La photo de son visage tuméfié et ensanglanté est impressionnante. Michel Ratombozafy dit être encore sous le choc de ce qui lui est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche. Il a accepté de parler au Bondy Blog. Interview.

Comme beaucoup de monde ce soir-là, Michel Ratombozafy , 19 ans, se trouvait avec des amis dans un bar situé au port des Sables d’Olonne. Vers une heure du matin, un ami à lui est interpellé par une patrouille de police juste en face du bar.  « J’ai couru jusqu’à leur voiture pour tenter de convaincre les agents de ne pas l’embarquer, mais ils ne voulaient rien entendre », raconte le jeune homme, qui dit ignorer pour quelle raison exactement son ami a été arrêté. « Je crois qu’il a insulté un policier mais je n’en suis pas sûr ». En revanche, il est catégorique : « à aucun moment, je n’ai touché le véhicule », se défend-il en réponse aux allégations de la police diffusées dans la presse.

« Quelques secondes après, une voiture de la BAC (Brigade anti-criminalité, NDLR), une Ford bleue nuit, arrive vers moi. Trois policiers se trouvent à l’intérieur du véhicule. Deux sortent de la voiture. Je suis seul mais il y avait beaucoup de monde autour. Les deux policiers me mettent à terre, j’essaye de me débattre, je leur dis que je n’ai rien fait de mal. Ils forcent. L’un d’eux me menace avec une clé portée à ma gorge, puis me tire par le cou. Il me force à entrer dans le véhicule. Il coince et bloque alors ma tête entre le siège conducteur et le siège passager avec son pied. Alors que la voiture roule, il m’assène de coups de poings au visage, surtout à la bouche et au nez. Il m’a mis une dizaine de coups au moins », raconte-t-il.

« Je sentais mon visage complètement ensanglanté. C’était des vrais coups de poing. Cela a duré je crois 5 minutes, le temps du trajet entre le port et le commissariat ». « Je lui disais ‘arrêtez, arrêtez’ mais il continuait de me frapper. Il avait vraiment la haine dans les yeux ; il ne voulait que frapper, frapper, frapper. Je n’arrivais pas à bouger. J’étais obligé de cracher mon sang dans la voiture ». Il affirme également que les deux autres policiers présents dans le véhicule, le conducteur et le passager, ne sont jamais intervenus pour faire cesser les coups. « Ils n’ont rien dit de tout le trajet », précise-t-il.

Le jeune homme réfute catégoriquement les allégations de la police selon laquelle il s’en serait pris physiquement à l’un des policiers, le blessant à l’épaule comme rapporté par le site Buzzfeed. « Je ne pouvais même pas bouger, ils m’ont plaqué au sol et dans la voiture, j’étais complètement bloqué ».

Michel assure par ailleurs n’avoir jamais eu à faire à la police auparavant. « J’ai déjà été contrôlé dans la rue mais rien de plus ». Il affirme aussi qu’il ne portait aucune arme ou objet qui pouvait être dangereux aux yeux des policiers. « Je n’avais que mon portefeuille et mon téléphone sur moi », nous raconte-t-il.

« Arrivé au commissariat, l’agent qui m’a roué de coups, m’a fait sortir du véhicule.  À l’intérieur, on m’a fait asseoir, menotté à un banc. J’ai attendu pendant près d’une heure. Je n’ai pas refusé de souffler dans un éthylomètre comme j’ai pu le lire. Les policiers de la BAC ne me l’ont jamais demandé. On m’a dirigé vers une machine mais c’est à ce moment-là qu’ils m’ont dit qu’ils m’amenaient à l’hôpital. On m’a alors emmené aux urgences. Un médecin m’a ausculté et m’a délivré un certificat médical ».

certificat médicalLe certificat en question, nous l’avons consulté. Il a été établi par les urgences du Centre Hospitalier des Sables d’Olonne à 3h26 dans la nuit de samedi à dimanche. Le document indique plusieurs lésions : une hémorragie au niveau de l’œil gauche, un saignement du nez et un oedème au niveau des lèvres.

« De retour au commissariat, j’ai été placé en garde à vue. C’est une dame qui m’a entendu. Elle m’a indiqué que j’avais été placé en garde à vue parce que le rapport des agents de la BAC mentionnait les délits suivants : outrage à agents et acte de rébellion ».

Le jeune homme reconnaît avoir insulté l’agent de la BAC : « je lui ai dit ‘’espèce de pd, pourquoi vous me frappez ?’’. Mais je l’ai insulté parce qu’il était en train de me tabasser dans le véhicule de police ! ».

Le jeune homme quitte alors le commissariat le visage encore tuméfié.  Il y retournera quelques heures plus tard avec sa mère à la recherche d’explications. « Les agents sur place nous répondent qu’ils ne savent rien car ils n’étaient pas présents sur place au moment des faits ».

Dimanche, selon le jeune homme, une agent de la police des Sables d’Olonne a appelé au domicile familial et a demandé la suppression d’une publication Facebook. Rédigée par une amie de Michel, elle est accompagnée d’un appel à témoins et de la photo du visage du jeune homme ensanglanté. « Ils nous ont demandé de retirer la publication me menaçant d’être embarqué une nouvelle fois ».

Michel affirme avoir déposé plainte ce lundi pour coups et blessures contre le policier de la BAC et pour non assistance à personne en danger contre ses deux collègues. La plainte a été déposée à la gendarmerie de La Mothe-Achard en Vendée. Une information confirmée au Bondy Blog par la gendarmerie.

Contacté à plusieurs reprises, le commissariat des Sables d’Olonne n’a jamais répondu à nos demandes d’interview.

Nassira El Moaddem

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