Cet habitant de Bobigny a désarmé à mains nus un homme dans le cinéma UGC de Rosny 2 en juillet dernier. Ce dernier avait un fusil à pompe chargé, des cartouches dans les poches et avait tantôt menacé de « butter tout le monde ». Ce n’est pas son premier acte de bravoure.

Avril 2013. Fouad Ben Ahmed sort de chez lui ce jour là quand soudain, dans la rue, son chemin croise celui d’un lapin. Cet immigré de la garenne n’a pas très bonne mine. Pour tout dire, il pisse le sang. Fouad pense que c’est un chat qui l’a attaqué, mais d’après la description de ses blessures et pour avoir vécu ce genre de drame avec Rambo mon géant des Flandres, c’est certainement un furet qui a fumé Panpan à la manière bien moyenâgeuse.

Rambo s’en était sorti vivant, en vétéran, avec une oreille en moins et une jolie cicatrice qui rend folle toutes les petite lapines de ma rue. Le lagomorphe (merci Wikipedia) qu’a trouvé Fouad, lui, va crever, tout seul, dans le caniveau, comme un clochard au printemps, parce que Noël est loin et que les gens pensent qu’en dehors de l’hiver, être SDF c’est comme faire du camping. Un destin funeste auquel le petit Bunny échappera car Fouad, au risque de passer pour une âme sensible dans tout le quartier, recueillera ce petit lapin dans le creux de ses mains pour l’amener chez le vétérinaire le plus proche, le sauvant d’une mort certaine.

24 juillet 2013. Plusieurs mois ont passé depuis cet acte de noblesse. Fouad, ce papa de deux enfants, décide ce jour-là de sortir de sa poche 39 euros, soit 250 francs, pour se payer du bon temps et trois places au cinéma UGC Ciné Cité de Rosny 2 pour voir le dernier Superman. Après avoir donné l’équivalent d’un mois de salaire birman à la caissière, il voit un homme armé d’un fusil à pompe s’approcher de cette dernière. « Ils ont  échangé deux trois mots puis il est reparti, raconte Monsieur Ben Ahmed. A ce moment-là j’ai entendu la caissière dire au talkie-walkie : « Sécurité un homme armé ».

« Je suis interventionniste »

Fouad comprend alors que cet homme ne fait ni partie des forces de l’ordre ni d’un spectacle pour la promotion d’un film, ce qui serait au passage d’un fort mauvais goût quelques mois après la tuerie dans un cinéma d’Aurora, aux Etats-Unis, qui a fait douze morts lors d’une projection du dernier Batman.

« L’homme avait un visage dur, fermé, il était menaçant j’ai tout de suite pensé à Aurora », relate Fouad Ben Ahmed. Quant l’individu armé passe à un mètre de ses enfants, ce sauveur de lapin décide sans réfléchir de récidiver dans l’héroïsme. Il suit l’individu suspect sur huit à dix mètres et le désarme par une prise de judo Tunisien fait maison. Il l’immobilise ensuite au sol en attendant le renfort des agents de la sécurité.
Si pour l’histoire du lapinou, Fouad reconnaît avoir voulu jouer au héros, pour l’homme armé, ce qui s’est passé dans sa tête est plus compliqué. « Je n’ai pas vraiment réfléchi, tout s’est passé rapidement, la sécurité n’était pas en vue, en cas de grabuge personne n’était là pour intervenir. Si l’homme avait été masqué, s’il s’était agi d’un braquage, je ne serais bien sûr pas intervenu ».

Fouad n’est donc pas un sauveur de l’humanité, c’est juste un bon père qui voulait protéger ses enfants pensant qu’il y avait une petite chance que cet homme armé ait dans l’idée de tirer dans le tas. Les gens du cinéma, qui se sont précipités pour le remercier chaleureusement de leur avoir sauvé la vie, ne sont pas arrivés à le convaincre du caractère exceptionnellement courageux de son acte, ce n’est donc pas moi qui accomplirai ce miracle. Je n’ai pour le coup rien dit quand Fouad m’a assuré : « Je ne suis pas un héros ».

Des actes de bravoure peu valorisés

A peine reconnaît-il que l’homme qu’il a immobilisé semblait ne pas avoir les idées très nettes : « Il sentait l’alcool, son fusil était chargé, il avait d’après la police plusieurs cartouches dans ses poches et il avait menacé plus tôt sa femme et son amant travaillant tout deux au cinéma de « butter tout le monde ». Après son arrestation, l’homme armé d’un fusil a déclaré aux policiers : « Je remercie celui qui m’a arrêté. J’allais faire une grosse connerie ».

« Je suis interventionniste dans le quotidien, poursuit Fouad, militant associatif et politique à ses heures, je n’aime pas l’injustice mais personne n’est préparé à ça. Il faut être préparé pour intervenir dans ce genre de situation et je ne conseille pas de suivre mon exemple ».

La suite directe de l’histoire empêchera de toute façon Fouad Ben Ahmed de voire sa tête gonfler comme un Zeppelin. Après le cinéma il rentre chez lui où sa femme l’attend. Elle lui passe un de ses savon Palmolive pour lui apprendre à mettre sa vie en danger, genre :  » C’est pas parce que tu vas voir Superman que tu dois mettre une cape et sauter par la fenêtre. La prochaine fois tu prendras des places pour Oui-Oui fait un gros gâteau, ça me déchargera pour le dessert ! »

Même quand Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, qui a appris les événements de la maire de Bondy, Sylvine Thomassin, l’appelle pour lui dire qu’il a évité un bain de sang, Fouad préfère rester modeste et passe le ballon de la gloire aux voisins :  » Suite à cette histoire, des connaissances se sont mis à me relater des faits. Telle personne a sauvé des gens d’un incendie dans un immeuble, telle autre a empêché une agression au couteau, des centaines d’actes de véritables héros du quotidien qui resteront à jamais anonymes si nous ne valorisons pas ce genre d’actes ».

On l’a bien compris, Fouad fuit les honneurs. Sauf que ces derniers l’ont rattrapé. De nombreuses personnes ont fait une demande de décoration pour cet acte. « D’ailleurs, étonné de ne pas voir cette décoration arrivée, Claude Bartolone, Sylvine Thomassin et Philippe Guglielmi (colonel à la retraite et conseiller régional) ont relancé le préfet à ce sujet en début d’année », relate Fouad. Il sera donc bientôt décoré de la médaille de bronze pour acte de courage et de dévouement, une cérémonie officielle accompagnera cette décoration a promis le préfet de Seine-Saint-Denis.

Idir Hocini

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