Le 15 mars 2009, un tournoi de foot black-beur-juif sera organisé au stade Jules Ladoumègue, Porte de Pantin, à Paris. Des ados des communautés juive, africaine, maghrébine et, peut-être, asiatique formeront des équipes mixtes. Les mamans, elles, surtout les Africaines récemment arrivées, vont devoir apprendre les paroles de la Marseillaise, afin qu’elles puissent la chanter lors de cérémonies nationales. Ainsi se mobilise le XIXe arrondissement de Paris, en proie à des batailles de bandes interethniques ou interconfessionnelles. Et ce sont des mères qui prennent les choses en main. L’heure est aux women’s power. Elles ont créé il y a un mois le Rassemblement des mères du XIXe. Le Bondy Blog a assisté à leur réunion, lundi.

« Il est urgent d’aller dans les écoles juives pour parler aux jeunes, ainsi que dans les halls d’immeubles pour parler à ces jeunes Africains et Maghrébins, affirme Joyce Malay Aiach. Nous irons dans les collèges et les lycées publics que l’arrondissement, où beaucoup de Noirs sont scolarisés. Pour leur parler de respect et de tolérance, pour présenter aux enfants une image de solidarité parentale. »

Joyce Malay Aiach est née en Algérie. Elle vit depuis soixante ans dans le XIXe arrondissement, dont elle fut une conseillère municipale verte. Depuis l’agression du jeune Rudy, en juin, au cours d’une rixe entre bandes, à laquelle elle a en partie assisté depuis les fenêtres de la mairie du XIXe, elle a décidé de s’investir dans cette démarche réconciliatrice. Aux parents juifs, elle a envie de dire : « Vos gosses, c’est pas le nombril du monde. Quand je les vois dans la rue à chahuter, je leur dis, à ces gosses « tu devrais lire la Thora au lieu de faire des bêtises ». Les mamans juives croient que leurs enfants sont parfaits. Elles refusent de voir la réalité, or certains, parmi les gamins juifs, font du trafic de drogue ou sont irrespectueux. Je crois qu’on est tous coupables du dérapage de nos jeunes. Si tout le monde s’y met, on sera capable de les aider et nous parviendrons à leur donner espoir en l’avenir. »

Autour de la table où se réunissent les mères, rue Mathis, la langue de bois est proscrite. L’heure n’est plus aux salamalecs hypocrites, on veut agir et vite. Ces mères sont là pour renouer le dialogue et surtout donner l’exemple. Souraké Touré, mère de cinq enfants, est venue apporter son soutien au groupe, et notamment à Kadiatou Diabira, à l’origine de ce Rassemblement avec Joyce Aiach Malai et Bernard Koch, responsable de Diasporablog.

« Je trouve que c’est un problème de jeunes en échec scolaire ou au chômage, car ils se retrouvent dans la rue et ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes, explique Souraké Touré. Ils sont porteurs de deux cultures, française et africaine, deux richesses qu’ils n’arrivent pas à associer. Je trouve aussi qu’il y a un manque de tolérance des deux cotés contrairement à ce que la religion prône. Le manque de confiance en eux-mêmes les rend agressifs. Ceux que je connais, je leur dis toujours que s’ils veulent quelque chose, ils peuvent y arriver. Ma fille est africaine, pourtant elle a un master en commerce. Ces jeunes sont déracinés, l’école donne l’égalité à tout le monde. Ils doivent apprendre à y croire. »

Kadiatou Diabira : « Ceci dit, il y a des endroits qui ne sont pas accessibles aux jeunes de cité. Un exemple de ghettoïsation : les collèges Edmond Michelet et Georges Brassens sont des collèges à forte majorité noire. Je trouve que les parents juifs font tout pour que leurs enfants ne fréquentent pas les écoles publiques. Ils font tout ça pour ne pas se mélanger, ce qui n’arrange pas les choses. »

Sissoko Sako : « J’adhère au projet de Kadiatou car les enfants d’aujourd’hui sont de plus en plus difficiles à éduquer. Beaucoup de mamans essaient de faire des efforts alors que d’autres se foutent de la réussite scolaire de leurs enfants car ils ne connaissent pas la valeur de l’école. Il faut savoir que la majorité de ces parents ne sont pas allés eux-mêmes à l’école. Moi, mon employeur est juif et il accepte que je fasse trois de mes prières sur mon lieu de travail. Je suis aide à domicile. Parfois, c’est même lui qui me rappelle l’heure de prier. Nous respectons mutuellement nos religions. »

Ada Konaté : « En France, on ne frappe pas les enfants, tu ne peux pas les corriger sinon la police débarque. Donc les enfants en profitent et sont devenus têtus. Ils n’écoutent rien, ce qu’ils font ici, ils ne peuvent pas le faire au pays. Là-bas, la famille veille. Il y a un proverbe chez nous qui dit : « Si tu ne fais pas pleurer ton enfant, c’est lui qui te fera pleurer un jour. » »

La prochaine réunion de ces mères aura lieu dans un mois. Elles disent vouloir se rencontrer régulièrement le temps d’obtenir un retour au calme.

Nadia Méhouri

Photo du haut : de gauche à droite, Souraké Touré, Joyce Malay Aiach, Kadiatou Diabira.

Nadia Méhouri

Articles liés

  • Nouveau code pénal de la justice des mineurs : une réforme en trompe l’oeil

    Le nouveau code pénal de la justice des mineurs confond-t-il vitesse et précipitation ? Entrée en vigueur depuis le 30 septembre dernier, la réforme compte rendre plus efficace la prise en charge des mineurs par la justice sans pour autant s'accompagner une hausse conséquente des moyens pour les services de protection judiciaire de la jeunesse. Décryptage.

    Par Rémi Barbet
    Le 12/10/2021
  • 30 ans de prison pour celui qui a tué Johanna Lazzari

    Depuis le 13 septembre 2021, la cour d'assises de l'Essonne (91) examinait le recours de Jérôme C., sourd, condamné pour le meurtre de Johanna Lazzari, malentendante, en 2016. Issue de la communauté sourde et signante, la famille de la victime a poursuivi un long travail de mémoire pour faire reconnaître Johanna comme une victime des violences conjugales. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 27/09/2021
  • Mort en prison de Sofiane Mostefaoui : pour sa famille, une peine inconsolable

    Dernier d'une fratrie de sept enfants, Sofiane Mostefaoui est décédé lors de son incarcération à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas en mars 2013 quelques semaines avant la fin de sa détention. Pour ses frères et sœurs, la version officielle du suicide se heurte aux incohérences du dossier. Huit ans après les faits, entre questions restées sans réponses et peine vive, ils témoignent d'une vie marquée par la disparition de leur frère.

    Par Meline Escrihuela
    Le 21/09/2021