C’était le 18 novembre. Ça remonte à loin. A partir de 18 heures, les rues du 19e étaient quasi désertes. Non pas à cause de la grippe A, mais à cause d’un match de foot. Ce n’était pas un match de foot comme les autres. C’était Algérie-Egypte. Tous les cafés étaient bondés de vert de rouge et de blanc. Vous devinez bien que les supporters étaient exclusivement algériens. Aucun égyptien en vue. Les visages étaient crispés à 10 minutes de la fin du match. Tous redoutaient que le scénario du 14, quelques jours plutôt, ne se reproduise. L’Algérie n’a pas joué de mondial depuis 1986, toute une génération pour la première fois va supporter son pays d’origine qui se battra pour la coupe du Monde.

Reprenons : à 10 minutes de la fin, les yeux sont scrutent le grand écran, Algérie 1-Egypte 0. Un compte à rebours est lancé dont l’issue est « la vie ou la mort ». Au coup de sifflet final, le bar se met à trembler : des cris, des larmes de joies coulent sur les visages heureux.

Malheureusement, cette joie n’allait pas durer très longtemps pour mes potes et moi. En fin de soirée en rentrant au bercail, assis sur les portières d’une voiture, tenant un drapeau algérien de part et d’autre du véhicule, nous roulions en criant « one, two, three, viva l’Algérie ». Sous le coup de l’euphorie, nous ne faisions pas attention à qui pouvait entendre ces cris.

Arrêtés à un feu rouge, derrière nous sur un scooter, deux individus roulent à toute vitesse. Arrivés a notre hauteur, l’un des deux, sans casque, assène un violent coup sur la tète de mon pote, assis lui aussi sur l’une des portières arrières du véhicule. Le scooter fonce devant nous et grille le feu rouge. Nous ne restons de marbre face à cette attaque, nous les avons pris en chasse.

Mais malheureusement ou heureusement, un peu plus loin un barrage de police assez conséquent s’emploie à mettre les véhicules sur le coté. Et il y avait là les deux individus à moto. Le passager, je ne le connaissais pas. Le conducteur, je l’avais déjà aperçu, il fait partie de la bande de juifs (ben ouais, il n’y a pas que des bandes d’Arabes ou de Noirs, dans le 19e), juste derrière ma rue.

Kamel qui s’était mangé la patate dans la gueule, furax, va voir les policiers. Il est très vite tenu à distance. Kamel n’arrive visiblement pas à se faire comprendre. Il hurle. « J’veux porter plainte, le mec sans le casque, il est passé et il m’a mis une droite dans la gueule, j’veux porter plainte. » Mais l’agent n’a pas l’air de comprendre que Kamel veut porter plainte. Rapidement, autour de ce chahut, un rassemblement de jeunes du quartier se forme et écoute ce qui se passe. Le policier qui fait mine de gérer la situation se met a parler plus fort que Kamel : « Bon ferme un peu ta gueule, j’comprends pas ce que tu me racontes ! Quoi ? Le mec là-bas il est passé et il ta mis un coup de poing ? – Oui, il ma mis une droite ! »

Derrière le policier, il y avait un autre policier et encore d’autres policiers en nombre. L’interlocuteur de Kamel avait l’air nerveux comme si parler avec nous était une corvée. Dans ses yeux sa nervosité était palpable. Sa main sur son tonfa, il menace Kamel de l’embarquer si il persiste à vouloir porter plainte. Kamel : « Comment ça, c’est lui qui me frappe et c’est moi que vous embarquez ? Mais vous êtes des oufs. »

Au loin, les deux mecs de la moto à l’origine du problème, l’un toujours sans casque, démarrent leur scooter et s’en repartent sans la moindre amende ni souci. En voyant ça la meute s’agite : « On est où là ! La police pour certains mais pas pour d’autres. Comment vous ne voulez pas qu’on ne fasse pas justice nous-mêmes !? » Les policiers dégainent leurs flash-balls, matraques, etc.

Idriss K.

Idriss K.

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