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Le livre aurait dû s’appeler « Les tabous de la France », non « Les tabous de la police ». Mohamed Douhane, grade de commandant, affilié au syndicat Synergies Officiers, classé à droite, dresse un tableau cru de la situation sécuritaire dans l’Hexagone. Le propos est plus celui d’un politique que d’un policier. C’est un cri d’alarme, mais un cri froid, analytique, sans pathos. C’est là sa force. Le propos n’est pas exempt d’idéologie, mais il est dénué de démagogie – sauf si l’on pense qu’en écrivant cet ouvrage et en le sortant en pleine campagne des européennes, Douhane a cherché à plaire à son patron, l’« Etat sarkozyste ».

L’itinéraire de l’auteur, « un flic français » né en 1965 en Algérie d’un père lui-même flic dans la banlieue d’Alger au lendemain de l’indépendance, ajoute de l’épaisseur et de l’intérêt aux thèses qu’il défend. Mohamed Douhane donne de lui l’image d’un individu à l’aise dans son costard de « poulet », comme on disait avec Delon et Ventura dans les années 70.

Il a une façon décontractée d’écrire « police française », quand y regarde bien, l’expression du livre la plus sulfureuse, qui renvoie encore et toujours à la collaboration du gouvernement de Vichy avec l’Allemagne nazie. Arrivé bébé dans la banlieue grenobloise, sur décision du père qui choisit alors de s’établir en France avec sa famille, Mohamed Douhane, devenu fonctionnaire de police, ne se sent marqué d’aucune tare mémorielle.

Aux Français d’origine maghrébine qui le traitent de « collabeur » (Beur collabo des « Français »), il répond avec dédain. Par chance – sa démonstration en eût paru moins légitime à beaucoup –, il n’est pas fils de harki, mais des lecteurs seront peut-être surpris d’apprendre qu’à l’image du père de l’auteur, on pouvait combattre avec les moudjahids et aimer la France. Dieu que tout cela est enfoui et complexe !

Un par un, Mohamed Douhane défait les non-dits. Oui, affirme-t-il, les « bandes » sont constituées en fonction de l’appartenance ethnique – noire principalement, arabe dans une moindre mesure – et un rejet du Blanc. Il ne se contente pas de l’affirmer, il apporte des explications : les jeunes des quartiers populaires se complaisent dans l’idéologie de la victimisation entretenue par une pensée de gauche et alimentée par un sentiment de culpabilité de la France face à son passé colonial. La violence dans laquelle tombent certains devient alors un mode d’expression presque naturel, le seul qui, à leurs yeux, se présente à eux.

Non, ajoute Mohamed Douhane, la pauvreté des « quartiers » n’est pas une « excuse » à cette violence et à toutes sortes de marchés illicites. L’auteur plaide pour plus de sécurité dans les banlieues ghettoïsées, la sécurité étant, écrit-il comme le clamait Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007, le droit premier garantissant la liberté des citoyens. Son message à ceux qui le critiqueront : ne vous trompez pas d’ennemis !

L’auteur développe une vision éradicatrice de la délinquance à l’œuvre dans certaines cités. Il prône à demi-mots un traitement de choc, à l’américaine, de la violence et des incivilités dans les rues comme dans les écoles, et cite l’exemple de New-York, où l’action de son ancien maire Rudolph Giuliani « a permis en moins de dix ans à cette ville de plus de 8 millions d’habitants de devenir l’une des grandes métropoles les plus sûres au monde ». S’il semble admiratif des méthodes de l’Oncle Sam en matière de police, Mohamed Douhane sait qu’il ne pleut plaquer tel quel le modèle US à la France, où le fait que des civils puissent coopérer avec les forces de l’ordre s’apparente à de la délation.

En fin de livre, le policier couche 25 propositions : de nombreuses mesures apparaîtront comme répressives, telle l’adoption dans le Code pénal d’une « interdiction de séjour temporaire ou définitive dans les départements où les personnes ont été condamnées pour des faits de violences urbaines » ; d’autres se veulent préventives, comme la généralisation de la présence de travailleurs sociaux dans les commissariats et brigades de gendarmerie. Mohamed Douhane souhaite par ailleurs le lancement d’« une grande campagne de lutte contre les discriminations » et se prononce en faveur des statistiques ethniques.

Antoine Menusier

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