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Le combat continue. Les avocats de Bagui Traoré, Me Noémie Saidi-Cottier et Me Yassine Bouzrou, ont annoncé ce lundi qu’ils interjettent appel de la décision rendue le 14 décembre par le tribunal correctionnel de Pontoise.

Bagui Traoré, le grand frère d’Adama Traoré, mort en juillet lors de son interpellation par les gendarmes, avait été condamné à 8 mois de prison ferme assortis d’une interdiction de se rendre à Beaumont-sur-Oise, ville où il vit avec une partie de sa famille. Il a été reconnu coupable de faits d’outrages, violences, insultes et menaces de mort envers des personnes dépositaires de l’autorité publique, en marge du conseil municipal du 17 novembre de la commune du Val-d’Oise.

Les nombreuses contradictions dans les dépositions des forces de l’ordre

« Bagui Traoré a toujours nié les faits qui lui étaient reprochés », explique au Bondy Blog l’un de ses avocats, Me Noémie Saidi-Cottier, qui avait notamment dénoncé avec Me Yassine Bouzrou, « une enquête menée à charge ». Des insultes lancées en direction des forces de l’ordre, aux menaces de mort en passant par le coup de poing asséné à Géraldine, une policière municipale, Bagui a toujours clamé son innocence.

A cela, s’ajoutent « les nombreuses contradictions dans les dépositions des forces de l’ordre ». Parmi elles, le témoignage d’un policier municipal qui, dans une première déposition, ne pouvait certifier que Bagui Traoré était bien présent le soir du 17 novembre. Changement de discours dans sa deuxième déposition durant laquelle il dit avoir vu Bagui. Les remarques de la défense lors de l’audition du 14 décembre ont laissé entendre que les policiers ont pu se mettre d’accord sur une même version.

Une gendarme a également changé ses propos. Dans son procès-verbal d’audition devant les enquêteurs, elle dit avoir reçu un coup de poing de Bagui. A la barre, elle a expliqué n’avoir rien vu et a évoqué “une erreur de retranscription”. “Pourtant vous avez signé le PV de votre audition”, lui avait fait remarquer Me Bouzrou. Ce dernier, lors de sa plaidoirie, avait dénoncé une enquête « bidon, pourrie, minable » et mis en avant la fragilité des versions des parties civiles.

Le cas du maître-chien en est un autre exemple. Mordu à la cuisse, le jeune homme a porté plainte contre X pour des violences… causées par son propre chien. « Donc X, c’est le chien ?” avait demandé Me Bouzrou. Sa collègue, Géraldine, policière municipale victime du coup de poing au visage, a d’abord déposé plainte contre X car elle n’a pas vu l’auteur du coup. Elle a ensuite modifié sa déposition pour porter plainte contre Bagui Traoré. “Pourquoi si vous n’avez rien vu ?” l’avait interrogé Me Bouzrou. « Parce qu’un collègue m’a dit l’avoir identifié », avait-elle répondu. Elle avait huit jours d’ITT de son médecin. Cette incapacité temporaire de travail a été réduite à un jour après que Géraldine a été examinée par les spécialistes assermentés des urgences médico-judiciaires (UMJ). La même policière, croyant voir un coup de pied qui n’a « peut-être pas été porté », avait fait usage de sa bombe lacrymogène… et s’était aspergée elle-même de gaz.

Youssouf Traoré ne fait pas appel

Le deuxième frère d’Adama Traoré, Youssouf Traoré, également poursuivi, conteste lui aussi les faits mais ne fait pas appel « compte tenu de sa mise en liberté », justifie Me Saidi-Cottier. Ressorti libre de l’audience, l’homme de 22 ans avait été condamné à 6 mois de prison dont 3 avec sursis pour outrages et menaces de mort à l’encontre de deux policiers.

Les deux frères font appel de leurs condamnations au civil. Au total, ils ont été condamnés à verser 7 390€ de dommages et intérêts aux parties civiles. « Ils ne peuvent se résoudre à payer de tels intérêts aux forces de l’ordre », avance Me Saidi-Cottier.

Le procès en appel aura lieu à Versailles, une bonne nouvelle pour les avocats des Traoré qui ont toujours critiqué la manière dont ont été menés les débats à Pontoise.

Leïla KHOUIEL

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