Villiers-le-Bel se réveille doucement, les oiseaux chantent, j’entends des rires d’enfants chez mes voisins, ils s’apprêtent sûrement à aller à l’école. A ce moment-là je me dis que les émeutes de novembre sont bien loin, la ville a retrouvé son calme et sa joie de vivre, plus de CRS, plus de journalistes à la recherche du scoop qui fera les gros titres sur le malheur des Beauvillésois.

Tout en préparant mon fils de 6 mois, afin de le déposer chez ma mère avant de me rendre au bureau, je visionne machinalement une chaîne d’info sur le câble. Subitement, une phrase prononcée par un journaliste m’interpelle « armada de policiers à Villiers-le-Bel ». Je suis tout d’un coup pris d’effroi. Nous allons encore être pris sous le feu de l’actualité de manière négative. Je me dépêche d’habiller mon fils, d’enfiler ma cravate et mon costume, je prends mes clefs de voiture pour aller voir de plus près, d’autant plus que je n’ai pas trop le choix, mes parents habitent dans cette cité où se passent les événements actuels.

J’arrive à proximité et là je suis choqué par ce que je vois. Des centaines de policiers en civils et en uniformes, des équipes du GIPN, des CRS partout, des voitures des forces de l’ordre banalisées, des matraques, des motards. Je n’ai plus de voix, j’ai peur. Ils entourent la cité. Je me demande comment je vais faire pour déposer mon fils.

Je m’arrête pour me garer, tout en portant mon fils, je cache son visage afin qu’il ne soit pas effrayé par ces hommes en uniformes. J’essaie de trouver un passage, mon cœur bat à cent à l’heure, je trouve enfin un endroit pour passer entre les fourgons, les policiers me dévisagent. J’arrive au pied des tours. La plupart des habitants sont à leurs fenêtres, ils protestent contre ce déferlement de casques bleus. Ils crient à l’injustice, certains ne disent rien et sont estomaqués par cette situation.

J’arrive au bas de l’immeuble de mes parents. Tout d’un coup un groupe du GIPN sort précipitamment du bâtiment avec une personne menottée. Une femme d’un âge avancée les suit en criant et en pleurant. C’est sans doute la mère de la personne arrêtée. Je rentre dans le hall, je vois trois enfants de 10 à 13 ans environs, blottis entre eux et apeurés, ils ont chacun un cartable et un croissant dans la main. Ces enfants sont stoïques, ils attendent juste que la rue se dégage pour aller à l’école.

N’y avait-il pas d’autres possibiltés pour arrêter les 20 personnes recherchées ? En tous les cas, il va falloir expliquer tout ça aux enfants pour minimiser les dégâts psychologiques d’une telle opération.

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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