Lorsqu’il apparaît sur le seuil du 721 Broadway qui abrite la TISCH School of The Arts, on a l’impression de voir un vrai petit New Yorkais. Petit chapeau, gobelet « king size » entre les mains, Hamé n’est aux États-Unis que depuis quelques mois mais il s’est déjà fondu dans la masse. Dans cette école qui a formé des noms aussi prestigieux que Scorcese, Spike Lee ou les frères Cohen, Hamé a l’impression d’avoir fait un véritable hold-up.

Les frais d’inscription annuels flirtent ici avec les 40 000 dollars. Lui aura la chance de ne rien payer. Il est entré à la NYU grâce à un programme d’échange avec l’université de La Sorbonne. Pour se distinguer et remporter l’unique ticket, Hamé avait blindé son dossier.  Ses diplômes  d’abord, avec un double cursus de lettres modernes et de cinéma clôturé par un DEA de sociologie des médias. Il a ensuite mis en avant son engagement artistique avec « La Rumeur », qui fait des disques depuis plus de 10 ans et qui a même développé son propre Label dès 2003.

« Le cinéma français a besoin de nouveaux voyous »

Hamé ne se remet toujours pas de ce plongeon dans la couveuse du cinéma américain. « Je voulais venir apprendre le cinéma ici,  j’avais cette idée dans la tête comme une obsession et lorsque j’ai appris que ma fac avait un programme d’échange avec la NYU, je n’ai pas lâché. » Dans la sombre salle de travail où il monte à l’ancienne, il  manipule la pellicule de son dernier court réalisé en 16 mm. « Ici, c’est le learning by doing. Après quelques semaines de cours sur les bases techniques, les profs te filent une caméra et t’envoient dans la rue pour tourner. C’est le contraire de la France où on nous fait étudier les plus grands chefs-d’œuvre pendant des mois sans toucher une caméra, ce qui nous paralyse. » Le cinéma français, Hamé ne semble pas beaucoup s’y intéresser. Il est plus attaché au cinéma social, engagé, comme celui de Ken Loach. « Le cinéma français a besoin de nouveaux voyous. Des types comme Godard qui ont bousculé le milieu à un moment donné. Aujourd’hui, la majorités des cinéastes français sont de petits enfants sages, des petits bourgeois. »

La France, Hamé l’a oubliée quelques temps mais il sera de retour dès la fin du mois de mai pour préparer le procès qui sera l’épilogue de six années de poursuites en diffamation, engagée par Nicolas Sarkozy en 2002. Dans un  texte sur les violences policières, Hamé à la plume toujours bien aiguisée avait notamment écrit : « Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins ne soient inquiétés. » Malgré sa relaxe en première instance et en appel, la décision a été cassée au 3e degré et l’affaire sera donc rejugée par la 8e chambre de la Cour d’appel de Versailles. « Ça fait plus de six ans que ça dure cette connerie. Je suis artiste et ma vocation n’est pas de passer mon temps dans les tribunaux, mais je me veux me battre jusqu’au bout. »  Au départ, Hamé pensait que Nicolas Sarkozy avait engagé cette poursuite sous la pression des syndicats de police mais lorsqu’il a entendu le juge de la Cour de cassation lancer « J’entends le devoir de mémoire mais cela n’excuse pas tout », il a compris qu’il s’agissait aussi d’une affaire politique.

Pour le moment, Hamé veut  profiter des dernières semaines qu’il lui reste à passer à New York. Sûr que lorsqu’il sera à la caméra, son cinéma sera engagé et sans concession, comme tout ce qu’il produit depuis plusieurs années.

Mohamed Hamidi

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