menaces de mort sur huit policiers et deux gendarmes, après des heurts en novembre 2016. Quant à Youssouf, il a été placé en détention à la maison d’arrêt de Villepinte.

« Exterminer la famille Traoré »

Famille et soutiens reprochent à la justice, à l’appareil d’État et aux forces de l’ordre de dénigrer les Traoré. « On essaye de faire passer la famille Traoré pour une mafia », s’indigne J-White, un ami d’enfance d’Adama, membre du collectif Justice pour Adama et rappeur. En avril 2017, le Bondy Blog lui consacrait un papier à lui et à d’autres amis d’enfance d’Adama Traoré.

« Tous les moyens de la justice et de l’État français sont mis à disposition pour trouver la moindre chose qu’on puisse mettre sur la famille », estime Mathieu T., un militant anarchiste venu apporter son soutien.

Au micro, la voix d’Assa Traoré fait résonner une profonde colère, une grande gravité dans le ton et une certaine détermination. Plusieurs interventions de celle qui est devenue la figure du combat ont ponctué le rassemblement. « Nous sommes de bons coupables pour le tribunal de Pontoise », lance-t-elle, avant de lancer des piques contre un TGI qui appliquerait une « dictature assumée » visant à « exterminer la famille Traoré », une justice sélective « où les Noirs et les Arabes sont automatiquement coupables ». La jeune femme réitère deux exigences : déplacer l’affaire Traoré hors de la juridiction de Pontoise et organiser un procès à la Cour de Versailles ; et mettre en examen les trois gendarmes ayant interpellé Adama Traoré, le jour de son décès.

Atmosphère tendue

Le rassemblement est interrompu par l’arrivée des forces de l’ordre. Une dizaine de policiers ont bloqué l’accès au Palais de justice à la trentaine de soutiens dont Hadama Traoré, militant associatif d’Aulnay-sous-Bois. Quelques minutes auparavant, une journaliste du Parisien 95 a été chassée du rassemblement par la foule, preuve de la tension palpable. En cause, les récents articles sur la mise en examen de Bagui et Youssouf et plus globalement le traitement « tendancieux » de l’affaire Adama Traoré dixit le collectif qui va, selon lui, dans le sens des autorités judiciaires et policières. Ici, le quotidien est appelé « la Voix de la Gendarmerie ».

La police a bloqué l’entrée du Palais de Justice de Pontoise aux soutiens de la famille Traoré.

Le rassemblement se termine par une intervention d’Assa, plus déterminée que jamais. Ici, tous savent que le combat pour rendre justice à Adama Traoré s’inscrit dans une trajectoire de long terme.

Jonathan BAUDOIN

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