Plus de deux mois après la mort d’Ibo, la vérité n’a toujours pas éclos. Le comité Paix et Justice pour Ibrahima Bah organisait, jeudi à Sarcelles, une conférence de presse pour marteler sa détermination à faire la lumière sur les fait du 6 octobre dernier. Le jeune homme de 22 ans avait perdu la vie à Villiers-le-Bel, des suites d’un accident impliquant la moto qu’il conduisait et un fourgon de police.

Dans les locaux de la MJC sarcelloise, une trentaine de personnes est là : journalistes et proches d’Ibrahima.  Diane, le grand frère de la victime, porte-parole du collectif depuis le drame, s’adresse à l’assemblée. Dans cette affaire la famille Bah s’est constituée partie civile et de ce fait à accès au dossier. Après plusieurs mobilisations et marches citoyennes, une enquête pour homicide involontaire a (enfin) été ouverte.

Les vidéos au coeur du dossier

La famille Bah évoque les incohérences du dossier. Depuis deux mois, ni eux ni leur avocat Yassine Bouzrou n’ont pu avoir accès aux enregistrements de vidéosurveillance. « C’est illégitime et anticonstitutionnel », affirme Diane. Les justifications fournies par la partie adverse peinent à convaincre.

La caméra rotative n’aurait filmé que le début et la fin du drame. « Si c’est vraiment le cas, pourquoi ne pas nous montrer ces images ? », s’interrogent les proches. Diane revient sur les témoignages de personnes présentent le jour du drame. Celles-ci affirment qu’un fourgon de police effectuait un contrôle sur une tierce personne. Ce fourgon aurait percuté la moto d’Ibrahima.

Également pointé du doigt par la famille, le délai d’expertise dudit fourgon « utilisé pendant 48 heures après le drame avant d’être expertisé et les constatations qui font état d’un avant droit enfoncé et dégradé, compatible avec une collision ». Enfin, le rapport d’autopsie mentionne une plaie sur la jambe gauche qui elle aussi peut laisser penser que le jeune homme a pu être percuté. « Pouvons-nous croire en la justice pour tous ? », questionne Diane

Ils ont essayé d’enterrer la victime avec les preuves

« Quelques jours après le décès d’Ibrahima, ils ont appelé mes parents pour nous proposer de nous rendre le corps pour l’enterrer, confie Diane. A ce moment-là, nous n’avions même pas les résultats de l’autopsie. Ils ont essayé d’enterrer la victime avec les preuves ».

Puis le frère endeuillé revient sur un autre drame qui a touché sa famille un peu plus tôt dans l’année : « Le 25 avril dernier, j’ai perdu un autre frère Elhadj, 36 ans, décédé d’une rupture d’anévrisme. Vous ne m’avez pas entendu, car je sais ce qui lui est arrivé (…). Aujourd’hui cela me soulagerait de voir ces vidéos, je veux juste connaitre les circonstances de la mort d’Ibrahima. Cela me permettrait de reprendre ma vie. »

Le comité Paix et Justice pour Ibrahima annonce l’organisation le 4 janvier d’un concert de soutien en présence de très nombreux artistes parmi lesquels Arsenik, Neg’Marron, Stomy Bugsy ou Vegedream. La conférence se termine autour d’un buffet partagé offert par la famille et les proches et où les discussions plus intimistes se prolongent.

Céline BEAURY

Articles liés

  • Homicides policiers : « On est sur une année particulièrement problématique »

    En moins de 24 heures, deux personnes sont mortes sous les balles de la police. Pour Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, l’augmentation du nombre d’homicides policiers ne peut s’expliquer par la simple hausse des refus d’obtempérer, contrairement à ce qu'affirment les syndicats de policiers. Interview.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 10/09/2022
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    #BestofBB Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 10/08/2022
  • Contre la surveillance généralisée, la Quadrature du Net lance une plainte collective

    Vidéosurveillance généralisée, fichage de masse, reconnaissance faciale, détection automatisée des comportements, aujourd’hui la surveillance policière est omniprésente. Pour mettre un coup d’arrêt à cette « dérive liberticide », la Quadrature du Net lance une plainte collective contre le ministère de l’Intérieur. Arthur Messaud, juriste depuis 5 ans au sein de l’association de défense des libertés face aux menaces des nouvelles technologies, pointe l’opacité avec laquelle se déploie cette « technopolice ». Interview.

    Par Margaux Dzuilka
    Le 22/06/2022