Il est 20 heures ce soir-là de septembre, à Villetaneuse. Six jeunes âgés de 16 à 18 ans, Karim, Nabil, Sofiane, Mohammed, Mehdi et Billel, ont une discussion de « jeunes », c’est-à-dire avec des rires, des vannes et de la boisson gazeuse pour faire passer le tout. Ils sont réunis en bas de chez eux, au croisement des rues Victor Hugo et Maurice Grand-Coing, quartier jugé « difficile » par les forces de police. « On a l’habitude de se poser ici après les cours et on discute de la journée, on rigole histoire de décompresser », explique Karim.

Ils voient passer des policiers en uniformes intervenus plus tôt dans la cité. Ils n’y prêtent que peu d’attention. La discussion continue donc et tout à coup, silence total, leurs yeux se tournent vers le feu rouge : une Ford Focus immatriculée 75. « La BAC : ils sont relous par rapport à la police nationale », confie aujourd’hui Sofiane. Au feu rouge, échange de regards entre les six jeunes et les policiers de la BAC. Feu vert. La voiture de la BAC poursuit sa route et la tchatche, un instant interrompue, reprend. « Moi, j’savais qu’ils allaient revenir mais comme j’avais rien à me reprocher, je suis resté », raconte Mohammed.

Effectivement, la BAC (Brigade anti-criminalité) fait demi-tour au bout de la rue Maurice Grand-Coing, revient vers le groupe des six et s’arrête devant eux. Mehdi, voulant rester dans une ambiance détendue, leur dit : « Contrôle d’identité j’imagine. » « Exact, sortez vos papiers », lui répond l’un des policiers qui est sorti de la Ford. Les jeunes n’ont pas tous leur carte d’identité, certains présentent donc aux agents leur « passe Navigo ». Nabil, lui, sort son passeport. « J’avais que ça sur moi », dit-il comme pour se justifier.

Pendant que des policiers procèdent aux vérifications d’identités, d’autres de leurs collègues demandent aux jeunes s’ils ont sur eux des produits illicites ou des objets dangereux. Simple question de routine car de toute façon, elle sera suivie d’une fouille. C’est ce qui se produit. Les quatre agents armés de la BAC sont rejoints par une voiture de la police nationale, d’où sortent quatre policiers en uniforme. Ils prennent part à la fouille. Un déploiement de force « disproportionné », estiment les six les jeunes que j’ai interrogés. Apres avoir bien fouillé chaque jeune et pris toutes les identités, les policiers repartent bredouilles.

Une scène comme celle-là n’a rien d’extraordinaire pours ces jeunes, scolarisés précisons-le, qui pendant leur moment de détente se font contrôler par les forces de l’ordre. Ils affirment que les contrôles d’identité sont devenus banals, cela leur tombe dessus une fois par mois un peu partout dans Villetaneuse et ses alentours.

Amin Bouhassoune

Article également publié sur Terre d’avenir

Amin Bouhassoune

Articles liés

  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021
  • Nouveau code pénal de la justice des mineurs : une réforme en trompe l’oeil

    Le nouveau code pénal de la justice des mineurs confond-t-il vitesse et précipitation ? Entrée en vigueur depuis le 30 septembre dernier, la réforme compte rendre plus efficace la prise en charge des mineurs par la justice sans pour autant s'accompagner une hausse conséquente des moyens pour les services de protection judiciaire de la jeunesse. Décryptage.

    Par Rémi Barbet
    Le 12/10/2021
  • 30 ans de prison pour celui qui a tué Johanna Lazzari

    Depuis le 13 septembre 2021, la cour d'assises de l'Essonne (91) examinait le recours de Jérôme C., sourd, condamné pour le meurtre de Johanna Lazzari, malentendante, en 2016. Issue de la communauté sourde et signante, la famille de la victime a poursuivi un long travail de mémoire pour faire reconnaître Johanna comme une victime des violences conjugales. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 27/09/2021