A Trappes, près du quartier où tout a commencé, le mur végétal d’un immeuble a pris feu. Le lendemain, à la télévision, par la voix de Manuel Valls, l’incendie était le fait des habitants qui se sont affrontés avec la police. Or, les témoignages des riverains concordent pour dire que le feu est parti suite à un tir de flash-ball.

Vendredi soir promettait d’être une soirée d’été comme les autres. Seulement un détail inhabituel a attiré l’attention de Marie, une habitante du quartier de la plaine du Neauphle, limitrophe des Merisiers, cœur des échauffourées. Un hélicoptère ne cesse de tourner au-dessus de Trappes depuis 21h30. La trentenaire ne s’alarme pas plus que cela. « La police doit rechercher quelqu’un » se dit-elle. Son quartier est « calme » et de manière générale « Trappes n’est pas une ville où il y a des problèmes malgré sa mauvaise réputation « . Certes les Merisiers « connaissent les problèmes récurrents des cités », même si les travaux de réhabilitation urbaine ont amélioré le quartier ».  Marie tient aussi à préciser qu’il n’y a pas de hordes de femmes intégralement voilées dans la ville.  » Il y a des femmes voilées mais peu le sont intégralement, cela relève du fantasme ».

Vers 23 heures, un SMS l’alerte des heurts devant le commissariat. Marie regarde BFM, qui confirme les affrontements. « Chez nous on n’entendait rien, même pas une déflagration ni un bruit de voiture ». Au-dessus de sa tête tourne l’hélicoptère.  Vers 1h30 elle va se coucher. Son compagnon, lui, reste éveillé et « entend que ça parle très fort » une heure plus tard. Quatre personnes visiblement éméchées pénètrent dans la cour de la résidence privée. Une voisine a une altercation avec eux mais « ils ne semblent pas hostiles. » Près de la grille qui donne sur le rond point, il y a des tirs de flash-ball dirigés vers eux. « Nous en sommes sûrs, une voisine a récupéré les balles. »

photo(9)Quelques minutes plus tard le compagnon de Marie voit un autre tir. « Quelque chose s’est niché dans le mur végétal qui orne la façade de l’un des immeubles. Il y a une épaisse fumée. Cela ressemble à une grenade lacrymogène car cela pique la gorge ». Les pompiers sont appelés car le feu avait pris jusqu’au niveau du deuxième étage. « Un mur végétal c’est chaud et sec, ça s’embrase vite ».  Tout le monde descend sur le trottoir et voit les coulées de plastique des godets qui retiennent les plantes. Marie est choquée que les pompiers attendent que les CRS sécurisent les lieux avant d’intervenir. « Les policiers m’ont donné le sentiment d’avoir été très sur la défensive. Tout le monde était en pyjama sur le trottoir avec les enfants, et la police a repoussé tout le monde méchamment. Personne n’était en train de brûler des poubelles, ils nous ont traité comme ceux qui attaquaient le commissariat  » s’indigne Marie. « Tirer au flash-ball et lancer une grenade lacrymogène est une réaction disproportionnée. Les policiers étaient sur les dents et voulaient entrer dans la résidence pour récupérer la grenade. Les habitants ont trouvé et conservé la grenade pour appuyer leur plainte. Une fois l’incendie maîtrisé, Marie estime que la police n’a pas fait son travail et n’a rassuré personne. « Nous étions démunis, personne ne nous a rien dit. »

Le lendemain, la jeune femme voit Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur dénoncer à la télévision par deux fois l’attaque du commissariat, des destructions de poubelles et celle d’un mur végétal. Laissant ainsi entendre que les émeutiers des Merisiers y ont mis le feu, « c’est de la récupération ! On met dans le même sac des émeutes et un incendie dû à un tir de grenade lacrymogène. D’ailleurs des images de cet incendie, prises par un journaliste présent, sont diffusées sur BFM « sans même une explication, sans commentaire ». Marie trouve choquant que « tout soit mis sur le même plan ».

Faïza Zerouala

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