« A l’époque, toute l’avenue était pleine de camions de CRS. Du pont du Galion jusqu’à la fin de la rue Edgar Degas, c’était bloqué et surtout il y avait un couvre-feu à 19 heures. Quiconque était dehors se faisait contrôler sur le champ. Ma grande sœur, aide soignante, s’est fait contrôler et emmener au commissariat car elle n’avait pas ses papiers d’identité sur elle. Ici, c’est le commissariat qui a brûlé. Une voiture a enfoncé la vitre et des petits rigolos y ont mis le feu. Manque de pot pour eux, ils se sont amusés à faire des photos de l’intérieur, menottes en mains, sur leurs vélos… Après publication de ces photos sur des réseaux sociaux, ils se sont fait attraper.

En novembre 2005 j’étais révolté par la gravité des faits (la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, ndlr). Mon poste, c’était sur la terrasse après le pont de Galion. Je balançais des boules de pétanques sur les forces de l’ordre. Notre cité, on la connaît par cœur, donc pour se cacher, ce n’était pas un problème. Même les pompiers recevaient des objets. Mine de rien, il y en a eu, des dégâts. Les voitures cramées, elles appartenaient aux habitants mais ce que personne ne sait, c’est que ce sont eux qui nous donnaient les clefs pour qu’on y mette le feu afin de faire marcher l’assurance. Autrement on ne s’en serait pas pris aux voitures des gens comme nous.

Aujourd’hui, je suis cariste de nuit chez un sous-traitant de la poste depuis cinq ans environ. J’ai 23 ans et je suis en âge de me marier. Avec le recul, je me rends compte que j’ai fait n’importe quoi. En novembre 2005, j’avais déjà arrêté l’école et j’aurais mieux fait de rester chez moi. Le garage Renault et la boîte de location automobile Hertz qui ont brûlé c’était une bavure. Ils n’auraient jamais dû cramer. Mais à Aulnay, on a eu un tas de dégâts. Les plus gros c’était à la cité du Galion et aux 3000. On comparaît ça à une guerre. Sauf qu’ici personne n’a tiré de coups de feu comparé à Grigny. Ici, en revanche, même les pompiers se sont fait piétiner. C’était stupide. »

Propos recueillis par Inès El Laboudy (Bondy Blog)

*Prénom modifié

Photo : Nicolas Oran

Inès El laboudy

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