Aux Ulis, Fik’s Niavo est une figure. Le rappeur du groupe Ulteam Atom est un enfant de la ville, où il a nourri et mené ses combats de militant. Même s’il habite désormais Paris, l’artiste reste néanmoins très investi localement et garde des attaches musicales, associatives et familiales avec son quartier.

A 41 ans, Fik’s demeure aux Ulis un rappeur et un grand frère respecté. De quoi le pousser à prendre la parole sur cette question des violences policières qu’il ne connaît que trop bien.

BB : Quel regard portez-vous sur les faits de violences policières survenus ces derniers jours aux Ulis ?

Fik’s : Concernant Yassine et Sofiane, je vois des jeunes aux profils différents ayant pour points communs Les Ulis, la banlieue et le fait d’avoir croisé la BAC à quelques jours d’intervalle. L’un sortait chercher du pain, l’autre est un jeune livreur pour Amazon qui sortait de chez ses parents. Pourtant, ils ont tous les deux fait les frais de leurs rencontres avec la police.

Depuis le début du confinement, les quartiers populaires font face à une dure répression. Mais soyons lucides, à part leurs proches et bon nombre d’habitants des quartiers populaires, personne ne va croire ces jeunes en cette période. Ils sont des boucs émissaires parfaits.

J’entends déjà les critiques. On va dire « Mais qu’est-ce qu’ils foutaient dehors ? », en  oubliant qu’il est possible de sortir quelques minutes par jour pour faire ses courses, se rendre au travail… et que certains de ces jeunes se font tabasser malgré leurs attestations.

Cette répression violente est-elle spécifique aux banlieues ?

Maintenant que j’habite Paris intra-muros, je peux vous le dire. Quand je prends l’air sur mon balcon, je constate qu’ici aussi le confinement n’est pas toujours hyper respecté.  Pourtant, dans la capitale, il n’y a pas de coups, pas d’insultes envers les habitants. Les gardiens de la paix font preuve de civisme et de respect, ils sont dans le dialogue.

En banlieue, les mesures de confinement ne sont pas respectées à la lettre, certes, mais les gens se font immédiatement tabasser. On voit des agents assermentés, qui pour certains craquent par manque de moyens, de matériel…. Plutôt que de régler ça avec leur ministre de tutelle, ils se vengent sur nos quartiers qu’ils confondent avec des camps d’entraînement à ciel ouvert.

Il y a des lois. Si un jeune n’est pas en règle, on lui fait un rappel à l’ordre et on lui met une amende de 135 euros, ni plus ni moins. Pas besoin d’expéditions punitives. En quoi la violence des autorités va-t-elle régler les choses ? Quelle sera la prochaine étape ?

Face à cela, que dites-vous aux jeunes des quartiers et à leurs parents ? 

Nos enfants sont des cibles de choix. Ils n’auront ni la police, ni la justice, ni les politiques, ni l’opinion de leur côté. J’en appelle à la responsabilité des parents.

D’un point de vue sanitaire, la situation est gravissime. La promiscuité de nos logements, la surpopulation dans certains appartements sont des facteurs aggravants. Par ailleurs, beaucoup de jeunes sont porteurs sains et risquent de contaminer à leur insu les plus fragiles. Il est donc essentiel de respecter les mesures de confinement et d’apporter notre soutien aux travailleurs qui sont en première ligne dans cette guerre sanitaire, qui n’ont pas l’occasion de se confiner, ni d’avoir des horaires aménagés. Je pense aux soignants, aux caissiers, aux éboueurs, aux vigiles, aux livreurs, aux agents d’entretien…

Mais surtout, il faut comprendre que d’un point de vue sécuritaire, dans ces moments de crises, les zones de relégation sociale que sont nos quartiers sont les premières à subir de plein fouet les mesures restrictives.

Propos recueillis par Céline BEAURY

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