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Après une première marche organisée à Beaumont-sur Oise, une conférence de presse suivie d’un nouveau rassemblement ont été organisés samedi 30 juillet à Paris par les proches d’Adama Traoré. Mais la marche n’a pas eu lieu. Reportage.

Ce samedi 30 juillet après-midi, devant la gare du Nord, au balai habituel et incessant des taxis, des bus et des voyageurs se sont mêlées plusieurs centaines de personnes venues marcher en l’honneur d’Adama Traoré, décédé le 19 juillet à Beaumont-sur-Oise lors de son interpellation par des gendarmes dans des circonstances encore floues.
A 14h30, quelques heures avant la marche, les proches d’Adama Traoré ainsi que Me Noémie Saidi-Cottier, une des avocates de la famille, ont donné une conférence de presse. Lassana Traoré, frère aîné du défunt a pris la parole remerciant d’abord les médias avant d’en venir à la dernière information principale : la mort de son frère par asphyxie, comme l’indiquent les rapports des deux autopsies. C’est pourtant une infection qui avait été évoquée par le procureur de la République, Yves Jannier, à la suite du premier rapport du médecin légiste. « Notre frère est mort asphyxié, il n’avait aucun problème de santé. Maintenant, ce qu’on veut savoir, c’est : qui sont les personnes qui ont commis ce meurtre ? Qui a couvert ? », interroge Lassana Traoré.

« Qui le procureur protège-t-il ? »
Puis Assa Traoré, sœur d’Adama, rappelle les déclarations des gendarmes à l’origine de l’interpellation de son frère, lors de leur audition par les enquêteurs telles que révélées dans la presse. « Ils se sont mis à trois sur lui. Imaginez ce que ça fait 240 kg sur le corps d’un seul homme allongé par terre ? On peut deviner les coupables mais on se demande : qui le procureur protège-t-il ? ». Une multitude d’interrogations fuse chez les proches mais un seul vœu : celui de la justice. « La cause d’Adama, c’est la cause de tout le monde, on ne veut plus d’autres morts. Que justice soit rendue, on a confiance dans la juge. Les gendarmes, ce sont des militaires, ils sont censés nous protéger. Moi les militaires, je les mettais au même niveau que les pompiers. Ma mère est dans une grande souffrance, elle veut la vérité. Elle veut comprendre pourquoi quand elle s’est rendue à la gendarmerie, il lui a été dit que son fils allait bien alors qu’il était mort depuis plusieurs heures », affirme Assa Traoré. « On ne lâchera rien, on ira jusqu’au bout et la vérité va sortir », poursuit Lassana Traoré.
Deux autopsies ont été pratiquées sur le corps d’Adama Traoré. Si l’asphyxie est établie, reste encore à déterminer ce qui l’a provoquée, comme l’explique Noémie Saidi-Cottier. « Adama est mort asphyxié. Onze jours après, il y a toujours cette volonté de comprendre. Les gendarmes ont admis l’usage de la force, la question est désormais la suivante : est-ce que l’asphyxie est liée à l’écrasement ? Une troisième autopsie n’est pas nécessaire parce qu’elle ne pourra pas déterminer la cause de l’asphyxie. D’autres expertises sont en cours. La vérité est importante dans un Etat de droit et il faut comprendre pourquoi Adama Traoré a été asphyxié ».
La marche empêchée
Connaître la vérité c’est ce qui a justement motivé l’organisation de cette nouvelle marche qui n’a pourtant avancé que de quelques mètres, un cordon de CRS s’étant formé au croisement des rues de Saint-Quentin et La Fayette tandis qu’un autre se constituait à l’arrière du cortège créant ainsi une nasse et bloquant les participants pendant plusieurs heures.
Dans un communiqué, la préfecture de police précise que « pour des raisons tenant à la protection des institutions et à la préservation de l’ordre public, mais également pour assurer la propre sécurité des manifestants sur des sites particulièrement fréquentés un samedi après-midi et en soirée, elle s’est opposée à un départ de cortège ». La préfecture évoque même une « manifestation non déclarée ». Pourtant, une déclaration a bien été faite par les organisateurs mais trop tardivement, celle-ci devant intervenir au moins trois jours avant l’événement. Reste à savoir pour quelles raisons des agents de la préfecture ainsi que des officiers de police ont réglé les derniers détails de la marche, sur place, avec les proches, comme nous l’affirme Assa Traoré. Durant plus de trois heures et dans une ambiance tendue, les proches d’Adama Traoré se sont efforcés d’appeler au calme et de marteler qu’ils ne souhaitaient que la justice.


Plusieurs collectifs ont pris part au rassemblement sur place comme la « Brigade anti Négrophobie »ou bien encore « Urgence notre police assassine ». D’autres personnes sont venues afficher leur soutien aux proches. « Je ne le connais pas personnellement mais ce qui lui est arrivé, cela peut arriver à n’importe quel Noir ou n’importe quel Arabe », raconte Anna. Houssam, lui, est présent parce qu’il « en a marre que des Arabes, des Noirs, des Roms, des migrants soient tués par la police ».
Vers 20h, les gens se sont dispersés dans le calme. Quelques un ont pris part à un sit-in improvisé sur le parvis de la gare du Nord, quadrillé par plusieurs camions de CRS. « On partira quand on aura décidé de partir mais faut que cela se passe correctement, avertit Assa Traoré. S’il faut rester ici toute la nuit, on restera toute la nuit ».

La famille a indiqué qu’une nouvelle marche serait organisée. Celle-ci n’aura pas lieu dans les prochains jours car l’heure est désormais venue d’inhumer le corps d’Adama Traoré. Le temps pour sa famille de lui adresser un dernier adieu.
Latifa Oulkhouir avec Sarah Ichou

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