Le collectif Ferguson in Paris a organisé un rassemblement hier après-midi au Trocadéro (Paris). L’objectif étant de dénoncer les récentes violences policières Outre-Atlantique. Reportage.

Les militants sont venus nombreux hier après-midi, malgré le froid. Ces derniers se sont alignés et portaient tous des pancartes. Le rassemblement est prévu à 14h30. Mais, avant le début du rassemblement, la police est venue voir le responsable du collectif pour vérifier s’ils avaient le document d’autorisation, tout est en règle. L’action peut commencer.

Parmi les militants, des américains sont présents pour soutenir leurs camarades qui continuent de manifester encore aujourd’hui aux États- Unis. Leur détermination est sans faille, leur volonté est de montrer au président Barack Obama que la mobilisation s’étend dans le monde entier. Le collectif Ferguson in Paris a collé sur une façade en bois, des photos de Mike Brown et d’autres personnes décédées dans des circonstances similaires  les quinze dernières années comme Amadou Diallo (1999), Patrick Dorismond (2000), Timothy Stansbury  (2004) et Sean Bell (2006).

Rapidement, les passants s’arrêtent pour écouter les discours des militants et prennent des photos. Certains de ces discours sont prononcés en anglais, même si la plupart n’ont pas tout compris, une grande émotion se fait sentir parmi les personnes présentes. Une des militantes qui les écoutaient en est émue, des larmes coulent sur son visage. Ignace, un des militants, prend la parole « quand on regarde les infos, on nous donne uniquement les faits froids, factuels avec des chiffres, des arguments contre et pour. On se rend compte juste des divisions, des tensions, des séparations entre les peuples. Il faut qu’on se déconnecte de la TV et de nos tablettes qui nous plongent complètement en autarcie intellectuelle. On voit qu’aujourd’hui, ce n’est pas un problème de noir, ce n’est pas un problème d’hommes, ni un problème d’adolescents, toutes ethnies, toutes couleurs et tous sexes mais c’est un problème d’injustice».

Autre intervention, celle de Daphné : « Je suis blanche et pourtant je suis là avec tous ces gens pour pouvoir les soutenir. Partout dans le monde, les gens commencent à se réveiller mais ce n’est pas assez. Mike Brown et toutes les autres victimes à Fergsuson ont souffert et là-bas rien n’a été encore résolu. Tout le monde est en danger, les noirs se font tuer, c’est notre devoir, qu’on soit blanc ou noir ou de n’importe quelles nationalités, il faut se soutenir les uns et des autres. Nous sommes ici comme à Londres ou à Berlin et partout aux États-Unis pour dénoncer cette injustice ». Après plusieurs discours, les militants ont répété en chœur différents slogans, en levant les mains par moment : « Don’t shoot, no justice, no peace !» Mais aussi, « Black lives matter» ou encore «No justice, No Peace ».

Parmi les militants, une jeune étudiante américaine vivant en France depuis 2010 explique les raisons qui l’ont poussée à manifester aujourd’hui auprès du collectif Ferguson in Paris : « Nous sommes un groupe de quatre américains et on est tous passionnés par ce que qui se passe à Ferguson. Si nous étions aux Etats-Unis, nous serions auprès des manifestants dans les rues pour montrer notre colère afin de dénoncer ces injustices. Nous habitons à Paris mais cela ne nous empêche pas de participer pour montrer notre solidarité. Par ce rassemblement d’aujourd’hui, on veut montrer au gouvernement américain que même les citoyens américains vivant à l’étranger sont tous concernés par tous les mouvements de protestations concernant l’affaire de Ferguson. L’affaire Ferguson et les autres victimes tuées par la police sont une grosse injustice et on ne peut plus nier qu’il y a un problème de racisme, qui ne vient pas uniquement de la police, mais qu’il existe dans le système de justice américain. Nous nous sentons toujours trahis par cette justice et on veut montrer notre solidarité pour que les Etats-Unis sentent qu’il y a une pression ».

Très impliquée, la jeune étudiante poursuit sa réflexion  et exprime sa détermination « Les États-Unis vont dans les autres pays pour lancer des bombes et tuer des gens innocents disant qu’ils sont une démocratie alors qu’ils sont hypocrites. Nous ne sommes pas une démocratie car une démocratie doit protéger et non tuer son peuple. La police dot être là pour nous protéger, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Nous n’avons plus confiance en notre police qui est devenue comme des militaires. D’ailleurs, les policiers ont des armes appartenant aux militaires. Aux Etats-Unis, l’argent de l’Etat est beaucoup plus dépensé pour l’armée américaine qu’au niveau de l’éducation par exemple ».

Autre événement, et non des moindres, commémoré ce 6 décembre à Paris, la mort de Malik Oussekine, décédé dans une affaire de violences policières en 1986, à la marge d’une manifestation étudiante. Près d’une cinquantaine de personnes se sont rassemblées ce matin pour faire une marche silencieuse de la place Odéon jusqu’à la plaque qui porte son nom située 20 rue Monsieur le Prince (dans le 6ème arrondissement de Paris).

Amal Bentounsi fait partie du collectif Notre police assassine, elle a participé à un rassemblement hier matin pour honorer la mémoire de ce jeune homme âgé à l’époque de 22 ans. Amal Bentounsi témoigne : «  Ça fait 28 ans que Malik Oussekine a été assassiné par des policés voltigeurs. Et donc, 28 ans après rien n’a changé car les policiers tuent toujours impunément et la justice, pour la plupart du temps, les acquittent. Pour nous, il était important de commémorer la mort de Malik Oussékine puisque ça fait bientôt 30 ans que cette injustice perdure ».

Hana Ferroudj

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