Bondy Blog : Quelle est votre réaction après ce verdict ?
Emmanuel Tordjman : Un immense sentiment de déception, et un vrai sentiment d’injustice, dix ans après cette bataille judiciaire qui nous a mené à la suite de l’appel du procureur de la République sur un renvoi ordonné par trois juges d’instruction après une enquête de police particulièrement exemplaire. De l’incompréhension, aussi face à cette décision qui aujourd’hui sonne comme un coup de tonnerre alors que les débats avaient montré qu’une faute pouvait être reprochée aux deux policiers.
Ce verdict vous a donc surpris ?
Emmanuel Tordjman : Oui, on ne s’attendait pas à une telle décision qui s’éloigne de beaucoup du dossier et prend pour argent comptant les déclarations des policiers à l’audience notamment.
Concernant les familles, un tel verdict n’a-t-il pas effacé dix années d’attentes et d’espoir dans la justice Française ?
Emmanuel Tordjman : Non, pour l’instant les familles continuent dans cette nouvelle épreuve, avec cette même dignité qu’elles ont déjà exprimée pendant ces dix années, en faisant confiance à la justice. La décision de faire appel sera sans doute confirmée, mais leur état d’esprit était de ne pas s’arrêter à ce verdict qui s’éloigne vraiment trop du dossier tel qu’il a été établi par les juges d’instruction. Elles sont néanmoins abasourdies car les débats semblaient montrer qu’une faute avait été commise.
Quelle va être la suite de ce procès ?
Emmanuel Tordjman : Un appel, devant la cour d’appel de Rennes.
Pensez vous qu’il existe une forme d’impunité policière en banlieue ?
Emmanuel Tordjman : Une impunité policière non, mais c’est vrai que cela nous fait penser avec Jean Pierre Mignard à une forme d’apartheid judiciaire parce qu’il aura fallu dix ans déjà pour qu’on puisse arriver devant un tribunal. A l’issue de ces dix années, avec un procès qui s’est déroulé dans des conditions parfaites avec des débats très sereins, les familles ont été jugées irrecevables à se constituer partie civile.
Comment réconcilier les habitants des quartiers avec la justice après une telle décision ?
Emmanuel Tordjman : Précisément, il faut sortir ce débat des quartiers. Un mouvement doit pouvoir se lancer avec des gens de tous horizons et de toutes origines sociales pour demander que la justice soit la même pour tous et soit rendue dans les mêmes conditions et de la même manière pour tout les habitants de la République. Il va falloir aussi beaucoup de pédagogie.
Propos recueillis par Mathieu Blard

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