Ils s’étaient donnés rendez-vous devant le tribunal de Bobigny le 13 novembre en début d’après-midi afin de réclamer au juge d’instruction les conclusions du second rapport d’autopsie. Ils avaient même décidé de passer plusieurs nuits devant la juridiction pour montrer leur détermination. Parmi eux, Billel, le frère de Yacine, en première ligne de la mobilisation, le père aussi, avaient installé des tentes, soutenus par amis, proches et sympathisants de leur cause.

« Un délai anormalement long »

La mobilisation a fini par payer : après une journée et demi passée sur place, la famille de Yacine a obtenu le second rapport d’autopsie mardi soir. Il a pu être transmis au nouvel avocat de la famille, Yassine Bouzrou qui doit désormais l’examiner.

« Cette deuxième autopsie a été réalisée le 10 octobre et le rapport est parvenu dans le bureau du juge d’instruction le 10 novembre. C’est un délai anormalement long », explique la famille.

Contacté à plusieurs reprises, le parquet n’a malheureusement pas pu être joint.

« Nous ne voulons qu’une chose : qu’éclate la vérité »

La famille de Yacine espère désormais avoir les réponses à sa principale question. Comment est mort ce fils, ce frère de 24 ans qui débutait une formation de chauffeur poids-lourds? « Nous ne voulons qu’une chose : qu’éclate la vérité », répète sans cesse Billel.

Le 14 septembre au matin, Yacine a été retrouvé sans vie dans une cave de son immeuble, dans des circonstances troubles : face contre terre, le pantalon baissé et une barre de fer sous son corps. Dans un communiqué de presse publié le 15 septembre, le parquet de Bobigny indique que l’autopsie n’a « pas révélé de traces de coups susceptibles d’entraîner le décès et conduit à écarter l’hypothèse d’une mort violente ». Le lendemain, il a fait savoir que l’analyse toxicologique a « révélé la présence de cocaïne à un taux très élevé compatible avec un décès par surdose ». Pourtant, la famille maintient que le corps du défunt présente une série d’hématomes.

La famille ne cesse, depuis, de crier que Yacine n’était pas consommateur de drogues. Elle mobilise à Aulnay-sous-Bois pour se faire entendre. Le 15 octobre, elle avait réussi à rassembler 300 de ses soutiens dans son quartier de Savigny

Billel, qui depuis la mort de son frère, a mis sa vie de chauffeur routier entre parenthèses, espère désormais qu’après cela, certains médias arrêteront de salir la mémoire de [son] frère et qu’ils en profiteront pour corriger le tir. Et de rappeler : « On s’était déjà battu pour obtenir l’ouverture d’une information judiciaire pour homicide involontaire. On l’a obtenu avec les tripes sans jamais abandonner » .

« Nous allons également demandé au juge d’instruction que la brigade criminelle mène l’enquête et non plus la brigade des stupéfiants. Il est urgent qu’une nouvelle enquête soit reprise depuis le début. Nous ne lâcherons rien tant que la vérité sur les circonstances du décès de mon frère ne seront  pas élucidées », indique, toujours aussi déterminé, Billel.

Le corps de Yacine toujours pas enterré

Désormais, la famille souhaite pouvoir enterrer Yacine dignement en Tunisie, le pays d’origine de la famille et commencer, enfin, son travail de deuil. Pour cela, ils attendent que les autorités judiciaires leur restituent le corps du défunt. Il se trouve toujours à l’Institut médico-légal, deux mois après la mort de Yacine

Mohammed BENSABER

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