“On veut les vidéos, on veut les vidéos”, crient les centaines de personnes réunies sur l’avenue du 8 mai 1945 à Sarcelles, où un stand à d’ailleurs été installé près de la maison de la justice et du droit. Tout ce que réclame la foule.

Par cette journée ensoleillé du samedi 10 octobre, les soutiens de la famille, les militants, et des habitants de Sarcelles, sont venus participer à l’hommage rendu à Ibrahima Bah, un après sa disparition. Ce jeune homme noir, de 22 ans, est mort après avoir croisé la police, alors qu’il était sur sa moto le 6 octobre 2019. En hommage à ce passionné de moto, de nombreux motards ont fait vrombir leurs moteurs pour faire entendre le cortège.

Des pancartes avec la mention « Justice pour Ibo » sont brandies, des tracts « on veut les vidéos » sont distribués, ainsi que des t-shirts noirs au nom d’Ibo sont vendus. Une organisation et un petit commerce solidaire pour permettre à la familles de la victime de payer ses frais d’avocats, et d’organiser d’autres rassemblements de ce type, nécessaires à la médiatisation et donc au soin accordé à l’enquête.

Alors que les circonstances de la mort d’Ibrahima Bah demeurent troubles, la famille de la victime demande depuis le début de l’enquête des informations sur les vidéos de surveillance, transmises aux enquêteurs de l’IGPN.

Le jeune Ibrahima Bah, a percuté un poteau métallique le dimanche 6 octobre, mais les versions divergent quant au rôle joué par le véhicule de police sur les lieux au moment du drame. Deux versions s’opposent : les policiers affirment avoir indiqué au jeune motard de ralentir pour éviter de les percuter, mais d’après d’autres témoignages la voiture de police aurait coupé la route à “Ibo” qui a dû se frayer un chemin, le menant à une chute mortelle.

Diané Bah, grand frère d’Ibo, devenu activiste malgré lui

« Les policiers nous exposent à un combat et veulent savoir jusqu’où on peut aller. Ce refus de nous montrer ces vidéos est une preuve de culpabilité », pour Diané Bah, le grand frère d’Ibrahima, à l’origine de ce rassemblement. « Je n’ai aucun échange avec les forces de l’ordre. Pour moi, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est ceux qui permettent aux policiers de commettre ces violences policières. Tant qu’elles restent impunies, il n’y a rien qui empêche les gens de recommencer. »

Cela fait désormais un an que Diané Bah s’est lancé dans une lutte intense, pour réclamer justice et vérité concernant la mort de son frère. Devenu activiste, malgré lui, il s’exprime lors de nombreuses manifestations pour dénoncer les violences policières et le racisme systémique en France.

Il a ainsi lancé une pétition le 3 janvier 2020, pour demander la verité sur la mort de son frère, qui à réuni plus de 42000 signatures. Diané Bah, avait d’ailleurs rencontré le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, à l’occasion d’une rencontre des lecteurs du Parisien organisée en septembre dernier.


Diané Bah, au micro face à la foule, réunie à Sarcelles. 

 

En cette après-midi d’octobre à Sarcelle, les familles de victimes de violences policières se succèdent au micro. Devenu un habitué de l’exercice, Diane Bah prend la parole : « On part de l’avenue du 8 mai 1945, parce qu’il y a la maison de la justice. En général, les maisons de la justice se trouvent dans des endroits où il n’y a pas de palais de justice ! Il n’y a pas de justice !” martèle-il devant la foule. “Et comme par hasard, la maison de la justice est située à proximité du commissariat. C’est pour ça que notre avocat, maître Yassine Bouzrou demande le dépaysement ! » 

D’après Diané Bah, cette proximité spatiale et institutionnelle, expliquerait le fait que le Parquet de Pontoise, refuse à la famille l’accès à aux vidéos. « Par contre notre avocat nous a dit avoir vu une des vidéos, et il est consterné ! Il dit clairement, qu’on ne voit pas l’accident, mais la position de la fourgonnette avant et après les faits ne laisse aucun doute sur le fait que c’est un homicide volontaire! Ils ont tué Ibo, un jeune de 22 ans ! », enrage son grand frère.

Mahamadou Camara, le frère d’un jeune homme noir tué d’une balle dans la tête le 17 janvier 2018, prend le micro à son tour pour pointer l’aspect systémique des violences policières : « Aujourd’hui, le combat qu’on doit mener, c’est de s’attaquer au système. C’est lui qui pousse les policiers à devenir violents. Ils ne sont pas là pour amener des jeunes à la mort. Si un jeune a commis une erreur, les forces de l’ordre sont censées l’arrêter, l’amener devant les institutions et les juges feront leur travail ».

 

Assa Traoré et Gaye Camara, présents dans le cortège à Sarcelles. 

 

« On doit mener le combat ensemble. C’est comme ça qu’on pourra renverser le système. Je ne parle que de ça, car c’est la cause des violences policières. La réalité c’est que la vie d’un noir, d’un arabe, d’un rom, des personnes racisées ne vaut rien ! », assène Mahamadou Camara.

Assa Traoré, Théo Luhaka, sont aussi là, en tant que figures emblématiques de la lutte contre les violences policières en France. Au micro, toutes les familles de victimes font part de leur immense douleur d’avoir perdu un proche, et comment leur vie a été bouleversée du jour au lendemain.

Ça aurait pu être notre grand frère, quelqu’un de notre famille. 

Toutes décrivent un même schéma lors des violences policières, à savoir un déni manifeste de celles-ci par les autorités, une criminalisation des victimes et l’absence totale de sanction des policiers responsables. En quête de vérité et de justice, toutes insistent sur leur volonté farouche de dénoncer les dérives de certains policiers, grâce à une lutte commune, dirigée notamment sur les réseaux sociaux, dont l’importance a été rappelée dans les discours.

Pendant la marche, des habitants observent la scène de leurs fenêtres, tandis que d’autres filment. Avant de rejoindre le stade Nelson Mandela, une prière chargée d’émotion, s’improvise pour Ibo. Le temps d’un recueillement général, silencieux pour la foule, avant de rejoindre le stade à proximité.

 

Les poings levés et les pancartes « Justice pour Ibo » se sont dressés à Sarcelles. 

 

Un adolescent présent à la manifestation confie se sentir concernée personnellement par la mort d’Ibo. « Ça aurait pu être notre grand frère, quelqu’un de notre famille. » Erwan Sylla, 16 ans, embraye :  « Je tiens à dire que je ne connaissais pas cette personne, mais j’ai quand même voulu manifester aujourd’hui. On doit faire régner l’ordre. Il n’y a pas de justice par rapport à ce que la police a fait. On a besoin des vidéos, de preuves. Sans ça, comment découvrir la vérité ? »  Pour lui la question est tranchée : « Pour moi, les policiers sont fautifs. Ils ont peur que la situation se retourne contre eux. »

Aly, une sarcelloise de 18 ans ne connaissait pas Ibo personnellement, mais ses amis le connaissaient. « Ibrahima était une personne de ma ville. Je voulais honorer sa mémoire. C’est normal. Je suis aussi venue pour soutenir les familles. » Pour elle, Ibrahima représente un autre preuve de quelque chose qui ne va pas dans le fonctionnement de la police. « La police à quelque chose à se reprocher. Elle ne fait plus son travail, car il y a trop de bavures. Il n’y a rien qui change. Il faut donc continuer à manifester pas seulement pour Ibo, mais pour tout le monde, pour que ça s’arrête. »

Hervé HINOPAY

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